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Nouvelles visions : film expérimental et anthropologie

par Maryse Cournollet - publié le

Le 18 mars 2011
Musée du quai Branly
Salle 2 - 37 quai Branly - Paris 7e



Journée d’étude dans le cadre du GDRI (MQB/CNRS) "Anthropologie et Histoire des Arts "organisée par Caterina Pasqualino (CNRS/IIAC) et Arnd Schneider (Université de Oslo).

Programme

10.00-10.15 présentation de la journée : Caterina Pasqualino et Arnd Schneider

10.15-10.50 Filmer les émotions, par Caterina Pasqualino (anthropologue vidéaste, (CNRS/EHESS)

10.50-11.10 Discussion

11.10-11.45 Experimental Ethnographies : Imagination and Interactivity in practice
Introduction par Laurent Van Lancker (cinéaste, chercheur, UGhent / INSAS / SIC / FU Berlin)

11.45-12.05 Discussion

12.05-12.40 Le cinéma expérimental : un primat de la perception ?
Autour d’un film de Philippe Cote
, par Philippe Cote (cinéaste) et Monique Peyriere, (sociologie filmique, centre Edgar Morin IIAC-CNRS/EHESS)

12.40-13.00 Discussion

13.00-14.30 déjeuner

14.30-15.05 Experimental film and anthropology.Theoretical Challenges, par par Arnd Schneider (anthropologue, université de Oslo)

15.05-15.25 Discussion

15.25-16.00 Stop motion ethnography : approaching memory frame by frame, par Alyssa Grossman (anthropologue et cinéaste, université de Manchester)

16.00-16.20 Discussion

16.20-16.55 L’expérimentation cinématographique à l’origine d’une critique anthropologique du regard
Autour des films de Emmanuel Lefrant et Xavier Christiaens, par Gabrielle Reiner (enseignante, programmatrice et cinéaste, université Paris III)

16.55-17.15 Discussion

17.15-18.00 Discussion générale

Nouvelles visions : film expérimental et anthropologie

Expanded visions : experimental film and anthropology


Pour l’anthropologie, le recours à l’image filmique découle d’une volonté d’élargir les champs d’observation du réel. Les pratiques n’ont cependant cessé d’évoluer. Longtemps, les anthropologues cinéastes ont cru que leur caméra était le garant d’une vision objective de la réalité. Flaherty, considéré avec Dziga Vertov comme l’un des pères du film documentaire, se livrait à des reconstitutions ethnographiques en dirigeant les populations comme un metteur en scène. Plus tard, cette approche fut contestée car jugée trop subjective. Cherchant à produire des documents plus proches du réel, « plus scientifiques », une nouvelle génération de documentaristes a filmé les populations en cherchant, à l’opposé de Flaherty, à intervenir le moins possible. Ils produisirent des plans séquences sans coupures, sans commentaires off et sans interview. Mais cette démarche radicale fut à son tour dénoncée comme faussement scientifique et objective par des documentaristes adoptant une attitude décomplexée par rapport à la subjectivité du réalisateur. Ils proposèrent des films d’un genre nouveau en n’hésitant pas à recourir à des effets dramatiques (Robert Gardner, notamment), considérant qu’il convient d’assumer franchement la part de subjectivité du réalisateur face au « réel ».


Le renouveau vient aujourd’hui des nouvelles pratiques de l’art contemporain. Grâce à la diffusion des caméras portatives et à des techniques de montage de films plus performantes, l’art vidéo propose de nouveaux modes d’observation du réel. Les écrans multiples, la mise en réseau de caméras de surveillance (Bruce Nauman), le passage en boucle, la caméra stylo, le ralenti, l’accéléré, etc. sont des techniques susceptibles de bousculer non seulement les méthodes d’observation, mais aussi les sujets abordés par l’anthropologie en prenant en compte de nouveaux aspects de la société. Se saisir de ces pratiques expérimentales pourrait amener les anthropologues à renouveler leurs visions.

Trois exemples :


. L’utilisation de « la caméra-stylo » (Jonas Mekas) incite à l’analyse de micro évènements quotidiens autrefois ignorés sous prétexte qu’ils représentaient une part négligeable ou trop subjective des phénomènes sociaux (les émotions individuelles et collectives par exemple).


. Le ralentissement des images, en changeant l’échelle temporelle, permet de voir ce qui échappe à l’observation courante. La gestualité, l’expression des émotions, d’ordinaire insaisissables, deviennent accessible à l’analyse.


. Les écrans multiples, en démultipliant les jeux performatifs, permettent une narration sous des aspects différents et à plusieurs voix.


La discipline anthropologique a encore peu discuté des apports possibles du film expérimental. Le colloque posera les questions épistémologiques qui rendent possible cette collaboration.