Accueil > LAHIC > Programmes > Programmes achevés

Les imaginaires archéologiques

publié le

Le programme de recherche sur les imaginaires archéologiques s’est déroulé de 2003 à 2008.

Problématique :

Dans les années 1930, au milieu du désert égyptien, un archéologue en costume blanc et casque colonial met au jour un étrange cercle de métal gravé de hiéroglyphes. C’est la porte des étoiles. Ce prologue archéologique à un film de science-fiction Star gate, est l’un des multiples exemples d’une présence forte du référent archéologique dans l’imaginaire contemporain.

Science de l’exploration du passé, l’archéologie, que sous-tendent les deux thèmes de la fouille (enfouissement et exhumation) et de la ruine, a pris, à partir du XIXe siècle, une valeur métaphorique. Regard nouveau sur des mondes anciens, elle vient ébranler profondément la vision de l’histoire, histoire des civilisations mais aussi histoire individuelle, si l’on considère que l’archéologie a servi, pour Freud qu’elle passionnait, de modèle à l’investigation psychanalytique.

Parallèlement, l’archéologie, parce qu’elle provoque l’irruption dans le présent des traces d’un passé qui par cette seule opération devient tangible, et par là même semble reprendre vie, ouvre la porte au fantastique : de Théophile Gautier (Aria Marcella, Jettatura, le Roman de la momie) à la Gradiva de Jensen, le thème du jeune homme tombé amoureux d’une morte antique va traverser la littérature, avec une telle force d’évidence que l’on raconte aujourd’hui sur internet que l’archéologue allemand Ludwig Borchardt (1863-1938) ayant découvert le buste de la reine Nefertiti avait fini, éperdu d’amour, par le voler et l’emmener en Allemagne.

De fait, l’archéologie et ses découvertes vont fonctionner jusqu’à aujourd’hui comme un réservoir d’imaginaire.

L’occultisme est venu s’y ancrer, ouvrant la voie aux plus folles spéculations sur des sociétés antiques bien réelles ou sur de supposées civilisations disparues. Aujourd’hui encore, sur Internet, les forums spécialisés regorgent de débats sur les mystères des pyramides, l’Atlantide, Mû et les origines extra-terrestres de la civilisation terrienne.

L’art contemporain est venu y puiser à son tour : jouant sur le double sens du verbe "inventer" qui signifie à la fois imaginer mais aussi découvrir, des plasticiens ont inventé de véritables civilisations comme celle des Pessinois de Marc Pessin.

La saisie par l’artiste des thèmes de l’enfouissement et de l’exhumation met à jour des problématiques que l’archéologie qui se considère volontiers comme la plus « dure » des sciences « molles » a souvent tendance à ignorer : en particulier le fait que la pratique quotidienne de ce métier a quelque chose à voir avec la mort, la perte et l’oubli, mais aussi avec leur dépassement, avec l’espoir de reconstituer la vie, de redonner corps au passé.

Enfin, l’archéologie, science du déchiffrement, oscillant entre l’énigme et le mystère, va alimenter toute une littérature populaire allant de la fiction policière (de la métaphore archéologique présente chez Agatha Christie aux romans archéologiques d’Elisabeth Peters, nom de plume de l’archéologue américaine Barbara Mertz) à la fiction d’aventures ésotériques (bien représentée par les films et les livres consacrés à Indiana Jones ou mieux encore à Lara Croft).

Dans bien des cas l’archéologie fonctionne comme un outil à démonter le temps - démonter et remonter. Elle brouille les repères temporels au point que la frontière entre passé, présent et futur tend à s’effacer, créant des sortes de brèches dans le tissu temporel qui peuvent aller jusqu’à nous transporter dans la science-fiction de Star gate, véritable court-circuit où la clef du futur est enfouie dans le passé.

Fonctionnement :

Le groupe sur l’imaginaire archéologique était composé de 12 chercheurs, anthropologues, archéologues, sociologues et historiens de l’art [1].

Travaillant sur la façon dont l’archéologie peut inspirer des artistes, des écrivains, des cinéastes, des muséographes, explorant toute la gamme des production culturelles, des plus nobles aux plus communes, ce groupe a tenté de comprendre pourquoi, comment et depuis quand l’archéologie constitue pour notre société un fabuleux réservoir d’imaginaire.

Dans ce but, deux sessions de journées d’étude ont été organisées, la première à Saint-Laurent-du-Pont, les 11, 12 et 13 juin 2003, la seconde à Carcassonne, les 18 et 19 octobre 2004.

Résultats :

Ce programme a débouché sur une publication collective, Imaginaires archéologiques, issue des recherches des participants. De Marc Pessin aux Atlantes, des Säo légendaires de Marcel Griaule à Georges Bataille, de Gradiva aux propriétaires de grottes ornées... l’ouvrage présente et analyse autant d’usages imaginaires et contrastés des topoï fournis par l’archéologie.

Responsable : Claudie Voisenat


[1Gaetano Ciarcia (ethnologue, Lahic), Lucie Desideri (ethnologue, CNRS, Lahic), Daniel Fabre (ethnologue, EHESS, Lahic), Florence Galli (ethnologue, CNRS, Lahic), Daniel Jacobi (sociologue de la culture, université d’Avignon), Christian Jacquelin (ethnologue, DRAC Languedoc-Roussillon), Michael Jasmin (archéologue, Paris X), Pierre Lagrange (sociologue, Lahic), Claude Macherel (ethnologue, CNRS, Lahic), Véronique Moulinié (ethnologue, CNRS, Lahic), Dominique Poulot (historien de l’art, Paris I), Claudie Voisenat (ethnologue, ministère de la Culture, Lahic).