Accueil > LAHIC > Productions scientifiques > Ouvrages > Ouvrages 2005-2007

L’élite artiste - Excellence et singularité en régime démocratique

par Nadine Boillon - publié le

Nathalie Heinich, 2005, Edition Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines.

Une génération après que la Révolution eut supprimé les privilèges aristocratiques, une nouvelle élite apparut dans la société française : les « artistes », dont le prestige était devenu tel qu’il leur permettait de s’égaler aux plus grands, malgré l’absence de naissance, de fortune, de pouvoir. En même temps s’imposait l’idée qu’ils formaient une seule catégorie mêlant, tous genres confondus, écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens. Et l’identité collective de cette catégorie inédite se définissait, avec la « bohème », par l’excentricité du hors normes : une élite en marge, donc.

Cette situation paradoxale s’explique en partie par le statut institutionnel, économique, démographique, juridique, sémantique des activités artistiques, que reconstitue minutieusement Nathalie Heinich. Mais elle tient aussi à des facteurs de plus longue durée : les valeurs de sens commun, que révèle l’exploration des romans, des témoignages, des journaux, des correspondances. Car on ne comprendrait pas que cet étrange phénomène ait pu perdurer, s’imposant aujourd’hui plus que jamais, sans prendre en compte ces valeurs fondamentales que sont l’aspiration à l’égalité et la reconnaissance de l’excellence, la préséance du mérite et le droit au privilège.

La singularité artiste offrirait-elle à notre société contemporaine, écartelée entre aristocratisme, égalitarisme et méritocratie, une solution de compromis à un élitisme acceptable par la démocratie ?

Nathalie Heinich, sociologue au cnrs, est notamment l’auteur de La Gloire de Van Gogh (Minuit, 1991), Du peintre à l’artiste (Minuit, 1993), Le Triple Jeu de l’art contemporain (Minuit, 1998), L’Épreuve de la grandeur (La Découverte, 1999), Être écrivain (La Découverte2000).

TABLE DES MATIERES

Avant-propos

Introduction

— Le Chef-d’oeuvre inconnu ou l’entrée en régime vocationnel

— L’artiste investi

— Entre singularité et excellence

— Une sociologie de la singularité

Première partie

— Singularité:la vocation de l’excentricité

Chapitre Un : Bohèmes

— Murger ou la bohème enchantée

— Champfleury ou la bohème désenchantée

— La vie en marge

— Mythe ou réalité ?

— Du Merle blanc à L’Albatros

Chapitre Deux : Les Beaux-Arts dans le système néo-académique

— La question de la patente, entre égalité et liberté

— Institutions et numerus clausus

— Attirance vers l’art et paupérisation

— Du système néo-académique au système moderne

— Le clivage entre profession et vocation

Chapitre Trois : Entre inspiration poétique et carrière littéraire

— Illusions perdues

— La hiérarchie des genres littéraires

— Faire de vocation profession

Chapitre Quatre : La vie vouée

Manette Salomon

Vocation et inspiration

Vocation et don

Vocation ou mondanité

Vocation et célibat

Création et féminité

Chapitre Cinq : La normalisation de l’exception

L’Oeuvreou la singularité discréditée

De l’impuissance à la méconnaissance

Reconnaissanceet singularité

Retour en arrière

Vocation et singularité, autonomie du champ, monde inspiré

Deuxième partie

Faire groupe : comment être plusieurs quand on est singuliers

Chapitre Six : L’effet de génération

La Confession d’un enfant du siècle

La génération romantique

Le romantisme et l’impossible héritage

Chapitre Sept : Fraternités

Des corporations aux fraternités

Des lieux où être ensemble

Du cénacle au mouvement

La plume et le pinceau

Chapitre Huit : Des groupes à l’avant-garde

Marginalité sociale, politique, artistique

Les manifestes

A la recherche d’une singularité collective

Chapitre Neuf : L’émergence d’une identité collective

Qu’est-ce qu’une identitécollective ?

Auto-perception, représentation, désignation

Un essai de catégorisation scientifique

Une catégorie sémantique

Des contours flous

Gambara : le cas de la musique

Un double paradoxe

Troisième partie

Excellence : une nouvelle élite

Chapitre Dix : Les renonçants

Stello

Du sacerdoce à l’élite

L’aristocratisme artiste

L’élitisme des créateurs

Chapitre Onze : Prestige de la création

L’amour de l’art

L’ambivalence du statut

Des Salons de peinture aux salons mondains

Fort comme la mort

Chapitre Douze : Aristocratisme et dandysme

Faire de soi-même une oeuvre d’art

Une élite singulière

Une aristocratie en marge

Chapitre Treize : La transformation des élites

Le Maître de forges

De l’ancienne à la nouvelle élite

Qu’est-ce qu’une élite ?

L’« élitisation » des créateurs

Chapitre Quatorze : Une élite en marge

Excellence et démocratie

L’art et la conciliation des contraires

Quatrième partie

L’art en régime de singularité

Chapitre Quinze : L’artiste excentrique

Modèles d’excentricité

Van Gogh le saint

Picasso le génie

Duchamp le héros

Dali le bouffon, Warhol le dandy, Beuys le prophète

Quand l’artiste devient modèle

Une catégorie hors catégories

Chapitre Seize : L’artiste engagé

Aux marges de la société : l’avant-garde esthétique

A la recherche de la sociétéperdue : l’avant-garde politique

Le mythe fondateur de l’avant-garde

La compulsion critique

Chapitre Dix-Sept : L’artiste privilégié

Les indicateurs statistiques

L’aspiration au statut de créateur

Des privilèges à l’impunité

La généralisation du modèle artiste

Chapitre Dix-Huit : Les nouvelles règles du jeu artistique

Un artiste parle d’un artiste

La fragilité des pouvoirs

De l’anomie au régime de singularité

Conclusion

L’art et le compromis démocratique

Index des noms

Index des oeuvres de fiction