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Eczet Jean-Baptiste

par Lydie Pavili - publié le

ECZET Jean-Baptiste

Post doctorant de l’EHESS

Courriel : jean-baptiste.eczet chez ehess.fr

Après un master en Sciences des religions et sociétés (mention Anthropologie) à l’EHESS (2006) et un master en Arts politiques à Sciences Po (2012), Jean-Baptiste Eczet a obtenu un doctorat d’Anthropologie à l’EPHE (2013) récompensé par le Prix de thèse du musée du quai Branly. Il a ensuite été post doctorant de la fondation Fyssen au Museu Nacional (2014-2015) à Rio de Janeiro, Brésil. Ses recherches portent principalement sur les Mursi, une population agropastorale de la basse vallée de l’Omo en Ethiopie. Il s’attache à décrire l’esthétique quotidienne des Mursi et à montrer en quoi elle prépare les formes et les actions politiques. Sa monographie est en cours d’édition en anglais. En 2016, il réalise une mission ethnographique dans la « Jungle » de Calais auprès de migrants soudanais.

Thèmes de recherche :
Sociétés pastorales de l’Afrique de l’Est
Esthétique, politique et pragmatisme

Publication :

Revues à comité de lecture


- 2015 « Des hommes et des vaches. L’attachement entre les personnes et leurs bovins en pays Mursi (Éthiopie) », Anthropologie et sociétés, Bondaz J., Cros. M. et Laugrand F. (eds), Liaisons animales, questions d’affects, 1-2, Volume 39, pp. 121-144, Université Laval.

La relation pastorale entre les bovins et les nilotes en Afrique de l’Est, caractérisée par une imbrication des deux collectifs, est communément désignée cattle complex. La relation de subsistance côtoie des pratiques poétiques et plastiques, et on ne peut jamais observer l’un sans l’autre. Pourtant, dans la littérature sur ces pasteurs, le bovin est le plus souvent institué dans deux positions réductrices, soit le symbole, soit la ressource qu’une disposition mentale vient lier : l’obsession. Celle-ci permettrait de justifier l’un par l’autre : soit l’idiome symbolique est si important qu’on le retrouve dans les usages pratiques, soit la ressource de production est si nécessaire qu’elle imprègne l’existence sociale et religieuse. Mais le bovin fournit une matière esthétique quotidienne et omniprésente et c’est l’attention à ces manières de produire des formes qui permet de rendre compte du bovin et de la relation pastorale. Cet article a pour objectif de montrer différentes formes bovines (à travers les noms, la poésie, les formes plastiques et l’animal de chair et de sang) et leur implication dans la vie des Mursi, une population d’agropasteur du Sud-ouest éthiopien. Nous verrons alors que l’attachement entre les humains et les bovins est une disposition émergente d’un ensemble de pratiques mettant en relations les personnes au moyen, justement, de références bovines.

- 2015 « Révéler et éloigner. Usages du corps et de ses ornements en pays Mursi », Les Annales d’Éthiopie. N°29, pp : 223-246. De Boccard // Centre Français des Études Éthiopiennes

> version courte en anglais : « Reveal and remove. Uses of the body and its ornaments in Mursiland », pp : 279-283

L’ornementation corporelle des groupes du Sud-Ouest éthiopien attire de nombreux touristes et reporters à la recherche d’un exotisme primitif. À quelques exceptions près, les recherches anthropologiques se sont peu tournées vers l’étude de ces ornements. Cet article vise donc à mettre en lumière certaines pratiques ornementales chez les Mursi, un groupe d’agropasteurs transhumants de la basse vallée de l’Omo. Chaque type d’ornement est associé à une thématique et ils contribuent ainsi à des interactions avec différents « êtres » : ses pairs, ses bovins, ses morts et les touristes. Nous pouvons alors distinguer deux intentions. Les bijoux et la peinture à la bouse bovine montrent des attachements : il s’agit de révéler des habiletés relationnelles (humaines et pastorales) déjà acquises. La peinture à l’argile et les peintures pour touristes exhibent quant à elles un travail de détachement : ces peintures sont orientées vers les êtres passagers à éloigner (les morts et les touristes). Ici, se peindre et s’orner le corps ne vise pas tant une expressivité esthétique que la création de propositions visuelles contribuant à la bonne tenue d’interactions variées. Il est ainsi nécessaire de mieux considérer les pratiques dites esthétiques, car elles participent des plus élémentaires relations sociales.

- 2015 « Humains et bovins en pays Mursi (Éthiopie) : registres sensibles et processus de socialité [Humans and Cattle in the Mursi Country (Ethiopia). Sensitive Registry and Process of Socialisation]. » Résumés développés de la thèse, en double version (française et anglaise), Anthropozoologica, N° 50-1, pp. 49-53.

Ce travail est une monographie sur les Mursi, un groupe de quelques milliers d’individus vivant dans la vallée de l’Omo, dans le Sud-ouest éthiopien. Cette monographie s’attache à rendre compte des pratiques esthétiques des Mursi (anthroponymie, poésie, ornementation corporelle, danses) et des processus de socialité qu’elles créent. En d’autres termes, il s’agit de voir ces pratiques comme constituant des registres de relations à part entière. L’argument défendu dans ce travail est donc double. D’une part, les pratiques poétiques et plastiques sont irréductibles à du symbolisme et doivent être appréhendées dans leurs ressorts interactionnels et communicationnels, d’autant qu’elles sont omniprésentes au quotidien chez les Mursi comme chez de nombreux groupes pastoraux de l’Afrique de l’Est. D’autre part, et en conséquence, il existe une articulation entre ces pratiques et d’autres domaines trop longtemps tenus pour indépendants d’elles : le pastoralisme et le politique. En effet, si le quotidien des personnes passe par l’usage de formes poétiques et plastiques, ces dernières ont forcément un rôle à jouer dans le type de pastoralisme et dans la forme du politique propre aux Mursi.

- 2012 « Les belles idées de la défigurée : à propos du plateau labial des Mursi », Images Re-vues. Histoire, anthropologie et théorie de l’art. N°10. EHESS. (http://imagesrevues.revues.org/2501)

Le plateau labial porté par les femmes Mursi est communément vu comme un objet archaïque voué à disparaître. Au-delà des stéréotypes sur ses raisons d’êtres, l’argument de cet article est que le labret est une forme synthétisant un ensemble de représentations et d’actions. Il faut donc défaire le feuilleté de sens, les enjeux pragmatiques autant que les effets perceptuels que cette forme simple agence. On y découvre une modification posturale comme intériorisation du regard des hommes ; une cicatrice comme initiative engageante dans la condition féminine ; un cercle comme synthèse permanente de formes sociales éphémères ; une dé-figuration révélatrice d’un schème esthétique englobant les humains et le bétail.

- 2012 « Décors mobiliers médiévaux et décors corporels actuels : exercice comparatif ethnoarchéologique Shay/Mursi » (avec B. Poissonnier) Les Annales d’Éthiopie. F.-X. Fauvelle-Aymar & B. Poissonnier (eds), La culture Shay d’Éthiopie (VIIIe-XIIIe siècles), Hors-Série N°3, pp : 175-190, De Boccard // Centre Français des Études Éthiopiennes.

Cet article apporte une contribution ethnographique à une étude archéologique en analysant les motifs des scarifications mursi. Des motifs de même facture ont en effet été retrouvés sur des poteries en pays Shay et une meilleure connaissance des aspects pragmatiques et symboliques des scarifications Mursi est nécessaire avant tout usage archéologique de cette surprenante coïncidence stylistique.

Chapitres d’ouvrage

- 2016 « Perception et relation : l’expression du cattle complex par les Mursi », dans C. Fausto et C. Severi (eds), Paroles en images : écriture, corps et mémoires, pp : 35-58. Collection du programme Saint Hilaire, Open Edition Press. https://books.openedition.org/oep/751

L’expression cattle complex renvoie à une imbrication des vies humaines et bovines chez les pasteurs nilotes d’Afrique de l’Est. La relation homme-animal fut analysée soit comme la réaction nécessaire à des contraintes pastorales, et le symbolisme comme un surplus associé, soit comme un système symbolique cohérent, mais qui frôlait l’obsession. L’expression poétique fut ainsi traitée comme une esthétique gratuite ou comme l’emphase d’une croyance fétichiste. Dans cet article, je m’intéresse aux éléments langagiers des Mursi qui font référence au bétail. Après avoir mentionné les postulats de l’identité personnelle mursi reposant sur le triptyque humains-bovins-couleurs, je présente trois registres de paroles où est présente l’identité des personnes : les noms personnels, les poèmes et les discours relatant l’activité du Pays. Ces registres sont la forme que la communication prend selon des contextes interactionnels. Ainsi, poésie, couleurs et bétail forment une esthétique bovine en raison des conditions communicationnelles des mentions de l’identité des personnes.

- 2016 « Percepção e relação : A expressão do complexo bovino pelos Mursi (Etiopia) », em C. Fausto et C. Severi (eds), Palavras em imagens : escritas, corpos e memorias, pp : 33-56. Coleçao do programo Saint Hilaire, Open Edition Press
https://books.openedition.org/oep/754)

O termo complexo bovino (cattle complex) refere-se à imbricação das vidas humanas e bovinas entre os pastores nilotas da África Oriental. A relação homem-animal foi analisada seja por meio das limitações das produções pastoris (e do simbolismo associado como um algo a mais), seja como um sistema simbólico coerente (embora próximo à obsessão). A expressão poética foi assim tratada como uma estética gratuita ou como a ênfase de uma crença fetichista. Neste artigo, meu interesse está ligado aos elementos da linguagem dos Mursi que se referem à criação do gado, para justificar por outro meio a onipresença bovina. Após ter mencionado que os postulados da identidade pessoal mursi se fundamentam na tríade humanos-bovinos-cores, apresento três registros de fala onde estão presentes as identidades das pessoas : os nomes próprios, os poemas e os discursos relatando a atividade da região. De fato, segundo os contextos interacionais, diferentes registros de comunicação são usados, nos quais o gado é acionado como mediação servindo para definir as pessoas.

Comptes-rendus

- 2016 S. Tornay, 2012, Le journal de Loceria. Chronique d’Ethiopie (1970-2000). Editions du Parc, Le Journal des Africanistes, 86, 1, pp : 375-378.

- 2015 E. Demeulenaere et P. Lamarque, 2007, Le roi ne meurt jamais, Documentaire, 73’, Little Big Men, Les Annales d’Éthiopie, 29, pp : 249-252.

- 2011 G. Boëtsch, D. Chevé et H. Claudot-Hawad (dir.), 2010, Décors des corps, CNRS éditions, Gradhiva, 13 (n.s.), pp : 234-235.

- 2010 G. Verswijver, H. Sylvester, 2008, Omo Peuples & design, Éditions de la Martinière, Journal des africanistes, 80, 1-2, pp : 335-338.

Enseignements assurés

- 2016-17 « Anthropologie du don »
Cours magistral. Licence 2. 24 heures (avec Ismaël Moya)
Université Paris Ouest – La Défense

« Aire culturelle Afrique »
Cours magistral. Master 1 & 2. 2 heures
Université Toulouse-Jean Jaurès

- 2015 « Différents types de réalisme en art : Afrique, Amazonie, Europe »
ETPA / ESMA, École d’art ; Sites de Toulouse et Montpellier
6h de cours

- 2014 « La pratique de terrain en anthropologie »
Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po)
7h de cours