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L’objet invisible, ou le gambit du capitaine.

par voisenat - publié le

Gaetano Ciarcia

Paru dans L’Homme, n° 170, "Espèces d’objets", avril-juin 2004 : 181-198.

Les pratiques et les objets de la rencontre exotique sont ici scrutés à travers la lecture critique du conte d’Herman Melville, Benito Cereno (1855). Inspiré d’un événement qui s’est réellement produit durant l’époque de la traite, ce texte met en scène l’altération des identités à l’œuvre dans le processus colonial. Comme les artéfacts muséographiques, les pièces d’une intrigue littéraire peuvent être des mémoires, des indices anthropologiques contradictoires instituant des univers narratifs. Un monde presque perdu ou presque inventé peut être évoqué, raconté, aperçu, prouvé, constitué, mais aussi dissimulé, grâce aux choses qui le rappellent et le rendent présent à la réflexion. À bord du San Dominick, les esclaves noirs révoltés obligent le capitaine espagnol Benito Cereno à jouer devant son homologue américain Amasa Delano, qui s’est porté au secours du bateau négrier en détresse, la comédie d’un pouvoir encore en place. C’est la problématique affectant les limites de l’implication et de la participation à l’altérité qu’interroge le moment ethnographique expérimenté, à son corps défendant, par Delano. Par son recours à l’utilisation fictionnelle des sources documentaires, le récit brouillant la reconstruction historique et l’invention romanesque sonde aussi les dénégations nécessaires aux savoir-faire de la domination et de ses masques. La création artistique, avec ses supports matériels peut, alors, « fonctionner » sémiotiquement comme cadre réaliste et allégorique à la fois d’une époque et de ses drames.