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A main levée. La scarification comme œuvre

par Nadine Boillon - publié le

Michèle Coquet, résumé de l’article "A main levée. La scarification comme œuvre", paru dans L’esthétique du geste technique, Gradhiva, n° 17, 2013, p. 94-117.

La maîtrise d’un geste technique, et de ce qu’il produit, prédispose à l’admiration et à la valorisation esthétique tout observateur ignorant des règles présidant à sa réalisation. L’ignorance ne fait même qu’en accroître l’intensité. Les femmes bwaba (Burkina Faso) entretenaient soigneusement le mystère entourant leur savoir-faire relatif à l’inscription dans les corps par scarification de complexes compositions graphiques. Savoir graver une image dans la matière vivante des corps, la composer puis la soigner de manière à garantir le résultat, avoir le courage d’infliger des blessures douloureuses et être confrontées aux risques d’infection constituaient quelques-unes de leurs compétences, à la fois techniques et morales. Ces femmes jouissaient toutes d’une grande estime et certaines d’entre elles d’une renommée qui s’étendait bien au-delà de leur village. C’est seulement lorsque ces compétences avaient été démontrées que la renommée s’installait, entraînant dans son sillage la reconnaissance de la singularité de leur œuvre, et que certaines étaient considérées comme des auteurs possédant un style propre, susceptible d’être décrit en tant que tel.