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AXE 2 : ANTHROPOLOGIE DE L’INSTITUTION DE LA CULTURE

A/ L’institution de la culture dans la mondialisation

par JCM1 - publié le

A/ L’institution de la culture dans la mondialisation

Thème 1 : Instituer la culture : approches comparatives

Ce thème, qui rassemble plusieurs projets et opérations de recherche, comporte trois volets indissociables :

  • mettre à l’épreuve d’une grande diversité de terrains un certain nombre de notions descriptives élaborées dans la décennie précédente.
  • fédérer autour d’une problématique complètement renouvelée de « la culture » (considérée comme une catégorie opératoire dans tout collectif contemporain) des collègues français, européens et américains qui ont plus ou moins identifié ce processus sur leurs terrains.
  • élaborer une théorie générale susceptible de rendre compte de la mutation anthropologique dont la question contemporaine de « la culture » est le symptôme.

Chercheurs titulaires : Daniel Fabre, Anne Monjaret, Octave Debary, André Mary (émérite), Christine Jungen, Franck Beuvier, Noel Barbe, Roberta Shapiro, Associés : Gaëtano Ciarcia (CERCE, U. Montpellier), Chiara Bortolotto (ULB Bruxelles), Jean-Louis Tornatore (U. Bourgogne), Jacques Galinier (LESC), Alexandra Lavrillier (CEARC), Stephen Hugh Jones (U. Cambridge), David Berliner (ULB Bruxelles), Nathalie Heinich (CRAL), Eric Jolly (CEMAF), Virginie Vaté (GSRL), Stéphane Gros (CEH), Doctorants : Jing Wang, Bernard Coyault.

Thème 2 : Mondes et espaces arabes de la culture

 Dans l’espace arabe, l’influence des médias - livre, radio, presse écrite, télévision - mais aussi l’intensification des échanges entre les différents pays ont permis la constitution de nouveaux horizons de référence ainsi que la formation hypothétique d’une culture arabe homogène et d’une intelligentsia panarabe. Le développement des champs culturels nationaux et l’émergence de nouvelles formes culturelles participent de la constitution de ces identifications collectives et mettent en jeu divers registres d’expression de la part des artistes et des acteurs sociaux qui investissent le champ des pratiques culturelles. Depuis les années 1990, dans un contexte de mondialisation, les mondes et les espaces arabes de la culture sont aussi façonnés par l’action de nouveaux acteurs privés étrangers ou arabes qui, par le biais de fondations, contribuent à orienter une part des expressions culturelles émergentes, à créer des scènes « indépendantes », à promouvoir la « culture arabe » à une échelle régionale.

Notre interrogation portera sur la question de l’articulation des champs intellectuels et artistiques nationaux aux dynamiques transnationales, et sur le devenir de la structuration des champs culturels et médiatiques nationaux en lien avec des dimensions panarabe, régionale, transnationale et mondialisée.

Le projet MEAC se caractérise par l’étude simultanée de plusieurs niveaux de l’action culturelle, aussi bien au niveau des institutions et les politiques culturelles qu’à celui des pratiques émergentes. Il porte sur les sites de production et les formes d’expression, sur les réseaux de créateurs, sur les lieux de consommation culturelle, sur les supports de diffusion et les plateformes de réception.

Chercheur Titulaire : Franck Mermier. Associée : Sophie Brones.

Thème 3 : Les savoirs de l’autre

Comme l’anthropologie — ses objets, ses concepts et ses mots — nourrit depuis deux siècles le processus d’institution de la culture occidental puis mondialisé, il semble nécessaire de maîtriser en profondeur toutes les formes de la construction disciplinaire. Trois chantiers seront ici particulièrement en évidence.

3.1 : Une autre histoire de l’anthropologie 

Devenue une condition essentielle de l’exercice du métier d’ethnographe et d’ethnologue, la réflexivité favorise également une anthropologie de l’histoire de l’ethnologie, des pratiques savantes, du savoir ethnographique. L’établissement d’une connaissance positive sur l’histoire de l’anthropologie passe par l’étude des conditions pratiques de son développement, exigeant de prendre en compte ce qui relève des conditions épistémologiques et scientifiques, historiques (idéologiques, politiques) et institutionnelles, et individuelles. Il s’agit de comprendre comment ces trois dimensions constitutives s’articulent entre elles, en travaillant sur des cas précis qui couvrent une période qui va de la fondation de l’ethnologie aux refondations de l’après-guerre, y compris la période de la décolonisation, en ne perdant pas de vue la dimension internationale du savoir anthropologique. Le recours à l’approche biographique, prosopographique, permet de constituer une interface pertinente entre parcours individuel, pratique scientifique, ethnographie des savoirs anthropologiques, sociologie d’une profession, histoire des idées, anthropologie historique des institutions et état d’un champ scientifique. On se propose de mettre l’anthropologie en situation, au contact de l’historicité, nouant deux façons de concevoir et faire l’histoire de l’anthropologie : une histoire conceptuelle et une histoire situationnelle. C’est avec ces préceptes méthodologiques privilégiant l’entrée biographique qu’est menée une réflexion ambitieuse sur l’anthropologie des savoirs ethnographiques en situation coloniale, qui interroge les modalités concrètes, pratiques, de leur constitution. De même, un projet de cartographie disciplinaire prenant comme point de référence Arnold Van Gennep permettra d’étudier la recomposition du champ de l’anthropologie de la France au XXe siècle, qui bascule du domaine des études folkloriques vers l’anthropologie sociale.

Chercheurs Titulaires : Daniel Fabre, Jean Jamin, Christine Laurière, Noël Barbe, Anne Monjaret ; Émérite : André Mary, Associés : Marc Augé, Emmanuel Terray, Jean-François Bert.

3.2 : BÉROSE

Bérose est à la fois un programme européen de recherche sur l’histoire des savoirs ethnographiques, une base de données permettant d’accéder à un corpus interrogeable de sources et ressources nécessaires à ces recherches, une encyclopédie en ligne issue des travaux collectifs conjointe à une collection de publications électroniques (Les Carnets de Bérose). Financé par l’ANR jusqu’à la fin de 2012, Berose poursuivra l’extension de son réseau international de partenaires et de collaborateurs, la série de ses colloques et l’édition de sa collection électronique. Le but est maintenant bien identifié : construire le réseau européen de référence dans ces domaines et renouveler, dans ce cadre, l’histoire générale de l’anthropologie.

Chercheurs titulaires : Noël Barbe, Daniel Fabre, Jean Jamin, Christine Laurière, Claudie Voisenat ; émérite : André Mary, Ch contractuel : Christelle Ventura, ; Associés : Eric Jolly (CEMAF), Mariane Lemaire (CEMAF), post-doc Michela Lo Feudo (université de Naples).

3.3. Savoirs missionnaires et institution de la culture indigène

L’usage et la lecture des « sources missionnaires » par l’histoire et l’ethnologie ont conduit à interroger les conditions de production de savoirs ethnographiques en situation missionnaire et coloniale. Mais les missionnaires ethnographes sont aussi des passeurs de culture et même des instituteurs de culture. Le travail de « vernacularisation » est le creuset de l’invention de langues et de cultures indigènes singulières dotées d’une valeur « culturelle » et porteuses d’identité « nationale ». La collecte de fétiches et d’objets « sacrés » ont suscité l’intérêt des marchands, collectionneurs, et amateurs d’objets de curiosité exotique, et cultivé ainsi le goût de l’art primitif et même une nouvelle religion de l’art. Enfin, les dessins, images et récits d’aventures véhiculés en Europe dans le souci del’œuvre de conversion ont nourri tout un imaginaire de l’altérité exotiqueou diabolique qui continue à travailler notre rapport à ces « cultures de l’ailleurs et de la différence ». La contribution missionnaire à l’institution des cultures indigènes et au processus d’artification producteur de « fétichisme culturel » ne peut qu’alimenter la réflexion sur l’Institution de la culture comme production de valeur et comme lieu de « transfert de sacralité ».

Amorcé par deux journées d’études, cet atelier, bien distinct des études d’histoire missionnaire, cherche à qualifier les procès de production et les effets de connaissance induits par l’activité missionnaire. La comparaison — entre les ordres, les aires culturelles, les moments de l’histoire — est mise en œuvre systématiquement. De même, l’analyse des produits de l’activité missionnaire et de leur destin dans les sociétés, d’ailleurs et d’ici, qui les reçoivent.

Chercheurs titulaires : Giordana Charuty, Daniel Fabre, Sossie Andézian, Franck Beuvier, émérite : André Mary ; associés : Gaëtano Ciarcia (CERCE U. Montpellier), Aurélie Névot (CEH), Sophie Blanchy (LESC)

Thème 4 : Transfert de sacralité

Une réflexion s’inscrit dans la longue durée, qui a pris la forme de journées d’études, avec des participations nationales et internationales, sur le langage du sacré et son transfert dans l’espace de « la culture » au sens contemporain du terme. Ce thème a innervé beaucoup de recherches de terrain particulières, le moment est sans doute venu d’opérer une synthèse, sous forme d’un séminaire conduisant à un colloque. Le nœud de la problématique peut se définir ainsi. Les manifestations extérieures de la mise en valeur des objets de culture empruntent directement leur langage métaphorique et leurs comportements requis au monde des religions. Le musée qualifié de « temple », le silence respectueux dans les salles de concert ou de théâtre, la posture contemplative du visiteur... De plus, les effets intérieurs du contact avec les œuvres sont traduits dans le langage du sublime, du transport et de l’ineffable qui relève explicitement de la version mystique du rapport aux entités religieuses. Autrement dit, les références à l’art, quel qu’il soit, comme activité et même comme croyance spirituelle font partie des topoi courants à l’intérieur des monde de l’art où il vont couramment avec les deux actes qui mettent en action les forces que la religion manipule, à savoir le sacrifice et le sacrilège et avec la métamorphose sacerdotale de l’artiste (prêtre, chaman ou possédé...). Il est très utile d’exercer sur ces modes de dire et de faire une critique qui souligne leur caractère indigène et donc le risque de confusion lorsque ces notions sont simplement reprises par les analystes qui se contentent d’identifier dans la culture instituée le religieux contemporain. Mais, d’autre part, les terrains ne manquent pas où la relation entre religion et culture démontre leur antagonisme parfois très violent. Pensons à la destruction des Buddhas de Bamian ou des archives de Tombouctou. Il y a au fond de ces actes, outre leur signification politique conjoncturelle, un conflit de registres de valeurs particulièrement signifiant, une véritable concurrence dans la définition de ce qui doit être sacré. Ou bien ce dernier terme est strictement réservé à la religion au sens classique et englobant du terme, ou bien il désigne la valeur des choses qui ne se donnent, ni ne s’échangent, ce qui est la définition même des biens culturels reconnus et protégés. Cette tension ne surgit pas seulement dans les situations extrêmes d’iconoclasme, elle habite aussi bien la politique culturelle des églises, du catholicisme en particulier, qui sont très attentives à la conquête des espaces de la « dévotion » culturelle. De plus, comment ne pas reconnaître que, dans leur très grande majorité, les entités immatérielles que l’Unesco tente actuellement de sauvegarder et de reconnaître résultent quasiment toutes d’un démembrement partiel des liturgies religieuses locales. C’est dans le sanctuaire et dans le rite que l’on va chercher la musique, la danse, la peinture, la littérature... des « communautés ». Réfléchir sur la notion wéberienne de « transfert de sacralité » revient donc, fondamentalement, à interroger les modalités de production, de manifestation et de partage des valeurs attachées aux choses de la culture.

Chercheurs titulaires : Sossie Andézian, Giordana Charuty, Daniel Fabre, émérite : André Mary ; associés : Marcello Massenzio. Christian Décobert, Cyril Isnart (post-doctorant), Gaspard Salatko (post-doctorant), Fanny Urien (doctorante), Elsa Grugeon (doctorante), Marc Dugas (master 2)