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Saint Jean et Salomé - Anthropologie du banquet d’Hérode

par Nadine Boillon - publié le

Claudine Gauthier. Préface de Claude Gaignebet, dessins de Laurent Chiotti, édition Lume, 2008.

Qui n’a vu, au détour d’une église ou d’une salle de musée, la figuration de cet épisode évangélique : Jean, agenouillé, attend le coup qui va lui être porté par le bourreau dont l’arme est déjà prête ? Plus célèbre encore que le martyre lui-même est la danse dont la tête de Jean-Baptiste fut le prix au cours d’un banquet d’anniversaire et qui reste, dans toutes les mémoires, associée au nom de Salomé, belle-fille du tétrarque Hérode. Cette tête humaine, portée sur un plat dans la salle d’un festin comme on le ferait d’un animal sacrifié, a provoqué une véritable fascination qui n’a pas cessé encore. Est-il besoin de rappeler comment, aux dix-neuvième et vingtième siècles, le couple formé par saint Jean-Baptiste et Salomé a inspiré grand nombre d’œuvres picturales, musicales, littéraires… et jusqu’à la psychanalyse.

Pourtant, la critique historique moderne ne cesse de dénoncer les innombrables difficultés d’interprétation posées par ce récit. Les seuls détails de cette tête humaine, finalement portée de manière incongrue dans une salle de banquet, tout comme celui de la danse, en public, de la belle-fille du tétrarque Hérode suffisent à l’historien pour dénier toute historicité à cet épisode. Claudine Gauthier démontre que, pour l’ethnologue, le récit évangélique de la mort de saint Jean-Baptiste, prix d’une danse, revêt toutes les caractéristiques d’un récit populaire de type étiologique. En laissant de côté toute interprétation littérale, il devient ainsi possible de mettre en évidence l’association de thèmes folkloriques qui organisent et justifient les éléments de la narration. Basant son argumentation sur une analyse philologique des évangiles synoptiques qui met en évidence l’origine judéo-hellénistique de cette tradition, elle a ainsi pu déterminer la présence de trois thèmes folkloriques majeurs, constitutifs à eux seuls de ce récit : le banquet d’anniversaire royal impliquant un don contraignant ; la danse d’une jeune fille ; une tête humaine posée dans un plat. L’étude de chacun de ces motifs, à l’aide de la méthode anthropologique, permet de proposer une autre interprétation de la mort de Jean. Il n’est plus le martyr sacrifié sur l’autel de la lascivité, mais celui qui réaffirme, par son décès même, sa vocation de Précurseur au cours d’une scène qui associe tous les éléments constitutifs des sacrifices dans l’Antiquité : banquet, danse, serment… Jean, homme sacré puisque consacré au naziréat dès sa naissance, représente lui-même une victime sacrificielle parfaite. Les destins symétriques et inverses de Jean et de Jésus, dont le fonctionnement en binôme s’initie dès leurs conceptions, s’écrit dans une lignée parallèle à celle tracée par de nombreux jumeaux mythiques où l’inscription dans une perspective dynastique implique le sacrifice de l’un des deux, l’aîné, au bénéfice du puîné qui, seul, peut accéder à une divinisation. Comme Jean devait baptiser Jésus pour qu’il puisse initier son ministère, il devait perdre la tête pour que le Christ puisse ressusciter.

Claudine Gauthier, démontre que cet épisode revêt toutes les caractéristiques d’un récit populaire et met en évidence l’association des trois thèmes folkloriques qui l’organisent : le banquet d’anniversaire royal, la danse d’une jeune fille et une tête humaine posée dans un plat.