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Appel à communications : Configurations populistes. Représentations, transgressions, menaces - 25 janvier et 5 avril 2016

par Marion Dupuis - publié le

Configurations populistes. Représentations, transgressions, menaces - 25 janvier et 5 avril 2016

Organisées par Magali Boumaza (Université Galatasaray SAGE Strabourg),
Valerio Coladonato (Université de Rome « La Sapienza ») et Lynda Dematteo (EHESS-CNRS)

Certaines conjonctures seraient plus propices que d’autres à l’apparition de configurations populistes qui affecteraient des systèmes politiques entiers, et pas uniquement certains partis que l’on mettrait à l’index pour tenter de circonscrire le phénomène. Les partis qualifiés comme tels ne forment pas une famille politique, ils sont plutôt le fruit de situations particulières où la définition même de la communauté politique est mise en jeu : disjonction croissante entre les citoyens et leurs représentants, déplacement de la souveraineté économique, exacerbation des divisions sociales, résurgence d’anciennes peurs et fictionnalisation de la réalité. Autant de circonstances globales qui permettent à des leaders populistes de s’affirmer dans des contextes locaux différents. Etudier l’impact de ces transformations sur des territoires précis sera une voie privilégiée d’exploration. Comment modifient-elles le travail politique ? Comment les élus populistes conditionnent-ils leurs homologues des autres partis ? Quelles menaces (réelles ou supposées) font-ils peser sur le vivre ensemble ?

Au cours de deux journées d’études (les 25 janvier et 5 avril 2016) nous interrogerons les trajectoires politiques des figures populistes, leurs manières diagonales de se mouvoir sur l’échiquier politique, leurs transgressions, leurs imaginaires et leurs impacts sur les représentations politiques dans des sociétés en crise. Nous travaillerons dans une perspective interdisciplinaire et nous souhaiterions élargir la discussion aux différents continents où le phénomène est enraciné. Dans chaque contexte, il s’agira de décrire la spécificité de la configuration qui se met en place et d’interroger l’usage du qualificatif « populiste ».
Notre réflexion s’organisera suivant deux axes et nous privilégierons les travaux ethnographiques qui poseront en filigrane la question de l’entrée sur le terrain et décriront les relations d’enquête, leurs dissymétries sociales et/ou de genre.

Axe 1. Le travail politique en contexte populiste

Le travail politique tel que nous l’entendons ici concerne aussi bien l’effort de repositionnement politique, la présentation de soi, la production de discours visant à légitimer sa position ou bien à provoquer l’adversaire.
Face à la réprobation dont ils font l’objet, les partis concernés adoptent des stratégies différentes pour mettre en échec ces processus, et parfois les retourner en leur faveur, en se posant en victime par exemple, ou bien en grossissant le trait pour mieux affirmer leur différence. Comment la « dédiabolisation » est-elle mise en œuvre ? Pourquoi prend-elle parfois la forme de la « bouffonisation » ? Comment est-elle reçue, répercutée, dénoncée ? Quels sont ses effets dans la sphère politique, voire au-delà ?
Le travail politique pourra être abordé dans des contextes différents : en campagne électorale, dans les institutions. Nous serons sensibles aux analyses qui prendront en considération les changements de stratégie, les rapports de force intra-partisans et les effets de concurrence sur le marché des biens électifs. Au-delà des partis proprement dits, nous retiendrons également les contributions sur les espaces de sociabilité où s’ancrent les discours populistes (quartiers, associations, organisations de jeunesse, etc.) et l’émergence de figures populistes étrangère à la sphère institutionnelle (comme Dieudonné ou Grillo).

Axe 2. L’impact des discours et des images populistes dans les sociétés

Jusque-là, les impacts sociaux du populisme, par médias interposés, ont été relativement peu étudiés en France. On entend par médias aussi bien les acteurs du champ journalistique, les radios, les blogs, que les groupes de discussions ou toutes autres formes d’expressions publiques susceptibles de favoriser ou au contraire de mettre en échec la diffusion des messages populistes. A cet égard les travaux portant sur l’impact du cinéma et de la télévision, ainsi que ceux consacrés aux NTIC, seront privilégiés.

Quelles sont les différentes formes et les registres des discours et des images populistes ? Selon les contextes, on assiste à une grande variété de formules, qui vont de la parodie envers le monde politique traditionnel à la représentation dystopique du futur en passant par la célébration de la figure du leader. Ces manifestations partagent une vision moralement polarisée du monde et des rapports sociaux, permettant la naissance d’un sentiment victimaire et revendicatif. Il s’agit d’un trait typique de l’imaginaire mélodramatique (dans le théâtre, le feuilleton, le cinéma etc.) qui envahit alors la communication politique. Quels mécanismes narratifs et visuels dans les discours populistes suscitent une réponse avant tout émotionnelle de la part de leurs publics ?

En ce qui concerne la personnalisation de la communication politique : comment s’établit un rapport intime entre le leader et ce qui dans son discours coïncide avec le « peuple » ? Ce rapport peut se fonder en priorité sur des canaux à grande diffusion comme la télévision (souvent en contraste avec l’intellectualisme présumé des élites) ; ou bien, ces mouvements peuvent exploiter la méfiance envers les institutions de la démocratie représentative, en promouvant des espaces alternatifs censés favoriser la participation, tels que les réseaux sociaux. Quelles sont, donc, les stratégies de contrôle de la communication populiste qui garantissent son efficacité et homogénéité ?

Nous attendons des contributions qui abordent l’analyse des images et des récits et/ou une discussion de leur réception, afin de saisir comment la culture visuelle participe à la construction du consensus dans les contextes marqués par le populisme.
Calendrier

Les propositions de communications précisant la méthodologie, le terrain et une bibliographie sommaire sont à envoyer au plus tard le 20 octobre 2015 et tiendront sur deux pages maximum à boumazamagali chez yahoo.fr lynda.dematteo chez ehess.fr et valerio.coladonato chez gmail.com

Les évaluations des propositions seront rendues le 25 octobre 2015.

Les communications définitives seront à rendre pour la journée du 25 janvier 2016 au plus tard le 10 janvier 2016, et pour la journée du 5 avril 2016 au plus tard le 20 mars 2016.