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Accueil > L’ Iiac > Activités scientifiques > Séminaires et enseignements de l’IIAC 2015-2016

Éprouver, composer et penser le local en ville : ressource identitaire, compétence ordinaire et expérience innovante

par Marion Dupuis - publié le

Sophie Gravereau, maître de conférences à l’Université du Littoral-Côte-d’Opale
Franck Mermier, directeur de recherche au CNRS (IIAC-LAUM)
Caroline Varlet-Maurel, chargée de mission à l’ENSA de Normandie

2e et 4e lundis du mois de 15 h à 17 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 14 mars 2016 au 27 juin 2016.

La question de la territorialisation dans ses relations à la notion de ressource et d’innovation sociale est encore peu étudiée par les sciences sociales dans son articulation avec la production de la ville. Nous nous proposons ainsi d’aborder les phénomènes locaux de territorialisation comme autant d’appuis de pratiques, de représentations etc. des espaces urbains et de réfléchir dans cette perspective aux formes diverses de localisation, délocalisation, relocalisation, ancrage et dés-ancrage, et toutes dynamiques tendant à « faire territoire » – comme à le défaire – qui se produisent dans les métropoles contemporaines.
Les territoires sont devenus, au gré des changements économiques, politiques et sociaux, des lieux d’innovation s’adaptant aux nouveaux enjeux culturels, identitaires, patrimoniaux et sociétaux, émergeant dans un contexte de mondialisation. Ainsi, les diversités sociales se recomposent, se développent et s’intègrent à ces villes globales, dans un mouvement perpétuel qui certes n’empêche nullement des phénomènes localisés de dépérissement urbain, mais par un effet contraire favorisent l’émergence de situations locales de créativité. Ainsi, des territoires, au cœur de processus de recomposition, forment des pôles d’attraction pour les habitants aux multiples appartenances, participant à la structuration physique et symbolique des espaces ruraux comme urbains. Les représentations d’une situation sociale que construisent les acteurs, édiles politiques comme minorités, et les conséquences collectives de l’action – requalification culturelle, valorisation touristique, labellisation – qu’ils développent en réponse, en connaissance de cause ou pas, seront privilégiées comme autant d’entrées, comme indicateurs pour observer et comprendre les modalités adaptatives à l’œuvre dans ces moments de contraction des évolutions sociales et territoriales.
D’une manière générale, les processus de territorialisation à l’œuvre dans les cités contemporaines mettent au jour les relations complexes et contradictoires entre identité locale et ville monde. Il s’agit de comprendre comment se créent, disparaissent et se transforment les lieux et les marquages territoriaux dans les villes actuelles. En quoi la pensée urbaine peut-elle être un instrument pour éprouver les espaces : transformation, gestion, appropriation ? Comment les recompositions interpellent les acteurs dans leur contribution à la construction d’un local ? Comment se mesure l’ancrage spatial de ces productions dans une ville faite de territoires composites et transitoires, où règnent des dynamiques réticulaires favorisant les fragmentations ?

Le local dans le temps long comme ressource face à la mondialisation

Selon des modalités locales spécifiques, des territoires constituent et se développent dans le contexte de la mondialisation ; de nouveaux modes de vie s’inventent et la vie quotidienne des habitants s’en trouve profondément transformée. Cette dynamique de restructuration économique, sociale et urbaine produit des changements territoriaux importants. Ces derniers affectent notamment l’ensemble des groupes urbains, leurs moyens économiques, leurs formes d’expression esthétique, culturelle ou politique, leurs inscriptions spatiales et temporelles. Il s’agit là d’un processus de longue durée qui s’inscrit pleinement dans l’histoire de la ville et du fait spatial, de manière général. Ce temps long est aujourd’hui une ressource clé dans la fabrication des territoires. Ce qui est questionné ici c’est la temporalité de la territorialisation comme condition de la mise en œuvre de l’innovation sociale et urbaine. Quels que soient les contextes locaux, nationaux, transnationaux, l’histoire urbaine des XXe et XXIe siècles se distingue volontiers par une prise de conscience locale toujours plus intense : décliné sous de multiples facettes, le lieu incarne les territoires autant par le biais matériel du monument historique, que par celui du paysage urbain et des pratiques des habitants. Au cœur du processus de construction des villes contemporaines, le lieu est essentiellement une affirmation identitaire rattachée à une réalité historique, politique et territoriale constamment en mouvement, réaffirmée, reconstruite et redéfinie. La création territoriale se construit, s’intensifie et se diversifie dans les contextes économiques, environnementaux, sociologiques et politiques en difficulté. L’élan pour le local serait alors un indicateur de changement social ou une réponse à une période de crise, à l’échelle d’un territoire, d’une région ou d’une nation.

Vivre le local : une ressource identitaire innovante

Les métropoles contemporaines semblent apparaître comme des lieux où des individus se fabriquent, par décomposition et recomposition. Qu’ils en soient proches ou éloignés, les citadins repèrent clairement ces nouveaux mondes : il s’agit bien souvent de « quartiers » qualifiés en fonction des minorités qui l’habitent et l’investissent. La définition identitaire de ces nouveaux groupes urbains fait se définit par des appartenances diversifiées : ethnique, religieuse, sociale, professionnelle, culturelle, linguistique ou encore de genre, d’âge, de style de vie, etc. Cette définition se révèle complexe dans la mesure où ces appartenances sont multiples. L’approche privilégiée dans ce projet se construit à partir de l’inscription physique de ces minorités dans les villes-métropoles. En quoi les appartenances minoritaires constituent-elles des ressources clés pour l’innovation ordinaire en contexte urbain globalisé ? À la différence des études sur l’ethnic business, traitant principalement de la visibilité économique des minorités, la problématique du projet porte sur la question minoritaire au cœur des processus urbains de territorialisation : comment observer et penser les relations entre territoires et cultures des minorités ? Dans quelles conditions le territoire, et la manière dont il est investi, serait-il l’un des facteurs d’une cohabitation culturelle entre des groupes sociaux, minoritaires ou majoritaires ?

Labels territoriaux comme ressort de l’innovation sociale et urbaine

Les labels territoriaux apparaissent comme un objet particulièrement intéressant pour mener une réflexion sur la fabrique des territoires, notamment dans leur dimension symbolique. La labellisation urbaine consiste à s’appuyer sur des territoires existants ou en construction en vue de les promouvoir, de les faire exister, de les rendre attrayants et d’inciter à les pratiquer, à y investir son temps, ses loisirs ou son capital. Le label devient ainsi un élément innovant dans la concurrence actuelle entre les territoires et s’inscrit dans une logique de marketing territorial. Celui-ci est apparu vers la fin des années soixante, principalement à l’occasion de campagnes politiques mises en place pour attirer les investissements de promoteurs dans de grandes opérations d’aménagement urbain et aider à la commercialisation des zones industrielles. Il s’étend désormais à la promotion de l’image de la ville. L’attractivité d’une ville repose à terme sur la qualité effective de son urbanité, à savoir, cette capacité singulière de faire d’une ville un « espace » qui favorise les échanges et les rencontres entre individus, voire encourage la participation aux affaires publiques. Par la question des labels, c’est bien la question de la ville dans son ensemble qui est posée, comme enjeu des représentations et des discours citadins. Et puisque le discours révèle les représentations et les intentions des acteurs et joue un rôle dans la production territoriale, il apparaît nécessaire de le prendre en compte dans une analyse locale, si l’on veut comprendre comment les acteurs urbains en arrivent à produire des labels territoriaux.
Les trois grands axes thématiques résumés ci-dessus offrent ainsi une triple approche du fait territorial une étude (de « genèse ») sociohistorique des processus à l’œuvre dans les contextes de mondialisation ; un travail (« par le bas ») ethnographique et sociospatial sur les usages et les pratiques des habitants ; une analyse (« par le haut ») sociologique et sémiotique des espaces et des acteurs (architectes, aménageurs, communicants, édiles, élus, techniciens, théoriciens, etc.) qui les produisent.

Mots-clés : Anthropologie, Sociohistoire, Urbaines (études), Ville,

Centre : IIAC-LAUM - Laboratoire d’anthropologie urbaine

Voir en ligne : http://www.ehess.fr/fr/enseignement...