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Vincent Odile

publié le

Chargée de mission pour la recherche - Ministère de la Culture - Mise à disposition du CNRS

Mail : odilevincent chez wanadoo.fr

Thèmes de Recherche

Formes populaires de la chasse et territorialité.

Rituels religieux de localisation des groupes : la vénération des reliques de saints patrons.

Pratiques de la collection d’objets : collections enfantines ; collections archéologiques populaires.

Anthropologie de la création artistique.


Recherches actuelles

Collection d’objets et création artistique.

Fabrications, collections, circulations de poupées costuméesà Arles : façons féminines de créer de l’appartenance.

Haute couture et costume féminin à Arles.

Qualifications populaires de la création.

Approche anthropologiques des processus de la création artistique.

Mots clés : archéologie populaire, art, art populaire, autochtonie, chasse, collection, création, enfance, femmes, identité, localité, objet, objet substitut, poupée, religion, relique, saint patron, territoire.


Parcours de recherche

Mes premiers travaux (conclus par une thèse de doctorat : Chasse du renard et chasse au sanglier dans les Ardennes françaises) ont porté sur des pratiques populaires de chasse, dans les Ardennes françaises d’abord puis, de façon comparative, en Corse. Distincts par leurs finalités, leurs techniques et leur symbolique, trois modes de capture (la chasse au gibier proprement dite, visant l’acquisition de viandes et de trophées, le piégeage d’animaux à fourrure et l’extermination d’espèces considérées comme nuisibles) définissent de façon complémentaire une pensée cynégétique tributaire des rapports qui lient, dans la France agricole des années 1980-1990, des communautés rurales à leur environnement naturel. Considérés du point de vue des relations singulières et électives qu’ils permettent aux chasseurs d’établir avec certaines espèces animales, ces différents modes de capture apparaissent comme des moyens ritualisés de définir des identités personnelles et politiques, et de réactiver les inscriptions territoriales des communautés rurales. Ces travaux sur la chasse se sont prolongés par une réflexion plus générale sur la question d’une articulation antinomique entre cette activité et la pratique sacrificielle.

Sur ce même sujet de l’inscription territoriale d’un groupe, mais considéré du point de vue religieux, j’ai proposé une nouvelle approche d’un ensemble de rites de vénération de saints patrons célébrés dans la région de Limoges, dont l’ostension des reliques tous les sept ans ne constitue que la part la plus spectaculaire. Ces rites, ainsi que les légendes qui y sont associées, instituent à l’échelle de chaque commune une ancestralité collective ; ils identifient chaque terroir au territoire d’un saint patron - entité présente sous deux formes : les reliques, conservées et vénérées au centre religieux du bourg, et des manifestations naturelles (sources, traces) situées en périphérie du terroir - et lient, de façon personnelle, chaque habitant à ce même saint. Fondant le principe communautaire sur l’appartenance à ce double territoire (le territoire transcendant du saint double celui de la commune), ces rites entretiennent de longue date chez les habitants un sentiment de souveraineté face à l’autorité territoriale ecclésiastique. Ils l’expriment politiquement par un attachement durable et revendiqué aux valeurs de la démocratie.

Deux motifs centraux de l’ancien modèle reliquial, l’apparition inaugurale d’un objet, conçue sur le mode de la trouvaille, et son exposition à la reconnaissance d’un public, participent aussi aujourd’hui des rituels de la collection d’objets, vers lesquels se sont ensuite orientées mes recherches. Questionnant la remarquable « démocratisation » de la collection dès la fin de l’Ancien Régime et les débuts de l’industrialisation, mes travaux se sont appuyés sur l’observation de pratiques populaires à différentes échelles. Je me suis intéressée d’une part à la collection de vestiges préhistoriques par des agriculteurs de Touraine, oeuvrant dans une même démarche à la mise en valeur (au sens propre du terme) de leur région et à leur ancrage local personnel, ainsi qu’à leur requalification sociale et parfois à leur destin politique.

D’autre part, à l’échelle individuelle, je me suis penchéesur la collection dont sont coutumiers les enfants, amassant temporairement des petits objets de toute sorte. Dans la période charnière de leur vie les conduisant de la petite enfance vers l’adolescence, la collection de petits objets constitue pour eux un moyen de forger leur identité personnelle et de prendre position, effectivement, dans le jeu des transmissions familiales électives. La comparaison des deux situations m’a permis de reconnaître aux pratiques de la collection une fonction symboliquement opérante dans des processus de réélaboration de la définition et de la valeur des objets et de leurs collectionneurs. Dans ces deux situations, caractérisées chacune par un état de mutation profonde, l’acte de collectionner exerce une fonction fondatrice ou refondatrice pour des personnes, pour des collectivités ou pour des territoires.

Je poursuis actuellement mon exploration en m’interrogeant, à partir d’études de cas, sur l’association de pratiques de collection à certaines démarches de création artistique. Nombre de ces démarches intègrent certains rituels personnels de la collection ; nombre d’œuvres incluent des objets ordinaires collectionnés (objets tout en même temps pris sur le monde, retirés du monde et institués en mémoriaux intimes) ; des collections d’objets ordinaires peuvent faire œuvre telles quelles, et être exposées dans un cadre muséal (comme le Musée des arts modestes à Sète). De cette proximité entre création artistique et collection d’objets ordinaires, supports de passé (objets-mémoriaux) et d’ailleurs (par la trouvaille), ressort l’attribution d’une dimension transcendante à l’expérience personnelle, placée au cœur de ces deux activités et autour de quoi se reconfigure aujourd’hui, dans un cadre profane, la notion de personne.


Bibliographie

Direction de publications collectives :

2011. Collectionner ? Territoires, objets, destins, Grâne, Créaphis.

2004. Avec V. Nahoum-Grappe (dir.), Le goût des belles choses. Ethnologie de la relation esthétique. Paris, Maison des sciences de l’homme.

Articles :

A paraître. « Aller « aux cailloux » en Touraine », in Sagnes, S. (dir.), L’archéologue et l’indigène. Variations sur l’autochtonie.

2011. « De la valeur des objetsprécieux », in Vincent O. (dir.), Collectionner ? Territoires, objets, destins, Grâne, Créaphis, pp. 179-192.

2011. « Le polissoir. De la trouvaille à la collection archéologique au Grand-Pressigny (Indre-et-Loire) », in Vincent O. (dir.), Collectionner ? Territoires, objets, destins, Grâne, Créaphis, pp. 41-65.

2008. « Lorant Brung, abbé, collectionneur, préhistorien et fondateur », in Barbe N. et F. Lassus (dir.), Jean Garneret et l’ethnologie régionale, Actes des journées d’étude des 19 et 20 décembre 2006, Besançon, Editions Folklore Comtois, pp. 63-82.

2008. « A distance. Mobilités cynégétiques », in Barbe N. et E. Jallon (dir.), Migrations, itinérances, mobilités, Actes des journées d’étude des 8, 9 et 10 mars 2006, Vesoul, Musées départementaux de la Haute-Saône, collection Texte (pluriel), pp. 179-192.

2006. « Entre l’enfance et l’adolescence : l’âge des petites collections », in Barbe N. et E. Jallon (dir.), Vous avez dit « Ages de la vie ? », Actes des journées d’étude des 24 et 25 novembre 2004, Vesoul, Musées départementaux de la Haute-Saône, collection Texte (pluriel), pp. 180-198.

2004. « Croisement dangereux : une instabilité qui s’installe. Rapports identitaires à une espèce animale en voie de mutation ». Porchi è cignali. Saveurs et mystères des suidés. Ajaccio, Albiana/Musée de la Corse, pp. 178-191.

2004. « Goût des choses, identification de soi ». in Nahoum-Grappe V. et O. Vincent (dir.), Le goût des belles choses. Ethnologie de la relation esthétique. Paris, Maison des sciences de l’homme, pp. XI-XIV.

2002. « Les retrouvailles anachroniques d’une communauté avec son fondateur. Saintes reliques et définitions territoriales dans la région de Limoges ». L’Homme, 163, juillet/septembre, pp. 79-106.

1995. « Chasse, territoire et religion en Corse ». in Simonpoli P. éd., La chasse en Corse, Ajaccio, Parc Naturel Régional de Corse, pp. 319-331.

1994. « Ethnologie des coteaux. Enquête dans la vallée du Loir », en collaboration avec Yu Shuo. Le Bas Vendômois, n° 2, juillet, pp. 3-10.

1993. « La rage en lambeaux ». Ethnologie française, XXIII, 1 : Textures mythiques, pp. 131-134.

1991. « Chasse ». in Bonte P et M.Izard éd., Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, pp. 134-135.

1988. « Chasse et piégeage : deux modes de relation au sauvage ». L’imaginaire de la chasse, Actes du colloque « Imaginaires et réalités de la chasse aujourd’hui », Chalon-sur-Saône, 22-24 janvier 1986, Chalon-sur-Saône, Atelier CRC France éd., pp. 193-2000.

1987. « Chasse et rituel ». Terrain, n° 8 : Rituels contemporains, pp. 63-70.

1984. « Faits et gestes du renard en Ardennes ». Etudes mongoles et sibériennes, Cahier 15 : Le Renard : tours, détours et retours, pp. 193-221.

Emissions de radio :

1992. « Le pays d’ici », émission sur la chasse dans les Ardennes, France Culture.

1986. « Histoires sanglières », émission sur la chasse, Radio-France Alsace.