Nos tutelles

CNRS Nom tutelle 1

Rechercher






Accueil > LAHIC > Productions scientifiques > Articles > Articles 2006-2008

Les mines de charbon du Briançonnais (XVIIIe - XXe siècles). Essai d’anthropologie symétrique

par Nadine Boillon - publié le

Jean-Louis Tornatore.

Article paru dans Annales. Histoire, Sciences sociales, sept-oct. 2006, n°5, pp. 1171-1190.

Entre le début du XVIIIe siècle et les années 1970, il s’est noué dans les Alpes briançonnaises un ensemble de relations entre une ressource, le charbon, et une population d’hommes, paysans et montagnards, qui se sont concrétisées dans des formes spécifiques d’exploitation, les charbonnières, qui ont cohabité durablement avec les petites mines industrielles installées progressivement dans le bassin. Contre le point de vue surplombant d’une histoire des techniques pointant le défaut de rationalité des travaux miniers paysans, rejoignant ainsi le procès en irrationalité et en gaspillage des ressources instruit tout au long de cette « aventure » par les représentants de la technologie minière, les ingénieurs des mines, cet article veut souligner l’intérêt d’une approche pragmatique qui, appliquant le principe de symétrie généralisée de la « sociologie de la traduction », s’attache à faire le récit de ces relations, à parcourir la chaîne des associations au moyen desquelles les paysans et le charbon se sont simultanément inventés, concourant à la constitution d’une socio-nature. Ainsi l’activité charbonnière paysanne tient principalement à quatre associations : la relation au charbon et sa naturalisation comme charbon-qui-convient ; l’investissement « communaliste » de la forme d’État de la concession ; la stabilisation d’un dispositif sociotechnique qui offre une troisième voie à l’alternative socio-économique à laquelle sont soumises les populations montagnardes : émigrer ou rester et subir le « bagne » de la mine industrielle ; enfin une relation instrumentale à la technologie, c’est-à-dire à l’équipement pratique et discursif de la mine rationnelle et industrielle porté par les ingénieurs des mines.

The coalmines of Briançonnais (France), 18th - 20th centuries. Symmetric anthropology essay

From the beginning of the 18th century down to the 1970s, a network of relationships developed in the Briançon Alps between a natural resource, coal, and a human population of peasants and mountain men, materialized by particular forms of exploitation, namely the charbonnières, which cohabited for a long time with the small industrial mines that were gradually set up in the Briançon basin. Running up against the overwhelming history of techniques focusing on the lack of rationality of country mining works, thus joining the accusation of irrationality and wasting of resources brings throughout this “adventure” by the mining technology representatives, mining engineers, this paper underlines the interest of a pragmatic approach which, applying the principle of generalized symmetry as borrowed from the “sociology of the translation”, endeavours to give an account of these relations, to run through the chain of associations by means of which peasants and coal have simultaneously invented each other. In so doing, they constituted a « socio-natural complex ». Thus coal exploitation activity by peasants rest on four associations. The first one is the relationship with coal and its naturalisation as suitable-coal. The second is the « communalist appropriation » of State-based coal exploitation concessions. The third association is the stabilisation of a sociotechnical mechanism offering a third way to the socio-economic alternative faced by mountains populations, that is, either to emigrate or to stay and suffer the “hard labour” of industrial mining. The last one is an instrumental relationship with technology, i.e. the practical and discursive equipment of the rational and industrial coalmine introduced by mining engineers.