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La midinette en chansons : représentations masculines d’un idéal féminin populaire (1830-1939).

par Nadine Boillon - publié le

Monjaret Anne, Niccolai Michela, résumé de l’article paru dans Représentations. Le genre à l’œuvre 3, Paris, L’Harmattan (Coll. Logiques sociales), in Melody Jan-Ré (représentant Marie Buscatto, Mary Leontsini, Margaret Maruani, Bruno Péquignot, Hyacinthe Ravet) (dir.), pp. 101-116, 2012.

Dès la fin du XIXe siècle apparaît l’archétype de la « Midinette ». Il incarne pendant plusieurs décennies un modèle de féminité populaire, d’une jeunesse au travail, mais surtout, et c’est là toute sa spécificité, il représente une figure de la marge entre monde ouvrier et monde bourgeois. En quelque sorte, ni ouvrière, ni bourgeoise, la midinette est un « personnage hybride » qui emprunte ses traits à des figures plus anciennes, l’inscrivant dans une continuité historique qui traverse le temps. Cette figure appartient aux motifs présents dans les chansons populaires françaises. Cet article vise à analyser les mises en scène les rapports sociaux et moraux de genre dans des productions artistiques couvrant une période de 1830 à 1939, dont les auteurs sont des hommes.
Ces chansons esquissent le portrait d’une femme naïve, frivole, qui soigne ses apparences ; une figure toujours en mouvement qui ne trouve pas de positionnement social précis. Son activité de travail l’amène à côtoyer la bourgeoisie, modèle social auquel elle aspire tout en sachant qu’elle n’appartient pas à ce monde. Les hommes qu’elle rencontre sont porteurs de la moralité mais sont également prêts à enfreindre les codes de convenance, pour séduire ces « p’tites ouvrières » qui ne deviennent parfois plus que des objets de désir, de la « chair » à plaisir. Ainsi, l’image d’une jeune femme aux sentiments purs et à l’attitude fleur bleue semble contredire l’image de la jeune femme au corps fortement sexualisé, une sexualisation qui l’assimile à la « mondaine ».