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El dia de los muertos à Paris : enjeux de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel translocal

par Nadine Boillon - publié le

Chiara Bortolotto, résumé du rapport de recherche pour la Ville de Paris, 2008.

Avec la notion de PCI l’Unesco non seulement élargit le domaine du patrimoine aux pratiques culturelles « immatérielles » mais propose surtout un paradigme patrimonial qui s’éloigne du modèle patrimonial classique de par son émancipation d’un contexte spatial fixe et délimité. Porté par des « communautés » dont on admet la mobilité, ce patrimoine n’est pas imaginé comme étant enraciné dans des territoires comme c’était le cas du patrimoine « matériel ». Se révélant ainsi centrale pour interroger le rapport entre patrimoine et migration, la notion de PCI concerne de près une capitale cosmopolite comme Paris.

Parmi les nombreuses manifestations introduites à Paris par des groupes d’immigrés nous avons choisi de considérer une pratique déjà légitimée par l’intervention institutionnelle de l’Unesco. En 2003, l’Unesco a retenu la candidature mexicaine des « fêtes indigènes dédiées aux morts » au titre de « chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ». Si le dossier de candidature déposé à l’Unesco insiste sur la dimension autochtone de cette pratique, la célébration du dia de los muertos mobilise aussi la diaspora mexicaine. Des manifestations organisées à Paris en 2007 et en 2008 témoignent, différemment, du statut patrimonial désormais acquis par cette pratique.

Une « semaine mexicaine » organisé en 2007 par le Musée du quai Branly s’organise autour d’une structure présentée comme l’installation d’une artiste, inspirée des autels des morts « autochtones » qui en sont le modèle explicite. Cette manifestation, caractérisée par un traitement esthétique des pratiques « traditionnelles » ici transformées en « œuvre d’art » s’adresse aux visiteurs mexicains comme à un « public » auquel sont proposés des visites ou des ateliers.

Toujours à Paris, des autels « associatifs » sont régulièrement dressés par des groupes d’origine mexicaine avec le soutien des administrations locales (la mairie du IXe) ou dans des contextes plus informels (un atelier d’artiste dans le XXe). Tout en gardant une fonction d’offrande rituelle, ces autels deviennent aussi le support explicite de la « mise en scène » de la culture d’origine pour un partage « communautaire » et pour une présentation en tant que « tradition mexicaine » au public parisien. Les acteurs prennent la parole, par l’écriture et par l’oralité, pour interpréter les objets qu’ils ont choisi de déposer sur l’autel. Le discours produit sur la « tradition » est dans ce cas manié directement par les acteurs sociaux pour intervenir dans les domaines qui les concernent de plus près (animation artistique, promotion touristique, revendication identitaire).

Si la manifestation du MQB vise à témoigner une « reconnaissance » aux visiteurs mexicains, qui prend la forme d’un « hommage au Mexique » attribué par une institution culturelle, les autels « associatifs » produisent un discours sur la culture qui se fonde sur l’auto-reconnaissance de la valeur patrimoniale de cette pratique par les acteurs sociaux mêmes.

Fondé sur une définition réflexive et subjective du patrimoine, le modèle du PCI proposé par l’Unesco implique une approche collaborative de la sauvegarde fondée sur la participation et l’autonomie intellectuelle des acteurs sociaux plus directement concernés. L’enjeu plus concret de la sauvegarde du PCI pour les administrations parisiennes semble donc d’appliquer une démarche de démocratie participative dans la définition de ses politiques culturelles.

Voir article "Ressources documentaires"