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Séminaire TRAM 2014-2015

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Planning Séminaire TRAM 2014-2015

L’éthos démocratique contemporain en questions

Vendredi de 11 h à 13 h salle 1, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris

du 9 janvier au 10 avril 2015

Le séminaire du Tram poursuivra cette année son enquête sur l’ethos démocratique contemporain selon trois axes qui seront travaillés dans un rapport passé/présent : « intelligences démocratiques » (I), « expériences de citoyenneté » (E), « subversions de l’ethos démocratique » (S).
L’objectif de ce séminaire collaboratif et pluridisciplinaire est de réinterroger au regard des transformations des mondes contemporains, ce qui fonde l’attente démocratique, mais aussi ce qui la rend fragile, ce qui lui fait obstacle, comme ce qui la consolide. Si l’analyse des enjeux démocratiques contemporains est l’objectif ultime, nous souhaitons également travailler sur des laboratoires qui fonctionnent en régime d’anachronisme contrôlé partant du présent, puisant dans différents passés des questions neuves à poser à ce présent.

9 janvier : Séance d’introduction/présentation

- 16 janvier : (I) Pierre Dardot (professeur de philosophie, Paris)
Commun, une révolution du XXIème siècle

Partout dans le monde, des mouvements contestent l’appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes élèvent toutes une même exigence, reposent toutes sur un même principe : le commun. P. Dardot et C. Laval montrent pourquoi ce principe s’impose aujourd’hui comme le terme central de l’alternative politique pour le XXIe siècle : il noue la lutte anticapitaliste et l’écologie politique par la revendication des « communs » contre les nouvelles formes d’appropriation privée et étatique ; il articule les luttes pratiques aux recherches sur le gouvernement collectif des ressources naturelles ou informationnelles ; il désigne des formes démocratiques nouvelles qui ambitionnent de prendre la relève de la représentation politique et du monopole des partis.

- 23 janvier : (S) Lynda Dematteo (IIAC-TRAM)
Réinterroger l’intersection extrême droite/populisme au regard de l’ethnographie

Dans les discours publics, extrême droite et populisme tendent aujourd’hui à se confondre. L’usage indifférencié de ces deux termes amalgame entre eux des phénomènes politiques très différents et pose des difficultés d’ordre conceptuel qui obscurcissent les termes du débat sur les mutations des démocraties occidentales. Que peut-on retirer de l’observation des stratégies populistes dans des formations partisanes qui désormais refusent l’étiquette « extrême-droite » ? A quoi ressemble le populisme de ces partis ?

- 30 janvier : (I) Sarah ben Nefissah (IRD-IEDES)
Demande démocratique, demande autoritaire en situation post-révolutionnaire : Égypte, Tunisie

L’intense demande démocratique égyptienne du 25 janvier 2011 s’est transformée près de 3 ans après en une demande sécuritaire et autoritaire. Cela ne semble pas être le cas en Tunisie. L’exposé illustrera une telle constatation et posera des hypothèses sur ce paradoxe en comparant les deux pays qui ont inauguré le printemps arabe.

- 6 février : (E) Sarah Mazouz (Centre Marc Bloch, Berlin)
Les cérémonies de remise des décrets de naturalisation. Production ritualisée d’une adhésion à la nation et sens de la catégorie de naturalisé

Fondée sur un travail d’observation des cérémonies de remise des décrets de naturalisation organisées par la préfecture et par la mairie de la ville principale d’un même département de la région parisienne, cette communication entend mettre en évidence le caractère ambivalent de certaines étapes de ce rite républicain. Il s’agira également de prêter attention aux modalités choisies pour susciter l’adhésion des naturalisés. En s’appuyant sur une ethnographie de l’administration de la naturalisation et sur des entretiens réalisés aussi bien avec des agents de préfecture qu’avec des personnes naturalisées, l’enjeu est de montrer comment ce rituel explicite la manière dont l’État conçoit le naturalisé par rapport à celui qui est né français. En effet par la manière dont s’y conçoit l’incorporation de la culture française et des valeurs républicaines, ces cérémonies qui célèbrent l’intégration de ces nouveaux citoyens français lui font aussi subir une épreuve de requalification.

- 13 février : (I) Jérémie Barthas (CNRS-IRHiS) : Se libérer du pouvoir de la finance. Nécessité, conditions, obstacles. Le cas de la République florentine du Grand Conseil (1494-1512)

La République florentine du Grand Conseil (1494-1512) offre à l’étude de la connexion entre le développement dʼinstitutions à caractère démocratique et les formes prises par la dette publique une forme précoce. Pour le père autrichien de la sociologie des finances publiques, Rudolf Goldscheid, certains systèmes de dette publique permettent à un groupe de créanciers de former une sorte « dʼÉtat à lʼintérieur de lʼÉtat », en mettant lʼÉtat « à la merci des capitaux privés ». Or, selon lui, il ne saurait y avoir de place pour un État à lʼintérieur de lʼÉtat dans une démocratie mature. À lʼégard de cet enjeux, lʼépoque si reculée de Machiavel recèle quelque chose dʼintempestif dont il convient de prendre la mesure. Au temps du Grand Conseil florentin, en effet, ce problème de lʼinteraction entre régime financier, ordre politique et structures sociales avait conduit certains acteurs à développer des programmes politiques inédits et à tenter de mettre en place les conditions de lʼautonomie de la République à lʼégard du pouvoir de la finance.

- 20 février : (I) Elena Apostoli Cappello (IIAC-TRAM)
La reconfiguration terrienne des militances radicales

A partir d’une étude ethnographique en cours sur des différents circuits économiques alternatifs émergeants ces dernières années dans le sillage de l’« éco-socialisme » (Apostoli Cappello, 2009 ; 2013), on présentera une perspective d’identification des tissus sociaux transeuropéens et de leurs lieux d’inspiration, afin de comparer les résultats de recherches italiennes avec de nouvelles données issues d’un travail de terrain en région parisienne, en ciblant sa tradition d’agriculture urbaine, pratique ininterrompue en dépit des phénomènes de densification de l’habitat et de commercialisation des anciens terrains « libres » ou « vagues ». On s’intéressera à la répartition des relations de pouvoir à l’œuvre dans les dynamiques internes des circuits alternatifs, ainsi qu’à une certaine capacité de redéfinition de la sphère idéologique à travers la consommation comprise comme une pratique écologique et une solidarité.

- 6 mars : (E) Frédérique Berthet (IIAC-TRAM)
Images de l’expérience (expériences de la citoyenneté ordinaire)

Cette proposition s’inscrit dans la réflexion sur les rapports sensibles aux lieux comme ressources - ici entendu comme ressources de subjectivation politique, historique et esthétique. Elle visera à partager différentes formes de mises en scène contemporaines de l’urbanité : « décor naturel » de cinéma, plaques commémoratives dans des « cités ordinaires », retournement muséographique de prisons jadis politiques. Des mises en scènes liées à l’écriture (ou à l’effacement) d’une l’histoire commune (déportation des juifs sur le sol de France) et liées à une spatialisation (une réification dans les murs ou au contraire un ensevelissement) de la mémoire, sociale ou individuelle. F. Berthet partira d’une question qui se pose dans sa recherche, et en déroulera le fil en images : « Comment représenter le "camp que l’on a dans la tête ?" Comment représenter un trajet d’hier à partir de ce qu’il en reste (les lieux) aujourd’hui ? ».

- 13 mars : (S) : Marc Abélès (CNRS-EHESS)
Enjeux politiques de l’art contemporain en Chine

En moins d’une dizaine d’années, l’art contemporain chinois a pris une place prépondérante au plan international. On peut rapprocher la pénétration réussie de l’art sur le marché mondial des efforts accomplis pour affermir la position de la Chine à l’OMC et dans l’arène international. La position des artistes s’en est trouvée radicalement transformée. Marginalisés, dissidents, il se sont vus brutalement projetés aux avant-postes de la mode, et investis d’une valeur marchande, ce qui s’est traduit par un enrichissement aussi soudain que considérable. En même temps ils n’ont souvent rien perdu de leur vigueur contestatrice. En témoigne le cas d’Ai Weiwei, l’un des plus célèbres d’entre eux qui, malgré son prestige international a été incarcéré plusieurs mois et privé de son passeport, ce qui lui interdit tout déplacement, alors qu’il est exposé dans le monde entier. C’est de la situation complexe des artistes chinois, de leur capacité à articuler dans leurs œuvres et leurs actions des formes de résistance spécifique qu’il sera question dans cette présentation.

- 20 mars : (E) Marie-Hélène Bacqué (Université Paris Ouest Nanterre) et Mohamed Mechmache (AC le feu)
Retour sur une expérience d’« activisme délibératif ».

Lors de cette séance, M-H. Bacqué et M. Mechmache présenteront un témoignage réflexif sur la production et sur la réception d’un rapport sur la participation dans la politique de la ville coproduit, à la demande du ministre de la ville F. Lamy, par un dirigeant associatif et par une chercheure. Ils interrogeront les difficultés et les effets particuliers d’une démarche « d’activisme délibératif » et, à partir de cette expérience, les relations entre recherche et engagement, recherche et politique, recherche et mouvements sociaux.

- 27 mars : (E) Denis Merklen (Université Sorbonne Nouvelle)
Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ?

Nous avons recensé plus de 70 bibliothèques incendiées en France ces vingt dernières années. Quelles sont les conditions exactes dans lesquelles ces incendies ont lieu ? Après une description des faits et de sa localisation historique, géographique et sociale, nous tenterons de prendre ces événements comme une fenêtre ouverte à la fois vers les classes populaires et vers le système politique. Mais une autre question accompagne et complète la première : pourquoi aucune enquête en sciences sociales ni aucune investigation journalistique ne s’est jusqu’ici intéressé à ce phénomène ? Ce sera l’occasion de nous interroger sur la place de la violence au sein de la démocratie et, au contact avec cette interrogation, de considérer ces violences comme une « entrée » dans l’observation de la politicité de ces fractions populaires.

- 3 avril : Yves Cohen (EHESS-CRH)
Le siècle des chefs et l’aujourd’hui.

Les foules se déclarant « sans leader » qui émergent aujourd’hui en de nombreux points du monde sont en rupture complète avec l’idée qui a dominé le XXe siècle, selon laquelle « les hommes en foule ne sauraient se passer de maître » (Gustave Le Bon, 1895). Pourquoi « le besoin de chef » a-t-il pris une telle ampleur à partir de la fin du XIXe siècle ? Comment la préoccupation pour le commandement a-t-elle circulé d’un domaine à l’autre, de la guerre à la politique et de la politique à l’industrie ? Comment les formes et le langage du commandement sont-ils devenus transnationaux ? Quel rôle ont joué les sciences sociales, en particulier la psychologie et la sociologie, dans l’affirmation du chef ?

- 10 avril : séance de conclusion