Nos tutelles

CNRS Nom tutelle 1

Rechercher






Accueil > L’ Iiac > Archives > Séminaires > Séminaires 2012 - 2013

La domestication du faux : supports et suppôts

Marc Aymes, chargé de recherche au CNRS, Christine Jungen, chargée de recherche au CNRS

par Maryse Cournollet - publié le


Vendredi de 9 h à 18 h (salle 1, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), les 14 décembre 2012, 15 mars et 14 juin 2013.


Le faux nous en fait voir. Autrement dit, il participe des dispositifs de faire-apparaître (et disparaître) dont différentes manières de voir, de savoir et de gouverner portent la marque. L’idée directrice est la suivante : ce faire-apparaître est régi par des économies du faux qu’il importe de reconstituer. Il s’agit de suivre la circulation des devises mises en jeu, qui font presque aussitôt l’objet de contrefaçons ; et de chercher quels processus permettent la domestication des faux (jetons) au cœur des systèmes collectifs d’interactions qui informent les jugements esthétiques, scientifiques, politiques ou moraux.


Une question est celle du coefficient de lisibilité et de déchiffrabilité affecté aux objets et aux sujets, plus et moins consciemment, afin de régir des formes de sensibilité, des opérations de savoir ou des arts de gouvernement. L’hypothèse de départ est qu’il existe une relation symbiotique entre les formalisations de la perspicacité légitime (papiers d’identité, agences d’experts, serpents monétaires internationaux,...) et leur parasitage par la falsification. Ainsi (par exemple) la création d’un « peuple lisible » a-t-elle pu être considérée comme une matrice essentielle des raisons d’État développées à l’époque moderne. Cette lisibilité s’inscrit dans un paradoxe : tout occupé à créer des sujets déchiffrables, l’État déploie des moyens d’identification-authentification (langages, catégorisations, formatages), dont la reproductibilité technique produit, dans le même temps, l’inauthenticité ou son soupçon.


Plus qu’une histoire ou anthropologie des techniques du faux et de la contrefaçon, l’approche privilégiée ici est de saisir le faux dans la pluralité de ses champs d’action, d’explorer ses émergences, ses existences, ses effets de cadrage ; on s’intéressera aux opérations de trucage, aux impostures et à leur dépistage, mais aussi à la falsifiabilité en logique ou aux économies de la contrefaçon... Dans la filiation des travaux portant sur les épreuves de vérité et les régimes probatoires, on cherchera à identifier différentes situations de déploiement du faux comme outil (et le faussaire comme opérateur), de déstabilisations ou re-stabilisations – des objets, des cadres, des éthiques, des politiques.


Pour cette quatrième année, le séminaire se tiendra sous la forme de trois journées d’étude successives, avec à titre préparatoire les thématiques suivantes : 1) les détecteurs ; 2) les imposteurs ; 3) archives et collections.

Séance du 14 décembre - Effets de collection


(NB : Cette journée étant organisée autour d’un texte en cours d’écriture, les personnes intéressées à participer sont priées de prendre contact avec les organisateurs pour diffusion du texte avant la séance)

9h30 - Accueil
9h45 - Introduction : Pièces de collection - Marc Aymes & Christine Jungen
10h00 - Éléments de discussion : Retour sur "l’effet de collection" - Christian Bessy (ENS Cachan, IDHE)
11h00 - The Collector’s image - Adam Mestyan (University of Oxford, Faculty of Oriental Studies)
12h00 - Trickster’s samples - Christine Jungen (CNRS-IIAC/LAU, Paris)

14h00 - Ré-introduction : Le for collectionneur - Marc Aymes & Christine Jungen
14h30 - The truth will be known when the last witness is dead - Stefanie Baumann (Université Paris 8 / Académie libanaise des beaux arts, Beyrouth)
15h00 - Éléments de discussion : De la valeur documentaire - Béatrice Fraenkel (EHESS, Anthropologie de l’Ecriture, Paris)

16h00 - Moi, l’album - Nebahat Avcioglu (Hunter College, City University of New York)
17h00 - De la collection comme mise à l’index, et de son triste sort - Marc Aymes (CNRS-CETOBaC, Paris)
18h00 - Fin

Séance du 15 mars - Journée d’études : "Faux révélés"

Programme

9h00 - Accueil, introduction
9h30-12h30
Mohammad Ali Amir-Moezzi (EPHE)

— Révélation et falsification

Anouk Cohen (Musée du Quai Branly)

— Droits d’écriture et fraudes au Coran : l’économie du livre saint dans le Maroc contemporain

Olivier Caïra (IUT Évry)

— Scolies ou scories ? Étude de quelques "gaffes" cinématographiques

12h30-14h - Pause déjeuner

14h-18h
Peter Szendy (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense)

— Le fiduciaire dans le texte : à propos d’Hermann Melville, The Confidence-Man : His Masquerade (1857)

Adrien Guignard (Université de Lausanne)

— Aperceptions du discours aérothérapeutique : le cas René Burnand

Francis Chateauraynaud (EHESS) et Christian Bessy (ENS Cachan)

— L’attention aux choses : chemins pragmatiques de l’authenticité


Il est prévu que des textes (inédits ou publiés) soient proposés à la lecture préalablement à la journée. Merci de contacter les organisateurs pour tout complément d’information.

Séance du 14 juin - "Mises en circulations et coupe-circuit"

Avec les faux passeports d’Ilsen About (MMSH) ; les supplices ottomans deMarc Aymes (CNRS) ; le cas Louis Soutter, expertisé par Julie Borgeaud (EHESS) ; la structure actantielle des histoires de falsification, décortiquée par Thierry Lenain (Université libre de Bruxelles) ; l’artiste en singe comme critique du signe, étudié par Gaspard Mouret (EHESS).

9h00 - Accueil, introduction

9h30-12h30

Ilsen About (Maison méditerranéenne des sciences de l’homme)
Impostures et faux passeports. Contrefaçon, détournement et certification des documents de circulation dans l’entre-deux-guerres

Marc Aymes (CNRS)
Hors circuit mais dans l’usage. Leçons de quelques supplices anti-faux (à la façon ottomane)

— 

12h30-14h - Pause déjeuner

— 

14h-17h30

Julie Borgeaud (EHESS)
Art brut et cote marchande : le cas Louis Soutter

Thierry Lenain (Université libre de Bruxelles)
La structure narrative des histoires de faux en art : actants, interactions, figures

Gaspard Mouret (EHESS)
L’artiste en singe, une critique du signe

— 

Lectures préparatoires :


Ilsen About, « A Paper Trap. Exiles versus the Identification Police in France during the Interwar period », dans Ilsen About, James Brown, Gayle Lonergan (dir.), Identification and Registration Practices in Transnational Perspective. People, Papers, and Practices, Basingstoke, Palgrave, 2013, p. 203-223.


Marc Aymes, « Faux et usages de faux : l’ordinaire de l’État ? », document de travail soumis au 12ème Congrès de l’Association française de science politique (Paris, 9-11 juillet 2013).


Thierry Lenain, « Le faux en art. Approche narratologique », CeROArt, numéro hors-série Le faux, l’authentique et le restaurateur, 2013, publication électronique en accès libre : http://ceroart.revues.org/2947


Erwin Panofsky, Idea. Contribution à l’histoire du concept de l’ancienne théorie de l’art (traduit de l’allemand par Henri Joly), Paris, Gallimard, 1984 [éd. orig. 1924], p. 208-210.


Le faux nous en fait voir. Autrement dit, il participe des dispositifs de faire-apparaître (et disparaître) dont différentes manières de voir, de savoir et de gouverner portent la marque. L’idée directrice est la suivante : ce faire-apparaître est régi par des économies du faux qu’il importe de reconstituer. Il s’agit de suivre la circulation des devises mises en jeu, qui font presque aussitôt l’objet de contrefaçons ; et de chercher quels processus permettent la domestication des faux (jetons) au cœur des systèmes collectifs d’interactions qui informent les jugements esthétiques, scientifiques, politiques ou moraux.


Une question est celle du coefficient de lisibilité et de déchiffrabilité affecté aux objets et aux sujets, plus et moins consciemment, afin de régir des formes de sensibilité, des opérations de savoir ou des arts de gouvernement. L’hypothèse de départ est qu’il existe une relation symbiotique entre les formalisations de la perspicacité légitime (papiers d’identité, agences d’experts, serpents monétaires internationaux,...) et leur parasitage par la falsification. Ainsi (par exemple) la création d’un « peuple lisible » a-t-elle pu être considérée comme une matrice essentielle des raisons d’État développées à l’époque moderne. Cette lisibilité s’inscrit dans un paradoxe : tout occupé à créer des sujets déchiffrables, l’État déploie des moyens d’identification-authentification (langages, catégorisations, formatages), dont la reproductibilité technique produit, dans le même temps, l’inauthenticité ou son soupçon.


Plus qu’une histoire ou anthropologie des techniques du faux et de la contrefaçon, l’approche privilégiée ici est de saisir le faux dans la pluralité de ses champs d’action, d’explorer ses émergences, ses existences, ses effets de cadrage ; on s’intéressera aux opérations de trucage, aux impostures et à leur dépistage, mais aussi à la falsifiabilité en logique ou aux économies de la contrefaçon... Dans la filiation des travaux portant sur les épreuves de vérité et les régimes probatoires, on cherchera à identifier différentes situations de déploiement du faux comme outil (et le faussaire comme opérateur), de déstabilisations ou re-stabilisations – des objets, des cadres, des éthiques, des politiques.

Mots-clés  : Anthropologie, Comparatisme, Droit, normes et société, Écriture, Épistémologie, Esthétique, Histoire, Historiographie,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

- Histoire et civilisations
(Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Intitulés généraux :

Centre : IIAC-LAU

Adresse(s) électronique(s) de contact : marc.aymes(at)gmail.com, christinejungen(at)gmail.com