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Territoire, nature, environnement

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Le premier thème porte sur "Territoire, nature, environnement", « environnement » étant entendu ici dans son acception la plus large, soit l’ensemble des relations entre les sociétés, les individus et leurs milieux — biologiques, naturels ou artificiels. « Environnement », comme « milieu », ne sont ici utilisés que comme étiquette ou mots-clés : ils reflètent en effet une conception quelque peu archaïque, trop statique, insuffisamment dynamique, pour ainsi dire théâtrale (des acteurs dans un décor-milieu, comme immuable), alors que les notions de système, de réseau, d’interaction et de rétroaction sont indispensables pour rendre compte de la complexité des phénomènes et des processus en cause.

1) Un premier ensemble de recherche porte sur l’étude des relations des individus à leur milieu. Une partie des travaux en cours a trait aux interrogations contemporaines autour des notions de gestion des ressources limitées, de croissance et de décroissance, de durabilité (sustainability), de transition énergétique, de changement climatique. Il s’agit d’étudier les interactions complexes entre dynamiques environnementales, politiques publiques et pratiques sociales, notamment au Kenya et en l’Afrique de l’Est. Plus précisément, le but est de décrire et de comprendre les interactions entre les sociétés pastorales, les politiques de conservation des ressources et les dynamiques environnementales dans les situations de transitions écologiques des zones arides du Nord Kenya (Comté de Marsabit).
Comment les groupes locaux, les pasteurs notamment, sont-ils affectés dans leur fonctionnement par les nouvelles conditions — patrimonialisation de la forêt, aridification, accès à l’eau ? Quels ajustements sont opérés, quelles nouvelles stratégies sont adoptées ? Comment les relations entre les groupes sont-elles modifiées ? Du fait même de la complexité des questions et des enjeux, ces recherches ne peuvent être menées que de manière profondément interdisciplinaire et pluridisciplinaire en associant des sciences exactes.
Ces questions ouvrent sur une interrogation plus générale sur ce que certains auteurs décrivent sous le terme d’anthropocène, désignant par là une nouvelle ère géologique qui serait caractérisée par l’influence déterminante des facteurs humains sur l’évolution de la terre. Quelle analyse l’anthropologie peut-elle permettre de ce nouveau paradigme ? Quelle place est dévolue aux sciences humaines et sociales dans cette lecture en termes d’anthropocène ? Il s’agit ici d’inverser le regard et de proposer une ethnographie de l’anthropocène, autrement dit l’étude des "anthropo-scènes".

Une autre partie des travaux porte, à un niveau théorique, sur les liens entre sciences naturelles et sciences humaines et sociales. Ils proposent une réflexion épistémologique sur les schèmes de pensée scientifiques dominants et les interactions à ce niveau entre sciences dites exactes et sciences humaines et sociales, notamment à travers une analyse de la prise en compte de la neutralité et du contexte, trop souvent minorés par les recherches.

Programmes de recherches :

2013-2017 Resilience in East African Landscapes : Identifying critical thresholds and sustainable trajectories – past, present and future (REAL, ITN Marie-Curie).

2013 : Natural protected areas and transition of pastoral economies (NAPAST), Programme PPR Parego de l’IRD.

2017-2019 : Participation au programme Oronce fine, Projet fédérateur Paris Sciences Lettres, Semantic-enabled platform for the publication, integration and exploration of geo-historical resources. Porteurs du Projet : Nicolas Verdier et Eric Mermet. Durée 24 mois, début janvier 2017. Institutions partenaires : CNRS, EHESS, Collège de France, ENS, EPHE, IGN.

2015-2017 : Participation au programme « La sécurité dans le nord du Kenya », Programme PAMOJA PHC (Programme Hubert Curien, Kenya, Ministère des Affaires Etrangère). Porteur : Christian Thibon, université de Pau. Durée 24 mois.

2015-2017 : Participation au programme de Valorisation du fonds cartographique du Laboratoire de Graphique de l’EHESS (resp. Sandrine Robert, MCF EHESS). Financement : « Soutien aux projets de numérisation – Arts et humanités numériques » de Paris Sciences et Lettres. Porteur : PSIG de l’EHESS. Partenaires : PSL, IIAC CNRS, ENS, Ecoles des Chartes, Université Paris 1 et archives nationales.

2) Un deuxième ensemble de recherches porte sur les ruralités contemporaines, la gestion et la valorisation des paysages, la diversité de nos rapports à la nature (sa conservation et sa gestion), ainsi que la patrimonialisation des lieux à travers les espaces protégés et les lieux remarquables, autant de thématiques sur lesquels travaillent depuis longtemps des chercheurs du CEM/IIAC.
À l’échelle européenne, à partir d’enquêtes approfondies de terrain, et dans une perspective essentiellement transdisciplinaire (sociologie, anthropologie, histoire, géographie), il s’agit d’interroger la conscience ou la prise de conscience écologique, les inquiétudes ou les remises en cause suscitées par la préoccupation environnementale et d’analyser l’évolution ou la reconstruction des rapports homme-nature. L’ensemble de ces travaux se concentre sur les nouveaux enjeux territoriaux et identitaires, les expériences de revitalisation des terroirs, la construction sociale de ces territoires, la gestion institutionnelle des espaces naturels (qu’ils soient ou non protégés), les modalités de construction et de valorisation des paysages, le rapport au climat et les relations des humains et des non-humains et notamment les nouvelles formes d’investissement symbolique des animaux (sauvages et domestiques).

Plusieurs séminaires développent ces thèmes de recherche :

Citons pour 2016-2017 :

- « L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi : la prédation comme spectacle », animé par Sergio Della Bernardina

- « Perception du climat » animé par Martin de la Soudière, Martine Tabeaud et Anouchka Vasak

- le séminaire « Ruralités contemporaines » animé depuis 20 ans par Martyne Perrot, Sophie Bobbé, Martin de la Soudière associés à 5 chercheurs de l’INRA, de l’EHESS et de l’Université. Dans une perspective pluridisciplinaire et européenne ce séminaire interroge les ruralités contemporaines. L’évolution de l’agriculture, la diversification des activités professionnelles, les nouvelles configurations des territoires témoignent des transformations remarquables du monde rural. L’émergence de l’expertise environnementale, les nouvelles formes d’habiter et de mobilités, la gestion et la valorisation des paysages, comme l’invention de nouveaux circuits de production et de commercialisation sont particulièrement observées.

3) A l’intérieur de ce thème, un troisième ensemble de recherches est lié à la santé, au corps et en particulier à l’alimentation. Ces domaines de recherche connaissent une expansion importante, dans une perspective transdisciplinaire s’étendant de l’anthropologie fondamentale, de l’anthropo-histoire et de la psychologie à l’analyse critique ou l’évaluation des politiques de santé publique ou encore à l’analyse de la construction des normes à travers l’appréhension des représentations et des pratiques. Les questions, fondamentales aussi bien sur le plan théorique que sur celui des politiques de santé, de l’individualisme et des problèmes de l’individualisme doivent être posées dans un contexte large, de l’historique au contemporain, du phénoménal au fondamental.
Le corps à proprement parler est envisagé selon plusieurs approches : les représentations, les sensations, les sentiments, les pratiques, la séparation entre intériorité et monde extérieur (Georges Vigarello). Dans cette démarche interdisciplinaire sont plus spécifiquement étudiées les normes individuelles et collectives, leur origine, leur diffusion, leurs transformations. Au cœur de cette interrogation s’imposent les thèmes de l’apparence physique, ses critères, ses diversités (étiquette, contenance, posture), ceux de l’identité et des sociabilités qu’elle sous-tend, ceux des consommations et des pratiques de santé, avec leur idéal très contemporain d’épanouissement et d’efficacité, mais aussi les jeux, les compétitions, les loisirs, selon le large spectre couvert par les pratiques de l’entretien de soi, les pratiques de spectacle sportif, l’investissement dans la performance et l’exploit. La question des normes physiques pose aussi celle de leur transgression, d’où l’importance donnée dans ce cadre aux conduites d’excès et d’addiction, aux incivilités, aux violences, aux crimes. Plus fondamentalement, l’intérêt porté à la présentation de soi et à la mise en scène du paraître se prolonge par celui porté à l’effervescence, aux tensions intérieures autant qu’à la consommation de soi et au dépassement de soi. Exemple d’approche multidimensionnelle sinon complexe, le corps est étudié comme un objet susceptible de données toujours repérables et situées.
Les contradictions de notre système de santé, sur lesquelles travaille Marie-Christine Pouchelle, tiennent à la fois à notre longue histoire médico-hospitalière et aux nouveaux enjeux imposés aux professionnels de santé : restructurations hospitalières, exigences de rentabilité financière, évolution des temps de travail, nouvelles technologies. Focalisant une partie de ses recherches sur la robotisation des procédures chirurgicales et l’incidence de cette dernière sur une profession en crise, Marie-Christine Pouchelle tourne son attention vers la comparaison internationale suite à trois missions réalisées au Japon.

4) Un dernier ensemble de recherches porte sur l’alimentation. L’alimentation constitue la voie royale pour considérer les relations homme-écosystème, puisqu’elle consiste en l’incorporation d’éléments extraits de l’environnement (local ou mondialisé) et qu’elle constitue à la fois la fonction biologique première et la fonction sociale fondamentale. Elle met en jeu, de la production ou de la collecte des ressources jusqu’à leur transformation et à leur incorporation, des mécanismes psychologiques, sociaux, culturels, économiques, réglant ou déterminant les relations entre les individus (organismes, citoyens, consommateurs), la société, la culture et les écosystèmes. L’alimentation, qui a été longtemps négligée par les sciences sociales, pose pourtant à la fois les questions les plus locales (paysages, productions locales, terroirs, identité) et les plus planétaires (sécurité alimentaire, relations internationales, santé publique), notamment celle de la simultanéité, dans le monde contemporain, d’une progression de l’obésité et d’une persistance de la faim. A travers elle, se posent aussi les questions politiques et économiques de la technique et de l’appropriation marchande du vivant ou celles de la perception du risque.
L’alimentation est certes fondatrice de la corporéité mais aussi de l’identité comme de l’altérité. Dans les sociétés contemporaines, elle pose de façon de plus en plus aiguë la question des limites de l’autonomie individuelle face à un déclin de l’hétéronomie : les pratiques alimentaires sont moins réglées par des usages culturels et de plus en plus renvoyées par le marché et la médicalisation réunis à des décisions individuelles censément « rationnelles » - un « désenchantement » quasi Weberien. Cette situation fait émerger des problématiques nouvelles : la puissance publique est de plus en plus appelée à intervenir pour orienter les consommations dans un sens censément plus conforme à la santé publique ; la médecine et la science sont sollicitées, y compris pour répondre, dans le cadre de l’expertise et de la prévention du risque, à des questions quelquefois dénuées de sens scientifique réel ou tenir des discours normatifs de tonalité moralisatrice et de légitimité scientifique fragile ou éphémère. Une cacophonie de prescriptions et de prohibitions s’élève, au sein de laquelle les individus se trouvent de plus en plus fréquemment désorientés et d’autant plus demandewrs dd lirectives que les divers marchés s’empressent de vouloir fournir.

Programmes de recherche
2013-2015 : « Réenchanter la cantine, Etude de l’impact et de la transférabilité des "bonnes pratiques" du Programme "Réenchanter la cantine", Centre Edgar Morin de l’IIAC et Fondation Nestlé France
2010-2012 : « La sociabilité "Ana-mia" : une approche des troubles alimentaires par les réseaux sociaux en ligne et hors ligne » (ANAMIA), Convention de recherche en réponse à l’appel à projets 2009 du programme de recherche ALIA “Alimentation et Industries Alimentaires“ de l’ANR, 2010-2012.
Partenaires : Centre Edgar Morin/iiAC (EHESS-CNRS), Paris : Claude Fischler, responsable scientifique du projet ; Antonio Casilli. Centre Maurice Halbwachs (CMH), ENS Paris : Lise Mounier ; Centre de Recherche en Psychologie, Cognition et Communication (CRPCC), UBO, Brest : Estelle Masson ; Institut Telecom - Telecom & Management Sud Paris (Ethique Technologies Organisations Société) IT/TM SP (ETOS), Paris : Pierre-Antoine Chardel ; Groupement de Recherche en Economie Quantitative d’Aix-Marseille (GREQAM) : Juliette Rouchier.
2009-2012 : « La culture alimentaire à l’épreuve de la migration. Conséquences pour les politiques alimentaires » (ALIMI), Convention de recherche en réponse à l’appel à projets 2008 du programme de recherche ALIA “Alimentation et Industries Alimentaires“ de l’ANR, 2009-2011. Prolongation 1 an
Partenaires : Centre Edgar Morin/iiAC (EHESS-CNRS), Paris : Claude Fischler, responsable scientifique du projet ; UMR Moisa (CIRAD), Montpellier (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) : Nicolas Bricas ; UR 106 NALIS (IRD) (Nutrition, ALImentation, Sociétés) : Bernard Maire ; UMR CNRS 5044, CERTOP (Centre d’Étude et de Recherche Travail, Organisation, Pouvoir), Université Toulouse le Mirail : Jean-Pierre Poulain.
2009-2012 : « Vivre en communauté traditionnelle à Rapa. Analyser et mesurer la qualité de vie en situation d’isolat ». Qualirapa. ANR. Responsable scientifique : Claude Fischler