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La culture alimentaire à l’épreuve de la migration.

par Jahan - publié le

« La culture alimentaire à l’épreuve de la migration. Conséquences pour les politiques alimentaires » (ALIMI), Convention de recherche en réponse à l’appel à projets 2008 du programme de recherche ALIA “Alimentation et Industries Alimentaires“ de l’ANR, 2009-2011.

Partenaires : Centre Edgar Morin/iiAC (EHESS-CNRS), Paris : Claude Fischler, responsable scientifique du projet ; UMR Moisa (CIRAD), Montpellier (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) : Nicolas Bricas ; UR 106 NALIS (IRD) (Nutrition, ALImentation, Sociétés) : Bernard Maire ; UMR CNRS 5044, CERTOP (Centre d’Étude et de Recherche Travail, Organisation, Pouvoir), Université Toulouse le Mirail : Jean-Pierre Poulain.

Résumé : La connaissance de l’alimentation des migrants en France est encore très limitée. Pourtant elle constitue un enjeu important pour une meilleure compréhension mutuelle des populations, pour l’économie agroalimentaire et pour les politiques de santé publique et d’action sociale. Les objectifs de cette recherche sont de caractériser les styles alimentaires (systèmes de pratiques, d’attitudes, de normes et de représentations) et d’évaluer le bien-être alimentaire des Marocains et des Maliens, en France et dans leurs pays d’origine. Ces groupes sont largement représentés dans la population migrante vivant en France. Ils commencent à être étudiés, dans leurs pays d’origine, par deux des partenaires du projet, ce qui a contribué au choix de ces deux pays. Ils vivent des mutations rapides dans leurs modes de vie et d’alimentation, tant en France que dans leurs pays d’origine. Dans les deux cas, leurs conditions de vie sont souvent précaires, ce qui les rend particulièrement vulnérables à certains risques de santé (carences, obésité et pathologies).

Au-delà des migrants, cette recherche vise à comprendre les mécanismes de recomposition, d’agencement, de métissage, voire d’abandon des normes dans un environnement caractérisé par leur multiplicité. Il s’agit également d’évaluer les effets d’une individualisation croissante des choix et des pratiques alimentaires, à l’œuvre au niveau global. Même si ces processus sont particulièrement visibles chez les migrants, ils sont aussi révélateurs des dynamiques alimentaires de la société française dans son ensemble. La complémentarité des approches qualitative (entretiens individuels, « focus group », observation in vivo) et quantitative (enquêtes par questionnaire auprès de 3000 individus au total en milieux rural et urbain au Maroc, au Mali et en France) permettra de couvrir une diversité de situations et autorisera des comparaisons à valeur de représentativité statistique. La démarche comparatiste entre pays d’origine et de résidence est en outre très peu courante en sciences sociales appliquées à l’alimentation.

Le regard pluridisciplinaire de l’équipe, composée de sociologues, d’économistes et de nutritionnistes, spécialistes des pays du Nord et du Sud, renforcera la robustesse scientifique de la recherche. Les apports scientifiques sont doubles.

D’une part, cette recherche viendra enrichir un corpus scientifique non constitué sur les liens entre alimentation et migration. D’autre part, le projet ambitionne de développer un questionnaire sur les représentations, les pratiques alimentaire et les indicateurs du bien-être alimentaire, intégrant à la fois des caractéristiques objectives (comme les indicateurs anthropométriques), mais aussi des indicateurs plus subjectifs, renvoyant aux affects associés aux expériences vécues en lien avec l’alimentation. Les résultats obtenus contribueront à la définition des politiques d’alimentation (attentes et besoins spécifiques en termes de produits, de qualité de l’offre, demande pour les aliments ou plats ethniques,...), de santé publique et de nutrition (éducation, communication) et d’action sociale (dialogue, intégration,..). Les enquêtes menées au Maroc et au Mali fourniront également des informations novatrices sur la sécurité alimentaire et ses déterminants, utiles à la fois pour les pouvoirs publics de ces pays et pour les institutions de coopération internationale et d’aide au développement.



Food culture and migrants : consequences for policies

The knowledge of the food of the migrants in France is still very limited. However it constitutes an important issue for a better mutual comprehension of the populations, for the food sector and the public health and social policies. The objectives of this research are to characterize the food styles (systems of practices, attitudes, norms and representations) and to evaluate the food wellbeing of the Morrocans and the Malians, in France and in their countries of origin. These groups are largely represented in the migrant population living in France. They start to be studied, in their countries of origin by two of the partners of the project, which contributed to the choice of these groups. They live rapid changes in their lifestyles and food, both in France and in their countries of origin. In both cases, their living conditions are often precarious, which makes them particularly vulnerable with to certain health hazards (deficiencies, obesity and pathologies).

Beyond the migrants, this research aims at understanding the mechanisms of recombining, fitting, interbreeding, even of abandonment of the norms in an environment characterized by their multiplicity. This projetc aims also to evaluate the effects of an increasing individualization of the food choices and practices, observed at the global level. Even if these processes are particularly visible among migrants, they are also revealing the dynamic of food models of the French society as a whole.

The complementarity of the approaches qualitative (individual talks, “focus group”, observation in vivo) and quantitative (survey by questionnaire among 3000 individuals on the whole in rural and urban areas in Morocco, Mali and in France) will make it possible to cover a diversity of situations and will authorize comparisons with value of statistical representativeness. The comparative approach between countries of origin and of residence is moreover far from current in social sciences applied to the food. The multi-disciplinary character of the team, made up of sociologists, economists and nutritionists, specialists in the developed and developing countries, will reinforce the scientific robustness of theof the research.

The scientific contributions are double. On the one hand, this research will come to enrich a scientific corpus nonmade up on the bonds between food and migration. In addition, the project is desirous to develop a questionnaire on the food representations and practices and on the indicators of the food wellbeing, integrating at the same time objective characteristics (like anthropometric indicators), but also more subjective indicators, returning to the affects associated with the experiments lived in bond with the food.
The results obtained will contribute to the definition of the food policies (specific requirements and needs in terms of products, of quality of the offer, demand for ethnic food or dishes,…), of the public health and nutrition policies (education, communication) and of social action (dialogue, integration.). The investigations led to Morocco and Mali will also provide innovative information on food safety and its determinants, useful at the same time for the public authorities of these countries and the institutions of international cooperation and development aid.