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Fabre Daniel †

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Daniel Fabre, disparu le 24 janvier 2016, a dirigé le LAHIC depuis sa création en 2001, et le IIAC depuis 2014. On trouvera sur le site du GARAE (Carcassonne), dont il était le président, une page rassemblant les nombreux hommages qui lui ont été rendus.

© Jing Wang

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Les éléments ci-dessous correspondent à sa fiche personnelle mise à jour le 20 novembre 2015.

Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris), depuis 1989 : chaire d’Anthropologie de l’Europe.

Co-fondateur (avec Jean Guilaine, archéologue, actuellement professeur au Collège de France) du Centre d’anthropologie des sociétés rurales, laboratoire de l’EHESS (1978) et du CNRS (1979), Toulouse, devenu en 1991 Centre d’anthropologie de Toulouse, a dirigé ce Centre jusqu’en 1997.

Fondateur et directeur du LAHIC,(Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire sur L’Institution de la Culture), Ministère de la Culture et Centre National de la Recherche Scientifique, Paris, 2001-2005, actuellement équipe de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain.

Co-fondateur de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (CNRS-EHESS), 2006

Co-responsable de l’enseignement doctoral EHESS-Ecole française de Rome (1995-2000).

Professeur invité aux universités de Rome (La Sapienza, 1998-1999), professeur a contratto (Tor Vergata, 1999, 2000, 2001, 2002, visiting professor à l’Université di Roma 2-Tor Vergata (2003-2006).

Thèmes de recherche

Le transfert de sacralité : formes modernes du culte de l’artiste et de l’écrivain ; L’institution de la culture : anthropologie de l’art ; anthropologie de la monumentalité ; anthropologie de l’institution littéraire ; les formes culturelles de la présence du passé (histoire locale, archéologie) ; l’histoire européenne du regard ethnologique.

Domaines de recherche

Mes premiers travaux ont porté sur les savoirs oraux traditionnels dans une société montagnarde en voie de transformation rapide (les Pyrénées audoises). Financés par une bourse de la Smithsonian Institution (Washington), ils ont abouti à la réalisation d’une thèse de doctorat, publiée aux Presses Universitaires de France en 1974, qui s’efforçait de situer la littérature orale dans sa pratique effective et dans une histoire culturelle marquée par l’avancée rapide de l’alphabétisation et la diffusion croissante de l’imprimé.

Dans le cadre d’une recherche collective sur les Pyrénées dont j’étais le responsable d’équipe (Pays de Sault,1972-1978), j’ai conduit une réflexion sur la construction des identités locales dont l’essentiel est passé dans un ouvrage plus synthétique (La vie quotidienne des paysans du Languedoc au XIXème siècle), dans deux volumes collectifs (Communautés du Sud) et, plus tard, dans ma contribution au volume sur l’histoire culturelle qui parachève une histoire thématique de la France ( Le Seuil, 1992, éd. en poche 2000).

Dès le milieu des années 70 un nouveau champ de recherche s’est ouvert à moi : la production sociale des identités sexuelles et, particulièrement, de la virilité. L’enquête sur ce thème illustre le principe du détour anthropologique : c’est en partant de l’analyse de situations ou ces identités étaient affichées et mises en jeu, de discours qui en énonçaient les règles, de récits autobiographiques qui en incarnaient inconsciemment les principes que j’ai, peu à peu, élaboré un modèle d’interprétation valant pour le présent des sociétés languedociennes étudiées mais aussi pour la durée profonde au cours de laquelle ces modèles se sont mis en place. Ici le dialogue critique avec des amis historiens a été très fécond, je citerais simplement Philippe Ariès que j’eus le plaisir de côtoyer à Toulouse à la fin de sa vie et auquel je rendis hommage en participant au troisième volume de son Histoire de la vie privée (1986). C’est en m’attachant à ces questions que je suis devenu par nécessité spécialiste du carnaval, de la relation aux morts et de l’autobiographie, autant de sujets qui ne s’éclairent et ne me retiennent que dans la perspective générale d’une élucidation des trajets invisibles et des règles implicites qui constituent, dans nos sociétés, garçons et filles, hommes et femmes dans leurs différences. Occasion d’une quinzaine d’articles parus depuis 1976 cette recherche a fait l’objet de mon enseignement à Rome-Tor Vergata en 1999 et va aboutir à trois ouvrages qui en détaillent les résultats principaux.

Chemin faisant cette analyse a renoué avec l’une de mes toutes premières curiosités d’anthropologue : l’émergence de l’écriture dans les sociétés de l’oralité. En effet, l’un de mes matériaux les plus riches était constitué par les écrits autobiographiques spontanés de gens ordinaires puis, de plus en plus, d’écrivains, dont je proposais une lecture anthropologique. L’écriture de soi et, en général, les pratiques, banales ou valorisées, de l’écriture sont devenues des champs de recherche personnelle et collective d’une grande fécondité ; un premier ouvrage collectif, Ecritures ordinaires, P.O.L, 1993, en rend compte. Un appel d’offres de la Mission du Patrimoine ethnologique (Ministère de la Culture, Paris) a donné lieu à un deuxième livre collectif : Par écrit, M.S.H., coll. "Ethnologie de la France", Paris, 1997, traduction italienne, Argo, Lecce, 1998. Dans le cadre du Lahic, j’ai été amené à animer une réflexion collective sur la monumentalité et les usages du passé. Trois ouvrages collectifs en témoignent à ce jour : Domestiquer l’histoire, Paris, MSH, 2000 ; Une histoire à soi, Id., 2002 ; Les monuments sont habités, Id., 2006.

Par ailleurs, depuis 1992, je tente une approche anthropologique de la littérature (voir Le page et son double ou l’invisible initiation et La bibliothèque des îles, Paris, Gallimard, à paraître), et de la figure moderne de l’écrivain. J’ai assumé la responsabilité scientifique d’une enquête européenne sur "Les maisons d’écrivains et les lieux d’écriture" comme formes d’inscription sociale et territoriale de la littérature, de ses héros et de ses cultes. Depuis 2003, mon séminaire de l’Ehess concerne l’anthropologie de l’art, plus précisément le processus de reconnaissance et d’inclusion de formes étrangères aux canons esthétiques dominants qui caractérise le processus de constitution de la modernité artistique que je nomme « L’autre de l’art » et qui constitue successivement les arts primitif, populaire, des fous, des enfants etc... Un ouvrage devrait proposer, d’ici deux ans, une synthèse de ce programme.

OUVRAGES, DIRECTION D’OUVRAGES ET DE NUMEROS SPECIAUX, PRINCIPAUX LIVRES COLLECTIFS

1969 Jean de l’ours, analyse d’un conte populaire, Toulouse, Laboratoire d’études méridionales

1973 La tradition orale du conte occitan, les Pyrénées audoises, Paris, Presses Universitaires de France, 2 vols (avec J. Lacroix).

1973 (1991 2ème éd.) La vie quotidienne des paysans du Languedoc au XIXème siècle, Paris, Hachette-Littérature (avec J. Lacroix).

1975 Communautés du Sud, Paris, U.G.E., 10/18, 2 vols, dir. D.Fabre et J. Lacroix

1977 (1990 2ème éd.) La fête en Languedoc, regards sur le carnaval aujourd’hui, Toulouse, Privat (photographies de Charles Camberoque).

1982 Le brigand de Cavanac, le fait divers, le roman, l’histoire, Lagrasse, Verdier (avec D. Blanc).

1986 Histoire de la vie privée, t.III, De la Renaissance aux Lumières, dir Ph. Ariès et R. Chartier, Le Seuil-Laterza, un chapitre.

1987 "Le retour des morts", n° spécial d’Etudes rurales, dir. D.Fabre, Paris, EHESS.

1987 Les Cahiers du Sud, la génération de 1930, Paris, Centre National des Lettres.

1987 Chantiers, 1928-1930, réimpression établie et présentée par D. F., Paris, Jean-Michel Place.

1991 "Apprentissages, hommage à Yvonne Verdier" n° spécial, Ethnologie Française, t. XXI-4, dir. D.Fabre.

1992 Carnaval ou la fëte à l’envers, Paris, Gallimard, "Découvertes" (2ème éd. 2000).

1992 Vers une ethnologie du présent, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll."Ethnologie de la France", dir. avec G. Althabe et G.Lenclud.

1993 Les lieux de mémoire, dir. P. Nora, Paris, Gallimard, t.III, vol. II, deux chapitres.

1993 Histoire de la France, dir A. Burguière et J. Revel, Paris, Le Seuil, t.IV, « Les formes de la culture », Deuxième partie.

1993 Ecritures ordinaires, dir. D.Fabre, Paris, P.O.L

1996 L’Europe entre cultures et nations, dir. D. Fabre, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll."Ethnologie de la France" (coll. Claudie Voisenat).

1996 Histoire des jeunes, dir. G.Levi et J-C. Schmitt, Bari, Laterza, Paris, Le Seuil, vol.2 un chapitre.

1997 Par écrit, ethnologie des écritures quotidiennes, dir. D. Fabre, Paris, M. S. H., coll. "Ethnologie de la France" (coll. Martin de La Soudière et Claudie Voisenant) (Trad. ital., Argo, Lecce).

1998 La fabrique des héros, dir. P. Centlivres, D. Fabre, F. Zonabend, Paris, M.S.H, introduction et chapitre conclusif « L’atelier des héros » (coll. Claudie Voisenat).

2000 Domestiquer l’histoire, Paris, M.S.H. (ouv. coll, dir. D.Fabre).

2000 « Parler, chanter, lire, écrire », Clio, histoire, femmes, sociétés, n° 13 (dir. D. Fabre, 3 articles)

2001 Une histoire à soi, Paris, MSH (ouv. coll. Dir.avec Alban Bensa)

2002 Gaston Vuillier, l’œil du voyageur, (dir.), Carcassonne, Garae.

2006 « Le Musée indien de George Catlin », Gradhiva, n° spécial, mai 2006 (dir. avec Cl. Macherel, un article).

2009 « Arts de l’enfance, enfances de l’art », Gradhiva, n° 9, n. s., (dir. D. Fabre).

2010 « Auto-biographie, ethno-biographie », L’Homme, n° 195-196, (dir. D. Fabre avec Jean Jamin et Marcello Massenzio).

2010 Les Monuments sont habités, Paris, M.S.H., coll. « Ethnologie de la France », (dir. D. Fabre avec Anna Iuso).

2011 Savoirs romantiques Une naissance de l’ethnologie, Nancy, Presses universitaires de Nancy, (dir. D. Fabre et J.-M. Privat).

J’ai publié d’autre part à ce jour, 128 articles dans des revues scientifiques et contributions dans des ouvrages collectifs.

A paraître

La Maison du chat. Essai sur la figure de l’écrivain moderne, Le Seuil, « La Librairie" du XXIe siècle » ;

Le Page et son double ou l’invisible initiation, Paris, Gallimard ;

Les Lieux de l’écriture, sur le culte des écrivains en Europe, Paris, Éditions du Patrimoine (dfir. D. Fabre) ;

La Bibliothèque des îles, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines » ;

L’Heure très sévère. 1936-1960, l’ethnologie à la croisée des engagements, Le Seuil ;

Bataille à Lascaux, Paris, CNRS Éditions.

"Le moment réaliste. Un tournant de l’ethnographie", Presses de l’université de Lorraine (dir. avec Marie Scarpa).