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Les technologies numériques

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Le web est à la fois un outil, un objet de recherche et un terrain global où émergent de nouveaux objets pour l’anthropologie. L’Internet crée des changements dans les rapports aux autres, dans l’élaboration de la sociabilité. De nouvelles formes d’échanges et d’interactions, de nouvelles façons de tisser des liens sociaux et de se mettre en scène apparaissent. La circulation de corpus divers et des imaginaires en est également favorisée. L’Internet constitue pour ces raisons un espace d’investigation anthropologique et sociologique important, qu’il s’agisse d’utiliser les données qu’on y trouve comme des sources d’informations sur les individus ou les groupes qui les produisent, ou qu’il s’agisse d’étudier les pratiques des communautés en ligne.

Au sein du CEM, un premier ensemble de recherche est consacré à une sociologie des usages des technologies de l’information et de la communication, et plus largement, à une sociologie critique des pratiques numériques en ligne. C’est dans ce cadre que s’est inscrit par exemple le projet de recherche ANAMIA « La sociabilité « Ana-mia : une approche des troubles alimentaires par les réseaux sociaux en ligne et hors ligne », élaboré sous la direction d’Antonio A. Casilli, en tant que membre du CEM. 

➢ Projet ANR (2010 – 2013) : « La sociabilité "Ana-mia" : une approche des troubles alimentaires par les réseaux sociaux en ligne et hors ligne » (ANAMIA), Convention de recherche en réponse à l’appel à projets 2009 du programme de recherche ALIA “Alimentation et Industries Alimentaires“ de l’ANR, 2010-2013. Partenaires : Centre Edgar Morin/iiAC (EHESS-CNRS), Paris : Claude Fischler, responsable scientifique du projet ; Centre Maurice Halbwachs (CMH), ENS Paris : Lise Mounier ; Centre de Recherche en Psychologie, Cognition et Communication (CRPCC), UBO, Brest : Estelle Masson ; IMT - Telecom Ecole de Management / Télécom SudParis, équipe ETOS (Ethique, Technologies, Organisations, Société,) Paris-Evry : Pierre-Antoine Chardel ; Groupement de Recherche en Economie Quantitative d’Aix-Marseille (GREQAM) : Juliette Rouchier.

Ce projet a porté sur le rôle complexe que jouent les réseaux sociaux pour des personnes concernées par des troubles des conduites alimentaires (TCA). Il a ainsi été question de faire une sociologie comparative de sujets ana-mia résidant en France et au Royaume-Uni, à travers une restitution de leurs réseaux sociaux en ligne et hors ligne. Le but fut d’étudier la structure, la fonction et l’influence des réseaux sociaux de sujets anorexiques/boulimiques sur leurs comportements alimentaires et de santé.

Des publications (ouvrages, articles, tribunes) ont été tirées de cette recherche, ainsi des interventions significatives dans les débats publics de santé (notamment à l’Assemblée Nationale où le rapport final d’ANAMIA a largement contribué à orienter un projet de loi en 2015) :https://www.anamia.fr/

Parmi les nombreuses publications liées à ce projet, on pourra noter l’ouvrage suivant : Antonio Casilli & Paola Tubaro, Le phénomène “pro-ana”(Paris : Presses des Mines, 2016).

Parmi les programmes de recherches en cours :

➢ Un premier ensemble de recherches consiste à interroger les cultures du numérique. Le séminaire d’Antonio A. Casilli à l’EHESS est explicitement consacré à ce champ d’investigation et de recherche : « Etudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques » (ce séminaire réunit entre 50 et 60 participants par séance, il correspond donc à une demande forte de la part des étudiants en master et doctorat) :https://enseignements-2016.ehess.fr/2016/ue/240/

➢ Un deuxième ensemble de recherches porte plus spécifiquement sur l’analyse de l’évolution des processus de subjectivation. Il s’agit par là d’étudier la possible redéfinition de l’espace public et du vivre-ensemble que le numérique peut induire, ainsi que de ses conséquences dans le monde du travail et des organisations. Car la recherche d’une transparence communicationnelle, la reconnaissance de la contribution singulière des personnes, un climat de confiance organisationnel demeure dans bien des cas relativement difficile à assumer sur un plan humain. Or vis-à-vis d’un tel état de fait, il s’agit de souligner l’importance d’envisager différentes façons de vivre le rapport au temps, en revenant sur la manière dont les cultures produisent un rapport au temps toujours singulier. De tels enjeux de différenciation doivent selon nous être reconquis dans l’expérience de l’agir en général pour éviter de voir le « temps technique » l’emporter au détriment des singularités culturelles.

➢ Un troisième ensemble de recherches étudie les enjeux éthiques des nouvelles technologies. Il vise notamment à éclairer le débat sur le contrôle social et la surveillance numérique en lien avec les politiques sécuritaires, sous l’angle d’une certaine complexité. Il s’agit ainsi d’insister sur l’importance d’interpréter des objets techniques en fonction du contexte, de l’environnement social et politique dans lequel ils s’inscrivent. Il est par là question de s’interroger sur la vision de l’homme que les nouvelles technologies produisent, à l’heure où celles-ci sont utilisées à des fins sécuritaires. Avec le traitement automatisé de données et de métadonnées, une certaine appréhension de l’humain est engagée. D’un point de vue anthropologique, une question qui se pose est entre autres de savoir si l’humain est réductible à des données ou ses traces numériques et s’il peut être abordé comme un objet calculable et prédictible. Dans cet horizon, un ouvrage a été récemment publié par Pierre-Antoine Chardel, membre du CEM, en collaboration avec l’Ecole Supérieure d’Art et de Design (ESAD) de Reims : Datalogie. Formes et imaginaires du numérique, (Paris : Editions Loco, 2016) :https://www.editionsloco.com/Datalogie