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Périvier Mathilde

par Nadine Boillon - publié le

Doctorante en Anthropologie sociale et ethnologie sous la direction de Michèle Coquet

EHESS-Paris, IIAC-LAHIC

Inscrite en thèse depuis novembre 2014

Titre provisoire de la thèse  : « Bande à pied » et « bande rara » à Port-au-Prince, Haïti. Regards croisés depuis l’ethnomusicologie et l’anthropologie politique.

Résumé

Les bandes à pieds et les bandes rara sont des orchestres déambulatoires sortant respectivement pendant la période du Carnaval en fin d’après-midi et celle du Carême durant la nuit.

Ces bandes sont des pratiques culturelles qui, par leur complexité et leur polymorphie, semblent emblématiques d’un style musical haïtien. Elles entretiennent un lien étroit avec les pratiques du culte du vodou et s’avèrent être une forme de métonymie de la société haïtienne contemporaine ainsi que de son histoire. Profondément ancrées localement dans leurs quartiers, et en amont de ces festivités dites « pré-carnavalesques » et « carnavalesques » et de leurs fonctions socio-culturelles de « divertissement », elles assument aussi, comme dans d’autres contextes comparables (Agier, 2000 ; Helmlinger, 2012 ; Pelosato, 2012), certaines fonctions politiques et sociales, puisqu’elles relaient des messages venant « du bas », une forme de critique sociale et/ou de discours politiques : elles se constituent ainsi elles-mêmes comme des espaces de résilience.

Institutions très structurées, voire pyramidales, leur mode d’organisation au quotidien est proche de celui d’une mutuelle : les frais de santé, les obsèques, et parfois les frais de scolarisation, sont pris en charge entièrement ou partiellement, selon les moyens des bandes concernées, par leurs dirigeants. Lieux d’existence et de promotion sociales, de fabrication de leadership pour les notables locaux à la tête des bandes, elles sont du même coup, des lieux politiques. Elles ne sont pas exemptes de critiques de la part de la société, voire de formes de diabolisation : dans l’imaginaire populaire, et certainement à cause de leur relation avec le vodou, les bandes rara sont associées aux loups-garous, aux zombis, aux "bann chanpwèl", alors que les bandes à pied sont critiquées par les églises protestantes et néo-pentecôtistes, qui les associent à la débauche, au diable, à la saleté.

En dépit du rôle central qu’elles jouent dans la vie sociale et culturelle du pays, ainsi que des fonctions d’entraide majeure qu’elles remplissent dans la vie populaire locale tout au long de l’année, les bandes à pieds n’ont, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucune étude systématisée, et les bandes rara, de quelques études éparses. Dans ce contexte, l’objectif principal de cette thèse est de fournir une ethnographie détaillée et inédite de ces pratiques musicales et sociales méconnues, et pourtant fondamentales sur différents plans pour la compréhension de la société haïtienne contemporaine. Leur étude sur un plan ethnomusicologique contribuera à une meilleure connaissance des cultures populaires des Caraïbes et du carnaval. Elle permettra par ailleurs d’en saisir toute la complexité sociologique et, notamment, la dimension politique, en questionnant le lien qui s’y noue entre le pouvoir, la culture populaire et la musique.

Mots-clefs : Haïti, Musique, Carnaval, Culture populaire, Bande, Anthropologie, Ethnomusicologie.

Publications :

- "Les bandes à pied à Port-au-Prince, construction socio-historique d’une catégorie", Chantiers. Revue de Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti n°3 (publication à venir - 1er semestre 2016)

Communications :

- 26 juin 2015 : "Bandes à pied et bandes rara dans l’histoire de l’ethnologie en et sur Haïti", 2e conférence de clôture du Séminaire international sur l’histoire de l’ethnologie en Haïti et sur Haïti, Faculté d’Ethnologie, Université d’État d’Haïti, Port-au-Prince.

– 11 février 2015 : « Les bandes à pied au cœur du Carnaval haïtien », Institut Français d’Haïti.

– 19 décembre 2014 : « Trouver une place : Affecter et « être affectée ». Être blanche, étrangère et femme sur le terrain en Haïti » - Intervention dans le cours « Le métier d’anthropologue et ses méthodes de recherche » d’Amandine Delord, pour la séance « Que signifie faire de l’anthropologie aujourd’hui ? », Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL), Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle.

– 28 novembre 2014 : « Bann a pye ! Quand la musique prend corps en Haïti. », Cité de la musique et de la danse de Strasbourg.

Financements :

2015-2016 : Bénéficiaire de l’aide à la Recherche Doctorale, Institut des Amériques

2014-2015 : Lauréate de la Bourse de la Fondation Martine Aublet du Musée du Quai Branly