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La Marche des mille ou l’apothéose involontaire des musiques traditionnelles

par voisenat - publié le

François Gasnault.
Les Carnets du Lahic 10 - MULTIMEDIA, Lahic / DPRPS-Direction générale des patrimoines, 2015.

Le 14 juillet 1989, sur les Champs-Elysées, au cœur de la parade réglée par Jean-Paul Goude pour le bicentenaire de la Révolution française, plus de mille personnes de tous âges défilent en jouant une marche de Wally Badarou sur des instruments traditionnels : vielles à roue, cornemuses, galoubets, fifres. Ces musiciens témoignent du succès des processus d’institutionnalisation, mais aussi de « défolklorisation », mis en œuvre par un mouvement associatif qui s’est développé dans les années 1970 et qui a bénéficié, lors du premier septennat de François Mitterrand, du soutien de Maurice Fleuret, directeur de la musique au ministère de la culture. La reconnaissance des pratiques amateur et de « l’égale dignité des esthétiques musicales » rend possibles, pendant quelques années de cogestion, le soutien aux activités de collectage et l’émergence d’un réseau de centres de musiques traditionnelles en région. Le virage événementiel que prend la politique culturelle après 1990 montre toutefois les limites de la reconnaissance que peuvent espérer les musiques populaires issues du monde rural. En témoigne l’épisode dit du « grand événement Musiques traditionnelles », symétrique inversé de l’opéra-Goude : quoique commandé par Jack Lang, il s’échoue dans l’indifférence, moins en raison d’intrigues de cabinet que du fait de son illégitimité.
Ce livre s’attache ainsi au parcours, durant trois décennies, de la génération du folk revival qui a conçu et porté de « grandes espérances » en termes de révolution pédagogique et de professionnalisation artistique, sans parvenir à passer le plafond de verre des catégories culturelles qui, en France sans doute plus qu’ailleurs, cantonnent les musiques populaires au second rayon.

Cet ouvrage est le dixième volume des Carnets du Lahic et le premier de la nouvelle série MULTIMEDIA de cette collection, éditée électroniquement par le Lahic et le département du Pilotage de la recherche et de la politique scientifique de la Direction générale des patrimoines (ministère de la Culture).

François GASNAULT est historien. Conservateur général du patrimoine, il est membre de l’équipe "Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture" (LAHIC), composante du IIAC, UMR CNRS/EHESS.
Après avoir travaillé sur les pratiques dansantes des Parisiens au XIXe siècle (Guinguettes et lorettes, Paris, Aubier – collection historique, 1986) puis sur les populations universitaires de Bologne à l’époque du Risorgimento (La cattedra, l’altare, la Nazione, Bologne, Clueb, 200), il a durant trois décennies dirigé des services d’archives centraux et territoriaux. Redevenu chercheur à temps plein, il étudie les processus de légitimation mis en œuvre par les associations de musiques et danses traditionnelles depuis la Libération ainsi que l’histoire institutionnelle de l’ethnomusicologie de la France (en partenariat avec Marie-Barbara Le Gonidec).