Nos tutelles

CNRS Nom tutelle 1

Rechercher






Accueil > L’ Iiac > Activités scientifiques > Séminaires et enseignements de l’IIAC 2017-2018

Anthropologie de la justice : la responsabilité

par junior - publié le

Programme complet

Deborah Puccio-Den, chargée de recherche au CNRS ( IIAC-LAIOS )

La responsabilité est définie comme l’obligation faite à une personne de répondre de « ses » actes, soit parce qu’elle les a effectivement accomplis, soit du fait de son rôle ou des charges qu’elle assume vis-à-vis de ses proches ou de la société. Si ce concept juridique, philosophique, politique et moral établissant un lien entre un individu et la société ou l’État, mérite d’être revisité d’un point de vue anthropologique, c’est précisément parce que la nature de ce lien n’a rien d’évident ni de naturel, qu’il s’est historiquement construit, qu’il se présente différemment selon les cultures et qu’il est susceptible de produire des controverses à l’intérieur au sein même du droit ou des différents systèmes normatifs en vigueur dans une société. Il s’agira donc de suivre pas à pas les opérations judiciaires, cognitives et sociales d’attribution de la faute ou de la charge de réparation à des individus ou à des entités collectives, naturelles ou surnaturelles : États, familles, clans, organisations criminelles, entreprises, corporations, nature, divinités, etc. À partir des questions soulevées par un long terrain sur les procès à la mafia sicilienne, ce séminaire ouvrira sur d’autres actions judiciaires et d’autres formes d’incrimination articulant un « sujet » doté d’attributs et qualités lui permettant d’assumer ses actes (conscience, intentionnalité, langage) et des êtres collectifs (associations criminelles, ancêtres, membres d’un groupe d’affiliation), auquel ces actes, d’une manière ou d’une autre, sont aussi rattachés. La tension entre individuel et collectif apparaît comme constitutive de notre régime de modernité, ou plutôt de la façon dont les sociétés « modernes » ont pensé leur différence par rapport aux sociétés « archaïques » et « primitives », en accentuant la valeur de l’individu en tant qu’être autonome. Or, cette conception individualiste est, si ce n’est remise en cause, tout au moins mise à l’épreuve d’actions judiciaires et moments critiques où la linéarité du rapport entre l’agent et l’action semble brouillée. Ces situations constitueront l’observatoire privilégié de ce séminaire qui, à travers un questionnement sur le sujet responsable, voudrait questionner le sujet, ses propriétés et ses limites dans une perspective anthropologique ouverte au débat avec les autres disciplines et épistémologies.