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L’ethnographe, résident permanent des transitions.

par Nadine Boillon - publié le

Suzanne Chappaz-Wirthner, Grégoire Mayor

L’ethnographe, résident permanent des transitions.

Entretien avec Claude Macherel

ethnographiques.org, Numéro 18 - juin 2009

Suzanne Chappaz : Quand on regarde ta bibliographie, la première impression qu’on a est celle d’une grande diversité. Une fois que l’on plonge dans les textes et qu’on entre dans l’intimité de l’analyse, on aperçoit la cohérence qui les relie. J’aimerais partir du Lötschental qui est le creuset de toute cette recherche et montrer comment cette cohérence va s’établir non à cause des thèmes eux-mêmes mais dans la façon dont tu construis ton objet de recherche.

Claude Macherel : Je suis obligé de remonter dans mon histoire pour qu’on comprenne quelque chose. Il faut remonter un peu la Lonza, non ? [Remonter la rivière qui descend d’ici au Rhône, et à la mer.] C’est-à-dire le cours du temps, avant de commencer à le descendre.

Je suis tombé un jour d’août 1965 sur Tristes Tropiques dans une librairie de Fribourg, en Suisse, ma ville natale. Je connaissais à peine le nom de Lévi-Strauss. Je l’ai lu et il m’est apparu aussitôt que si je choisissais ce métier d’ethnologue, si je laissais tomber le droit où je m’ennuyais à mort depuis deux ans, ce choix me permettrait de tout garder. (…) Je pouvais garder tout ce que j’avais, tout ce que j’étais. L’ethnologie c’est ça. (…) Tu renifles le monde, tu sens tout les trucs sensibles, l’esthétique, les relations avec le monde, les relations avec les autres, ce que tu penses et ce que tu fais, et le faire et le dire des autres. L’ethnologie c’est ça : ne rien perdre mais en se donnant les moyens de domestiquer ce qui autrement t’envahit, te renverse, te bouleverse et sous quoi tu peux étouffer ou exploser. En même temps, ces moyens relèvent d’une discipline intellectuelle et sociale puisque ce travail s’exerce dans un milieu universitaire.

Paris était à cet égard un milieu idéal dans les années 60, c’était un grand moment de la vie intellectuelle européenne et j’ai eu la chance d’y être. C’est de Paris que part le premier voyage vers le Lötschental. Après le choix, les choses s’engrennent.

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