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Koudriavtseva-Velmans Olessia

par Nadine Boillon - publié le

Docteur en esthétique, historienne et théoricienne de l’art diplômée de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense et de l’Institut National Académique des Beaux - Arts et de l’Architecture de Saint-Pétersbourg, I.E. Repine. Ancienne collaboratrice scientifique du Musée National de l’Ermitage. Artiste plasticienne et commissaire d’expositions invitée auprès des musées et des centres d’art.

Thèmes de recherche

Arts et esthétiques de l’espace géoculturel russe, soviétique, postsoviétique.

Arts des peuples de la Russie dans le passé et dans le présent.

Problèmes du système décoratif ornemental, l’ornement traditionnel.

Religions et mythologies préjudéo-chrétiennes et préislamiques.

Homme, Animal, Hybrides.

Relation Orient – Occident dans l’art.

Relation passé – présent dans l’art.

Relation image – mot / texte.

Art et pouvoir.

Anthropologie philosophique et esthétique.

Esthétique sémantique.

Archéologie du contemporain.

Parcours de recherche

Le travail de recherche se concentre sur l’étude et l’analyse des liens intergénérationnels entre les expressions anciennes et contemporaines de l’Occident et de l’Orient et particulièrement de l’espace géoculturel russe, soviétique, postsoviétique. Le travail aborde les questions de la mémoire collective, de sa transmission à travers la pensée, l’image, le patrimoine matériel et immatériel. Il y a une place essentielle pour la mise en évidence du problème de la reviviscence ainsi que de la survivance des images et des moyens d’expression artistiques dans les différentes étapes de l’histoire de l’art, jusqu’à l’époque actuelle.

La réflexion portée sur les correspondances entre les espaces-temps artistiques du passé et du présent se focalise notamment sur le problème de la coïncidence des contraires esthétiques du médiéval et du contemporain. Le principe de la « polyfocalité » des œuvres médiévales et des multimédias actuels, ouvre la réflexion à la fois sur l’équivalence de leurs pouvoirs informatifs et sur le principe de détournement du schéma esthétique ancien qui se produit sous l’emprise des nouveaux enjeux culturels.

En allant au-delà des seules similitudes iconographiques entre l’expression ancienne et l’expression actuelle, l’analyse comparative s’applique aux catégories de l’invisible contenues dans les œuvres d’art plastique. Les aspects conceptuels et iconiques sont étudiés à travers les sources orales et écrites situées en rapport avec l’œuvre visuelle. Notamment, l’équivalence probable de l’image et du mot est analysée sous le prisme des théories et des pratiques artistiques, en posant la question de la possibilité d’une lecture d’image et d’une contemplation du texte. Ainsi, mes propres réalisations plastiques évoquant, par exemple, les notions médiévales de « l’image mentale » et du « verbe visible » tentent de répondre à la question suivante : l’image est-elle un discours à part entière, d’autres discours peuvent-ils la remplacer ?

Le problème de contemporanéité se pose à propos de la diversité des enjeux en Orient et en Occident. L’exemple de l’espace russe – soviétique – postsoviétique est très significatif pour l’analyse du phénomène de la coïncidence des extrêmes. L’art de cet espace, dans son aspect « post-byzantin » suppose à la fois l’héritage de l’empire au sommet de sa force et de sa gloire et la fatalité de la fin de l’empire, mettant en évidence des divergences et convergences bipolaires. Cet art révèle une nature paradoxale des contraires équivalents constituée à la fois de l’analogie et de l’antinomie relatives aux apparences géographiques et culturelles. À partir de cette approche, se développe l’étude du problème de prototype extraordinaire dans l’icône, dans l’art soviétique et postsoviétique. Ce problème, soulevé par l’art et la théologie orthodoxes concerne le modèle dont l’icône suppose la présence ; le modèle se trouve osciller entre l’analogie et l’antinomie par rapport à sa propre représentation plastique. Les questions du rapport controversé entre l’icône et son prototype sont abordées notamment à partir des exemples de la propagande des personnalités de Lénine et de Staline dans l’art soviétique. La notion de religiosité présente dans ces images est aussi observée à travers l’art postsoviétique qui s’inscrit dans la continuité de l’art politique, il s’agit notamment des actionnistes actuels qui sont les représentants de l’art intempestif et éphémère de la performance et les héritiers de l’art conceptuel des années 60-90.

La question du contemporain se pose également vis-à-vis de l’art traditionnel récent. L’art traditionnel des peuples de la Russie ou encore l’art tribal de l’Inde ou de l’Australie soulève le problème du passage de l’ethnique au post-ethnique, du local au mondial, du traditionnel au contemporain et ouvre le débat sur les conséquences que ce passage peut causer pour la mémoire collective. L’art traditionnel contemporain de la région volgo-ouralienne où se rencontre l’Europe et l’Asie et dans laquelle le système fluvial de la Volga connecte le nord avec le sud tout en étant un « autre art » révèle une plasticité complexe et singulière faisant apparaître des représentations qui sont les réflecteurs des techniques, savoirs et croyances établis dans ces régions au fil des siècles. Cette étude à la fois rétrospective et prospective réalise une sorte d’archéologie de l’époque contemporaine qui se trouve en connexion avec le passé lointain et contribue à l’exploration de la dynamique des images depuis les origines et jusqu’au temps présent. Allant de la production artisanale aux œuvres des ethnofuturistes, l’expression actuelle se manifeste comme espace des mémoires ancestrales, ainsi elle se voit étudiée par rapport à l’imaginaire et aux pratiques les plus anciens, tout en posant les questions de l’avenir de l’art traditionnel. Ces oeuvres produites à l’époque contemporaine et marquées par des plasticités et des spiritualités archaïques qui s’expriment dans un système décoratif mettent en évidence l’importance de l’ornement, alors que ce dernier est un miroir incontournable d’une vision du monde associée aux religions précédant les monothéismes contemporains.

Le concept de l’ancestral en tant que porteur d’une certaine immémoriabilité ou d’une infinité temporelle est relativisé au degré d’une échelle du temps destinée à établir une datation d’apparitions des sens, des formes et des techniques de représentation nés quelque part au sein des différentes périodes de l’histoire de l’humanité. Ainsi, la réflexion autour du concept de l’ancestral rejoint l’étude historique consacrée à l’exploration approfondie des moyens d’expressions poétiques et artistiques.

En même temps, le travail se poursuit dans les voies des tendances culturelles extérieures à un périmètre régional ou historique en interrogeant la dimension extra - géographique et extra - temporelle. Ainsi, les recherches réalisent une approche théorique et pratique des notions de recyclage, de remake, d’analogie, d’antinomie, de la coïncidence des opposés qui sont à la fois clos dans leur contradiction et déployés vers l’infini, de l’intemporalité, de l’anachronisme, de l’intempestivité. Ces notions sont abordées dans le contexte de la production artistique ancienne et contemporaine, allant de la théorie à la pratique artistique et curatoriale.

Bibliographie

- « Hybridations plastiques - mythologiques de l’humain et de l’animal dans les trésors sacrés de la Kama. Questions de transposition et d’hypostase à travers l’Eurasie », in Images et créatures hybrides dans le temps et l’espace, Paris, Les Belles Lettres, sous presse.
- « Homme / Femme, Orient / Occident, Vie / Mort, les vertus des contraires et leurs détournements. Les représentations mentales et plastiques en allant des traditions chrétiennes aux Femen et Pussy Riot », in Vertu des contraires : art, artiste, société, PUP, sous presse.
- « L’imagerie hybride entre le passé et le présent : L’ethnofuturisme finno-ougrien en connexion avec les trésors sacrés de la Kama », in TransImage : http://transimage.hypotheses.org, Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie René - Ginouvès, UMR ArScAn, Labex Les Passés dans le Présent – Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2015.
- « Лебединая песня доктора Е. С. Боткина. К вопросу о пространстве – времени », in Cборник статей по итогам научной конференции « Династия Романовых в культуре и искусстве России и Западной Европы. История и современность. Материалы международной научно-практической конференции. Пермь – Чердынь – Ныроб », Пермь : Литер-А, Пушка, 2014, pp. 505-522.
- Les traditions occidentales et orientales du Moyen Age dans l’art contemporain, thèse de doctorat, Université Paris Ouest Nanterre la Défense, 2012.
- « Vers l’écriture des « illettrés » contemporains », in Interfaces : image, texte, langage, n°32, College of the Holy Cross, L’Université Paris 7 Diderot et l’Université de Bourgogne, 2011-2012, pp. 207-227.
- Perm Biennale of graphic arts. Monochromatisme – Anachronisme !?, PERMM Museum of Contemporary Art, Moscow - Perm, 2010, p. 67-75.
- « Les Artistes Interdits : Oskar Rabine, libre artiste. Valentin Til Maria Samarine, l’artiste – alchimiste », in Verso Art et Lettres, Paris : Cercle d’art, septembre – octobre 2009.
- « Aujourd’hui, parle-t-on toujours des traditions ? L’envie d’une esthétique lointaine », in Verso Art et Lettres, Paris : Cercle d’art, n°52, janvier - mars 2009, pp. 21-27.
- « Les Petits Hollandais dans le « fast-food » mondial », Dossier de la revue Verso Art et Lettres, Paris : Cercle d’art, n°50, juillet 2008, pp. 14-22.
- « L’Espace plastique du livre : autour de Jazz de Matisse », in Le livre et ses espaces, Paris : Presses Universitaires de Paris 10, 2007, pp. 301-316.
- « Correspondances - Musée d’Orsay / Contemporary Art : Paul Cézanne / Jeff Wall. Claude Monet / François Morellet. From October 24, 2006 to January 14, 2007 », in Artchronika, n° 11-12/2006, p. 113.

Réalisations curatoriales

- La Galerie Nationale des Beaux - Arts de Perm. Exposition – installation Le jour dernier, Perm, 2013.
- Le Musée National d’Art Contemporain PERMM. Monochromatisme - Anachronisme !?, La Biennale des arts graphiques, Perm, 2010.
- L’année de La Russie, l’exposition Iconostase, La ville du Plessis Robinson, 2010.
- Le Centre d’Art Contemporain Winzavod. La Biennale de la photographie, l’exposition Le Moyen Age du XXIe siècle, Moscou, 2010.