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Journée d’étude - LECTURES CROISEES SUR LA RESILIENCE - 11 mai 2015

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Journée d’étude - LECTURES CROISEES SUR LA RESILIENCE 

Lundi 11 Mai 2015 (9h00 -‐ 17h30) Amphithéâtre François Furet 

EHESS - 105, bd Raspail 75006 Paris 

RESILIENCE (S) ? 

Alors que la France ambitionne de parvenir à un accord universel sur le climat lors de la prochaine Conférence des Nations unies dite « Cop21 », les débats politiques et scientifiques s’orientent massivement vers la possibilité d’élaborer des stratégies d’adaptation et d’atténuation aux changements. « Résilience », « adaptation », « atténuation » sont autant de concepts qui informent les modèles de décisions politiques tout en s’imposant dans le champ scientifique comme les cadres d’intelligibilité des rapports entre les sociétés et l’environnement.

Au cours des vingt dernières années, la notion de résilience s’est largement diffusée en sciences sociales et ses définitions, allant de la capacité d’absorption et de résorption des chocs en physique jusqu’aux stratégies adoptées par les populations confrontées aux risques, aux catastrophes et aux incertitudes, font l’objet de débats. Mobilisé dans le cadre de la recherche sur les systèmes écologiques pour analyser les relations entre les composantes biotiques (ou naturelles) des écosystèmes, la théorie de la résilience héritent de l’approche systémique qui, au début du XXe siècle, propose d’associer la description totale de la biologie végétale et animale à la compréhension de sa physiologie (ses fonctions). Représentant les milieux naturels comme un organisme biologique, cette vision fonctionnaliste, ancrée dans le paradigme de la finitude des ressources naturelles, s’est revernie d’une soudaine modernité avec l’émergence d’un référentiel environnemental d’échelle globale. Pourtant, la résilience n’est peut-être qu’un concept miroir cristallisant les incertitudes liées aux débats sur les changements environnementaux ?

Avec l’émergence progressive de recherches intégrant les dynamiques naturelles et anthropiques en un même système, les usages de la résilience se sont progressivement élargis. L’écologie scientifique s’est adaptée en modifiant le cadre de ses analyses depuis les milieux naturels vers les interactions sociétés - environnements. Ce déplacement s’est traduit, non seulement, par une série de questionnements portant sur l’impact des actions humaines sur l’équilibre des écosystèmes, mais aussi par une redécouverte des savoirs locaux (et donc la réintégration de l’homme dans la compréhension des écosystèmes naturels), mais encore par une vision plus complexe, insistant sur les boucles de rétroactions entre les milieux. Dans ce cadre, certaines disciplines, comme la géographie, se sont saisies des principes de l’analyse systémique pour l’appliquer à la fois à la compréhension des dynamiques anthropiques et naturelles impliquées dans la dégradation de l’environnement et aux travaux sur la gestion des risques. Ce transfert méthodologique a ouvert un vaste champ d’études pluridisciplinaires portant sur la résilience des systèmes spatiaux, des territoires et des paysages. Au demeurant, ne conduit-il pas à diluer les natures de « résilience » ?

En regard, d’autres trajectoires de la résilience sont apparues avec la new ecology (1980) et l’anthropologie écologique. Mettant en cause le présupposé d’équilibre et de stabilité inhérent au concept d’écosystème, elles invitent à prendre en compte de nouvelles échelles dans l’analyse des rapports entre les sociétés et de leur(s) nature (s) (l’individu, le temps, les changements structurels) et, ce faisant, à dissocier la résilience et l’adaptation des approches systémiques. À cet égard, il convient de noter que les études sur les sociétés éleveurs nomades des zones arides, très dépendantes des ressources naturelles, ont largement contribué aux renouvellements des approches. Elles montrent comment des organisations sociales et politiques, ces « autres écologies », pouvaient se maintenir dans des écosystèmes fortement déséquilibrés. En lieu et place de la résilience, ces voix discordantes insistent sur « persistance », les formes de « résistance », les « réorganisations », ou encore les « remediances » des sociétés confrontées à des changements environnementaux. D’une certaine manière, elles préfigurent le renouvellement des recherches qui, inspirée par la psychologie sociale, conduit les socio-économistes à préciser les contours d’une résilience sociale et à interroger la pertinence de la notion de résilience à l’échelle des capacités d’adaptation des individus et des ménages.

Consacrée aux déclinaisons de la résilience en sciences humaines et sociales, cette journée d’étude et de formation vise à s’interroger dans une perspective pluridisciplinaire sur les usages de la résilience en tant que théorie, concept ou notion. Au fil des différentes sessions, on se propose de revenir sur les historicités possibles de la résilience, les apories et les critiques adressées à celles-ci, tout en croisant différentes approches, qui ouvrent sur d’autres trajectoires possibles. Chaque session sera organisée en deux temps : d’une part, la présentation par des étudiants de l’EHESS de textes de référence et,

d’autre part, leurs mises en discussion à partir de recherches qui, provenant d’horizons disciplinaires différents, mobilisent les théories de la résilience.

PROGRAMME 

9 h 00 Bienvenue (salle 11)
9h15 - 9h30 Mots de bienvenue
9h30 Introduction (Benoit Hazard, IIAC, CNRS)

Session 1
Résilience et politiques des sciences. 

9 h 45 Texte à l’appui présenté par Jesus Jara (EHESS) :
Allen, Craig R. ; Angeler, David G. ; Garmestani, Ahjond S. ; Gunderson, Lance H. ; and Holling, C. S., (2014) « Panarchy : Theory and Application ». Nebraska Cooperative Fish & Wildlife Research Unit — Staff Publications. Paper 127.

9 h 55 Xavier Arnaud de Sartre (Géographe, SET UMR 5603, CNRS, Pau) & Bernard Hubert (EHESS, Agropolis, Montpellier)
Résilience et résistance à la contagion des concepts ?

10 h 15 Texte à l’appui présenté par Rachael Cognon (EHESS) :
Berkes, Fikret, Johan Colding & Carl Folke (2000) Rediscovery of traditional Ecological knowledge as adaptive managment, Ecological applications, vol.10, N°5, pp. 1251-1262.

10 h 25 Marina Quine (Ecologue, EPHE- Laboratoire "Corail"-CRIOBE, Perpignan). Résilience et pêcheurs artisanaux marins péruviens : Comprendre des systèmes socio écologiques à travers de savoirs écologiques traditionnels (TEK).

10 h 45 Discussion

Session 2
Résilience, systèmes spatiaux & systèmes agraires 

11 h 15 Textes à l’appui présentés par Marie-Noëlle Reboullet (EHESS) :
Introduction à partir de Aschan-Leygonie C., (2000) « Vers une analyse de la résilience des systèmes spatiaux », L’Espace Géographique, 1, pp. 67-77.

&
Chafia Irzouni (Géorisque, Université Paris Est, Marne la vallée)

À partir de H. Noizet, S. Robert, L. Mirlou, (2013) « La résilience des formes. La ceinture urbaine de Paris sur la rive droite », Études rurales , n° 291, p. 193-220.

11 h 35 Sandrine Robert (GGH-Terres, EHESS)
La notion de résilience des paysages en archéogéographie.

11 h 55 Liviu Mantescu (Humboldt University, Berlin)
Dynamics in Common Property Regimes, Ecological Resilience and Social Change in Romania.

12 h 15 Samuel Rufat (Géographe, Université de Cergy-Pontoise)
La résilience de Bucarest : existe-t-il une « mauvaise » résilience ?

12 h 35 Léa Mosconi Bony (ACS UMR/AUSSER CNRS, ENSA, Paris)

Émergence de l’architecture bioclimatique dans les années 1960 : résilience ou adaptation ? 12 h 55 Discussion

(13h10- 14h00 Pause déjeuner)

Sessions 3
Peut-on ethnographier la résilience dans des situations de changements socio-écologiques ? 

14 h 00 Benoit Hazard (Anthropologue, IIAC, CNRS)
Introduction à partir de John Terrence McCabe, Cattle bring us to our ennemies. Turkana Ecology, Politics and raiding in a disequilibrium System, University of Michigan Press.

14 h 20 Christine Adongo (EHESS, REAL — Paris)
Exploring resilience in socio-ecological change ; tribulations of a pastoral society by geothermal development projects in the central rift valley, Kenya.

14h40 Chloé Gardin (EHESS- IMAF)
Incertitude climatique, catastrophes naturelles et vulnérabilité (s) pastorale (s). Controverses et enjeux politiques des savoirs locaux au Sahel (Sénégal).

15h00 Discussion
Résilience individuelle & résilience collective : usages en socio économie. 

15 h 30 Texte à l’appui présenté par Jean Baptiste Bersac (EHESS)
À partir de Clémence Cantoni et Benoît Lallau (2010) « La résilience des Turkana », Développement durable et territoires, Vol. 1, n° 2.
&
Diakite Djigui
(EHESS) :
Markus Keck & Patrick Sakdapolrak (2013) What is social resilience ? Lessons learned and ways forward, in Erkunde, vol. 67, N°1.

15 h 50 Benoit Lallau (Clerse, Université de Lille1) À la recherche du paysan résilient

16h10 Nathalie Rabemalanto (CEMOTEV, Université de Versailles Saint-Quentin-en-
Y velines)
La résilience : apports conceptuels des approches socio-économiques et questions de mesure.

16h30 Discussion animée par Antonin Pottier (CIRED) 16h45 -17h30 Discussion générale

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Les textes étudiés lors de cette journée sont accessibles sur l’ENT de l’EHESS dans la rubrique « L’atelier de l’anthropocène » (séance 8).