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Caricaturer Pasteur

par Nadine Boillon - publié le

« M. PASTEUR ET LE CHOLÉRA ». À demi-retourné, comme en une invitation à le suivre, lui ou le panache qui décore le casque dont il est coiffé, Pasteur nous regarde, revêtu de son habit noir, marchant en une direction opposée à celle de la ville de Toulon, en un cortège précédé par un joueur de grosse caisse et de cymbales. On devine le bruit fait et l’attention attirée. « Pasteur coupe les chiens, dompte les microbes et VA-T-EN VILLE (mais pas à Toulon par exemple) » est-il écrit sur une caisse qu’il porte en bandoulière. Le journal date de 13 juillet 1884. « Le 23 juin dernier, un immense cri d’alarme, répété et affaibli par les échos de la presse, se faisait entendre sur les bords de la Méditerranée et jetait dans Paris, à trois jours d’intervalle, cette lugubre et sinistre nouvelle : Le choléra est à Toulon ! Le choléra est à Marseille ! Le choléra est à Aix ! » écrit l’auteur d’un ouvrage qui, contre le choléra recommande la prière.

Tout a du cortège de l’arracheur de dents, les instruments de musique pour annoncer l’arrivée du praticien mais aussi couvrir les cris des patients sur leur chaise, et à une époque en place publique, la valise qu’on imagine contenant les instruments, le parcours que l’on devine de ville en ville et le discours du bateleur. Le dessin est à charge, disqualifiant un Pasteur n’allant surtout pas à Toulon – nous y reviendrons – et dont la parole ne vaudrait que le mensonge promettant le caractère indolore de l’extraction dentaire.

La vie de Pasteur, ses travaux et son œuvre ont tout à la fois produit et suscité – encore aujourd’hui – commentaires, contestations et dénégations, récits hagiographiques ou non, discours, lieux muséographiques… et des images parmi lesquelles ses caricatures.

Ce texte n’a pas pour ambition de dresser l’inventaire de cette masse,, pas plus de distinguer ce qui aurait été un « vrai Pasteur » des re-présentations qui en ont été construites. Ceci n’aurait que peu d’intérêt. Il souhaite plutôt suivre les liens qui courent au sein de cette masse, faisant se correspondre des supports différents et repérant des récurrences thématiques qui les traversent.

Bref il entend placer certaines des caricatures exposées sur la carte des gestes d’admiration et des re-présentations de Pasteur, partant pour cela de l’une d’entre elles – « M. PASTEUR ET LE CHOLÉRA » plus haut décrite –, opérant par montage et collage – l’arracheur de dents, le cavalier au ballon et le Bon Pasteur ; Toulon et les trichines ; les enragés et la diphtérie… –, repérant relations, analogies et transformation.

Une boussole en forme de texte en somme.