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De la théorie au terrain : l’invention des pays

par voisenat - publié le

Sylvie Sagnes, "Les pays de Pierre Foncin", Ethnologies comparées, n° 8, 2005 et « Un pays exemplaire : le Razès de Jean-Louis Lagarde », Les Etudes sociales, 139-140, 2004, pp 39-54.


Bergerac, le 5 septembre 1885. Le premier Congrès régional des Sociétés de Géographie du Sud-Ouest s’ouvre sur un discours de Pierre Foncin. Véritable plaidoyer en faveur de « l’étude de la géographie locale », ce texte suggère, sinon une méthode, un cadre, en l’occurrence le pays entendu comme « la véritable molécule de notre vieille France ». La précocité du propos ne doit pas masquer sa densité : ces quelques paragraphes concentrent en effet tous les aspects présents dans les développements que le polygraphe consacrera à la question au cours des deux décennies suivantes : une définition, l’idée d’une application dans le domaine politico-administratif, l’intention d’une grande enquête nationale. L’article présenté dans le numéro spécial d’Ethnologies comparées (http://alor.univ-montp3.fr/cerce/revue.htm) propose une traversée de ces différentes approches dans la diversité des textes de Pierre Foncin en même temps qu’il tente d’en saisir la singularité dans le contexte savant des années 1890 et 1900. Entre autres caractéristiques, la polyvalence du discours de Foncin revêt un intérêt tout particulier dans la mesure où elle s’offre comme le miroir d’un moment du pays, d’une unanimité paradoxalement aussi brève que large. S’imposant comme la bonne unité d’observation, le pays est ainsi tour à tour adopté par les géographes, les historiens et les sociologues leplaysiens.

La branche dissidente de la sociologie leplaysienne n’est pas la dernière, en réalité, à recourir au pays, de manière informelle dans un premier temps, puis, dès 1893, beaucoup plus systématiquement. Edmond Demolins lance et relance ses appels à enquête, à l’origine d’une abondante littérature qui reste mal cernée, soit parce que les monographies n’ont pas été publiées, soit parce qu’elles l’ont été localement seulement. C’est le cas du texte que Lagarde consacre au Razès, vraisemblablement édité à compte d’auteur. Rompant avec la tradition érudite locale qui fait de ce territoire un sujet essentiellement historique, Lagarde emboîte le pas à Demolins et, de question en question, fait sienne la manière leplaysienne de sélectionner, d’articuler et de penser les faits. L’intention scientifique au principe de l’entreprise n’en exclut pourtant pas d’autres que la lecture proposée dans la dernière livraison des Etudes Sociales s’efforce d’expliciter. D’ordre idéologique, politique, voire autobiographique, les inflexions de ce texte montrent que la polysémie du pays excède les coïncidences géographiques, culturelles et historiques sur lesquelles reposent sa définition. Elles éclairent, du moins en partie, le succès sans précédent que connaît le pays dans la première décennie du XXème siècle.