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SAHIEF

par flneveux - publié le


Engagé depuis fin 2013 au titre de l’axe Culture de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (UMR 8177, CNRS-EHESS) que porte notamment l’équipe LAHIC, le programme SAHIEF (Sources, Archives et Histoire Institutionnelle de l’Ethnomusicologie de la France) est placé sous la responsabilité opérationnelle de François Gasnault et Marie-Barbara Le Gonidec.

Ce programme porte principalement sur les ambitions disciplinaires et institutionnelles, les enquêtes de terrain et les autres réalisations de celles qui incarnèrent très durablement (1939-1986) l’ethnomusicologie au « musée-laboratoire » de Georges-Henri Rivière : fondatrices du domaine français d’une discipline constituée (1929, recrutement d’André Schaeffner au musée d’ethnographie du Trocadéro) avant d’être nommée (1954), Claudie Marcel-Dubois (1913-1989) et Maguy Pichonnet-Andral (1926-2004) ont effectué une soixantaine de missions en France métropolitaine puis dans des territoires francophones (Antilles françaises, Mascareignes mais aussi Louisiane, Canada français et îles anglo-normandes). Elles en ont ramené des instruments de musique et des objets « paramusicaux », des reportages photographiques, quelques films et plusieurs dizaines de milliers d’enregistrements contextualisés par de nombreux écrits (correspondances préparatoires, carnets et notes de terrain, transcriptions des paroles et des timbres collectés, rapports, etc.). Or la très grande majorité de ces documents d’enquête, longtemps inaccessibles, au vif dépit des acteurs du mouvement revivaliste des années 1970-1980, est restée inédite, même si leur numérisation a permis de rendre disponibles, à partir du tout début du présent siècle, l’essentiel des archives sonores. C’est pourquoi SAHIEF se fixe comme premier objectif de poursuivre les éditions scientifiques engagées avec la publication des missions en Basse-Bretagne (1939) et en Haute-Loire (1946), parues respectivement en 2009 (co-édition CTHS-Dastum) et 2013 (co-édition CTHS-Amta), en nouant à cet effet des partenariats avec les institutions scientifiques et patrimoniales (publiques comme associatives) intéressées. Mais il importe aussi, sinon davantage, de prendre la mesure d’une entreprise délibérément systématique, qu’il s’agisse de ses pré-requis méthodologiques ou de ses résultats, notamment parce qu’elle s’est déployée en situation de monopole, du moins jusqu’au début des années 1970. Et à cette fin, de s’intéresser d’un peu près à une double biographie qui se confond presque avec une carrière commune, saisie dans son emprise immobilière (la moitié d’un étage au « nouveau siège » du bois de Boulogne) comme dans ses ramifications et prolongements dans la sphère muséale (au sein des instances de la coopération culturelle internationale) et dans les cercles universitaires (ouverture en 1961-1962 d’un séminaire d’ethnomusicologie demeuré unique en France durant plus de vingt ans). Enfin, par voie de conséquence, il s’agit de considérer à nouveaux frais, en étroite coopération avec celles qui les étudient (Marlène Belly, Audrey Viault), quelques prédécesseur (Patrice Coirault) ou contemporains (Geneviève Massignon, Jean-Michel Guilcher), que Marcel-Dubois et Andral ont d’ailleurs veillé à marginaliser dans le champ institutionnel mais qui ne leur cèdent en rien pour ce qui est de l’absorption de la vie par l’engagement scientifique.

Le programme s’attache encore à mettre en évidence les mécanismes qui ont conduit les pouvoirs publics à prendre en compte puis en charge les musiques populaires rurales de tradition orale par divers modes de légitimation, de l’enquête lancée en 1853 par le ministre de l’instruction publique, Fortoul, à l’instauration, par le ministère de la Culture en 1987, d’un diplôme d’enseignement des musiques traditionnelles, et à se détourner parallèlement des autres musiques populaires, ancrées en milieu urbain. Ce qui conduit à s’interroger sur les processus de patrimonialisation en plein déploiement autour de musiques souvent liées aux résurgences des identités régionales, comme en témoigne déjà l’inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité du cantù in paghjella corse, du fest-noz breton ou encore du gwoka guadeloupéen.

Enfin, entre en résonance immédiate avec l’ANR VISA l’enquête prosopographique qui s’amorce autour des collecteurs des musiques et danses traditionnelles en activité à partir des années 1940. En établissant la biographie collective d’un groupe rassemblant plusieurs centaines de personnes dont certaines se sont durement affrontées à Claudie Marcel-Dubois, l’enquête aidera à resituer l’action des ethnomusicologues du MNATP dans un mouvement scientifique, social et culturel plus large et dans une chronologie où les décennies 1970-1990 occupent une place majeure, par l’ampleur des collectes réalisées mais aussi par la mise en cause de la recherche institutionnelle et la promotion d’une pratique « amateur » de l’enquête de terrain, conduite par des musiciens à la recherche d’un matériau appelé à féconder leurs processus créateurs.

- Le programme du cycle de conférences SAHIEF 2015-2016

- Deux publications du programme :

— http://visa.hypotheses.org/les-archives-de-la-mission-de-folklore-musical-en-basse-bretagne-de-1939-du-musee-national-des-arts-et-traditions-populaires

— http://visa.hypotheses.org/chansons-et-contes-de-haute-loire-lenquete-phonographique-de-1946