Accueil > LAHIC > Productions scientifiques > Articles

L’expérience des anciens en maison de retraite : un inéluctable retour sur soi, entre mobilité réduite et mémoire longue.

par Nadine Boillon - publié le

Arrivées au crépuscule de leur vie, nombre de personnes ne peuvent plus rester chez elles, et ce, même si elles le désirent. Elles prennent alors le chemin des centres de gériatrie, nouvelles maisons, qui les accueillent pour mieux les accompagner dans leur quotidien. Ces « maisons des anciens » sont des maisons de retraite où l’on se retire doucement de la scène sociale, des maisons de fin de vie où l’on se prépare au passage. Vieillir est à la fois, continuer à vivre et être prêt à mourir. Quelle est cette expérience singulière durant laquelle les individus perdent progressivement la mémoire jusqu’à parfois se perdre tout court, durant laquelle ils sont désorientés dans le temps et l’espace ? Les personnes au grand âge oscillent entre motricité diminuée et mémoire longue, entre réduction de l’espace vital et projection dans un passé lointain, entre sédentarité physique et voyage mental. Ce mouvement de plus en plus prégnant conduirait inéluctablement vers un retour sur soi. Au fur et à mesure que le temps passe, l’individu voit sa mobilité se réduire et par là son espace de vie ; il perd ses repères de l’Autre, puis aussi de Soi. Ainsi, est le cycle de la vie. La vieillesse peut se traduire comme l’expérience de l’amenuisement : amenuisement du corps, amenuisement des espaces, amenuisement de l’autonomie, etc. C’est dans l’articulation de l’espace territorial et de l’espace mental que cette approche trouve son originalité.

4e de couverture

« Près de trois siècles de vieillesse observée, analysée, située. Trois siècles qui ont vu émerger les grands parents, au XVIIIe avec Greuze qui les peint, et au XIXe, avec Hugo qui les magnifie, pour, de nos jours, les faire osciller entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés. Trois siècles qui ont regardé la pauvreté des vieux devenus incapables de travailler et tombés à charge de leurs proches et, à défaut, de la charité publique puis de l’assistance et enfin de la solidarité. Trois siècles qui ont vu la naissance des seniors, retraités actifs et, dit l’année, solidaires des autres générations : l’entraide équitable et symétrique va-t-elle supplanter la relation nécessaire mais asymétrique de l’aide ? [...]
Le très grand intérêt et l’originalité [de ce volume] consistent à savoir osciller harmonieusement entre le local et le global, entre l’enracinement régional et la vision nationale, voire internationale. Ces travaux viennent de disciplines, de spécialités diverses, comme est diverse la société elle-même. L’accent est mis sur l’apport de la société à l’accompagnement de la vieillesse, grâce à des politiques sociales qui traversent les républiques et les gouvernements. De la généralisation des pensions de retraite qui fait reculer la pauvreté des vieillards, au développement de la gériatrie qui apprend à les soigner, à la modernisation de la gérontologie qui permet de mieux accueillir et accompagner, l’ouvrage met en valeur ce que la société fait pour ses anciens, même si, encore et toujours, il y a plus et mieux à faire. »

Extrait de la préface de Geneviève Laroque (†), présidente de la Fondation nationale de gérontologie.