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Politiques de l’archéologie

par voisenat - publié le

L’archéologie est la seule des sciences sociales dont l’activité s’inscrive dans le territoire, en contrarie éventuellement les usages pratiques (agriculture, habitat, transports...), et concurrence la logique marchande de l’appropriation. Au nom de la valeur scientifique et patrimoniale des découvertes archéologiques, posée comme un a priori indiscutable, la loi, dans la plupart des Etats modernes, organise cette prééminence relative et sert de cadre au débat sur l’opportunité de fouiller, de préserver in situ etc.

L’intense développement contemporain des interventions sur le sol (remembrements agricoles, nouvelles voies de circulation, urbanisme) a multiplié les occasions de débats et de conflits entre archéologues, acteurs de l’aménagement et pouvoirs publics. Introduisant, en outre, la nécessité d’interventions archéologiques qui nécessitent des techniciens de la fouille beaucoup plus nombreux que ceux qui travaillent dans le régime normal de la recherche. Cette conjoncture à deux faces (intensification des travaux et injonction archéologique) a produit un domaine nouveau, dit archéologie de sauvetage, ou d’urgence, dont la fonction est de répondre instantanément à la demande de fouilles.

La multiplication de ces dernières ne manque pas de secréter une quantité énorme de documents à classer, à conserver, à étudier, à publier, à restituer au public... Au point que les sociétés contemporaines disposeront bientôt de très vastes archives archéologiques dont le traitement, l’usage, la mise à disposition, la consultation... font question.

Toutes ces opérations, qui forment une part essentielle de la présence sociale de l’archéologie, se déroulent sous les regards et sous les feux croisés des attentes du « public », c’est-à-dire des habitants, des érudits, des visiteurs... Leurs demandes, relayées par les pouvoirs élus, les associations, les organes d’opinion, contribuent à l’émotion qui ne manque jamais de dramatiser toute décision à prendre autour d’un chantier en cours ou d’un site mis au jour.

Plutôt que d’aborder ces questions en suivant la pente des débats institutionnels actuels, il a été décidé d’analyser des situations comparables en privilégiant des capitales européennes où le paradoxe de l’intervention archéologique devient particulièrement aigu. En effet, toute très grande ville valorise intensément les traces de son passé et de sa continuité dans le temps - ce sont les cités européennes qui ont inventé la notion de patrimoine monumental public - mais, par ailleurs, elle est le théâtre d’une densification de l’occupation et d’une spéculation foncière qui conduisent à un renchérissement continu de l’espace. Ce paradoxe central en génère un autre qui porte sur le traitement urbain des traces du passé. La capitale est toujours écartelée entre le souci d’exposer son histoire et celui de s’inscrire audacieusement dans le futur, entre la fixation muséale et le renouvellement permanent. Concrètement, ces logiques opposées peuvent conduire à des politiques peu lisibles et incomprises : effacement et abandon des traces du passé ici, valorisation spectaculaire là. Comment les grandes cités européennes traitent-elles ces contradictions dont nous faisons l’hypothèse qu’elles permettent d’accéder au cœur des politiques de l’archéologie dans les Etats modernes ? Pour ce faire un premier chantier a été proposé à la municipalité de Rome, un projet équivalent sera bientôt mis en place à Paris puis élargi à d’autres grandes cités européennes dont Barcelone, Londres et Berlin, afin d’asseoir la comparaison entre situations nationales

Responsables : Daniel Fabre, Andreina Ricci, Odile Vincent.