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Philologie et folklore : de la définition d’une frontière disciplinaire (1870-1920)

par Nadine Boillon - publié le

Claudine Gauthier.
Les carnets du Lahic n°2, Lahic/Mission à l’ethnologie, 2008.


L’étude scientifique du folklore, c’est-à-dire des « traditions conservées dans la mémoire du peuple » - pour reprendre les mots de Carnoy -, naquit de la philologie, en Allemagne, au début du dix-neuvième siècle. Son origine est attribuée, ordinairement, aux travaux de Jacob Grimm et s’associe étroitement au renouveau du concept de philologie, opéré dès le début du dix-neuvième siècle, avant de parvenir à s’ériger lui-même en discipline autonome. Derrière ce préambule à l’accent benoît se masque une réalité infiniment plus complexe touchant à la fois à l’historiographie du folklore, de la philologie mais aussi des sciences mêmes.

Le dix-neuvième siècle marque un tournant essentiel dans l’histoire des sciences ; il n’épargne pas la philologie. Si ce sont bien les frères Grimm qui élèvent la philologie au rang de discipline scientifique au sens moderne, en posant les fondements de la germanistique, il ne faut pourtant pas voir en eux le point d’origine des études de folklore, selon des vues caricaturales mais solidement établies. On méconnaîtrait ainsi le rôle joué par l’Académie Celtique dans le développement de l’étude des traditions populaires, en raison de ses liens avec Jacob Grimm et de l’influence intellectuelle que cette institution a exercée sur le savant.

Malgré ce bémol, il ne faut pas négliger pour autant l’œuvre des frères Grimm en ce domaine. Prolongeant les apports de Vico, ils redéfinissent et réinventent la tradition culturelle européenne au moyen d’une philologie conçue comme une science totale, en posant comme point de départ le patrimoine germanique, au détriment de la Grèce jusque-là considérée comme un véritable omphalos.

La plupart des pays européens adoptent rapidement ce modèle allemand d’une philologie scientifique qui englobe jusqu’à l’étude des traditions populaires. La France, bien qu’ayant servi de berceau à l’Académie Celtique, sera pourtant la dernière nation européenne à accueillir cette discipline, à la fin du dix-neuvième siècle. Son exemple représente un cas typique, inédit, fortement influencé par un contexte historique tout aussi singulier tant du point de vue de l’histoire des sciences que de l’histoire tout court. Pays appelé à s’ouvrir à l’étude du folklore sous l’influence de jeunes philologues pétris de cette science allemande, de telles études ne parviendront pourtant à s’y implanter, dès le début du vingtième siècle, qu’en quittant le champ de la philologie pour rejoindre celui des sciences sociales.

Cet ouvrage est le deuxième numéro des Carnets du Lahic, une collection éditée électroniquement par le Lahic et la Mission à l’ethnologie.

Claudine GAUTHIER est post-doctorante à l’EHESS, affectée au CEIFR dans le cadre du programme ANR « Eschatologies » qu’elle coordonne avec Emma Aubin-Boltanski. Elle est également co-responsable du séminaire Religion et politique : attentes eschatologiques dans le monde contemporain (EHESS). Si sa spécialité première est l’anthropologie religieuse, elle n’en étudie pas moins, par ailleurs, l’historiographie des savoirs ethnographiques de l’Europe depuis un post-doctorat du CNRS au Lahic (2005-2007).

Contact : cleogauthier chez yahoo.fr