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Journées d’étude « Du folklore à l’ethnologie, une affaire de femmes ? » - les 4 et 5 novembre 2015 - Carcassonne

par Marion Dupuis - publié le

Journées d’études internationales coordonnées par Agnès Fine, Anne Monjaret, Nicole pellegrin, Sylvie Sagnes.

Programme complet

Programme. Du folklore à l’ethnologie, une affaire de femmes (PDF)

Présentation

Consacrées à l’ethnologie au féminin et au féminin de l’ethnologie, ces rencontres entendent croiser la question des pratiques ethnographiques et celle des identités savantes. La mise en perspective historique ajoutera aux bénéfices à attendre de cette mutualisation des questionnements. Car plus qu’un préalable permettant d’éclairer le présent, le détour par l’histoire nous fournit l’objet d’un premier étonnement, tant est grand le contraste que forment, des balbutiements du folklore à nos jours, les façons dont notre objet se présente.

La relation des femmes à la discipline naissante manque d’évidence. Peu de femmes semblent en effet être entrées, ou avoir été admises au panthéon du folklore. Sans doute autant qu’une réalité socio­ historique, doit­on soupçonner là l’effet d’une mémoire disciplinaire sélective. Quoiqu’il en soit, le repérage de la présence des femmes au cœur de la discipline constitue le premier défi à relever. Et faute d’être en mesure de pallier le silence des sources, l’on peut faire un pas de côté et investir d’autres espaces savants, hors de nos frontières nationales, notamment en Angleterre, où les femmes folkloristes bénéficient de toute évidence d’une reconnaissance plus précoce. Non sans interroger les écarts observables et leurs raisons d’être.

Aujourd’hui la situation est toute autre. Selon le bilan social du CNRS, près de 60 % des chercheurs relevant de la section Anthropologie du CNRS sont en effet des femmes [1] , soit une proportion nettement supérieure à celle (45,3 %) [2] que l’on obtient à l’échelle des sciences humaines et sociales, elle­ même au­ dessus du pourcentage (32,9 %) [3] obtenu pour l’ensemble des disciplines. Certes, ces chiffres ne font pas le départ entre ethnologues de l’ailleurs et ethnologues de l’ici, mais l’on peut, sans trop risquer de se méprendre, supposer qu’ils valent tout autant pour les unes que pour les autres. La sociologie pourrait aisément élucider ce renversement, en invoquant la conjonction de traits culturels et d’évolutions diverses : la plus grande attirance des femmes pour les « sciences molles », les progrès en matière de parité, la démocratisation de l’accès aux études supérieures, etc. Cela étant, ces explications suffisent­elles à rendre compte de la féminisation qui s’avère plus poussée en ethnologie que dans toute autre discipline ? À tout le moins, le phénomène réclame attention et rend d’autant plus nécessaires les interrogations qui sont les nôtres.

Vies et œuvres des folkloristes d’hier et des ethnologues d’aujourd’hui formeront le terrain d’une investigation à double entrée. L’on s’emploiera à saisir le rôle que peut être appelé à jouer le genre dans l’orientation disciplinaire, son influence dans le choix des objets, son incidence sur l’accès au terrain, la collecte des données et la possibilité même de réaliser telle ou telle enquête, la façon dont il interfère dans la problématisation des données, les modalités de restitution, les styles d’écriture, ses effets sur le déroulement des carrières, le rapport au(x) maître(s), l’introduction et l’insertion dans les réseaux, l’acquisition des titres et des statuts, etc. De manière peut­être moins attendue, l’on essaiera également de retourner le questionnement pour envisager ce que l’œuvre d’ethnologue fait à la vie de femme. En quoi et comment la science de l’autre participe­t­elle d’une identité féminine ? Est­elle à même d’y contribuer plus qu’une autre comme le suggèrent les statistiques ? Comment alors s’opère la collusion des identités, d’ethnologue et de femme ? Il importe de ce point de vue de tirer avantage du recul que nous donne la perspective historique : en dénudant le féminin de l’ethnologie de son actuelle et « naturelle » évidence, le retour aux origines nous invite à être attentifs à ce qui fonde ces affinités et aux éléments de contexte susceptibles de les encourager.

Ces journées sont communes au programme Archivethno France de l’Ethnopôle GARAE (Groupe audois de recherches et d’animation ethnographique), au cycle Ethnographies plurielles de la SEF (Société d’ethnologie française), au projet ANR VISA (Vies savantes), et aux préoccupations de l’IIAC ­ Équipe LAHIC touchant à l’épistémologie de la discipline.

[1] La parité dans les métiers du CNRS, Observatoire des métiers et de l’emploi scientifique (Direction des ressources humaines / Direction générale déléguée aux ressources) et par la Mission pour la place des femmes au CNRS, http://bilansocial.dsi.cnrs.fr/ - rubrique Parité 2013, p 13.
[2] Ibid., p 10.
[3] Ibid., p 13.