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Picasso ou l’enfance en boucle

par Nadine Boillon - publié le

Extrait de l’article de Michèle Coquet, "Arts de l’enfance, enfances de l’art", Gradhiva n° 9, Paris, 2009, 208 p.

« Ça ? Même un enfant pourrait le faire ! » Qui n’a entendu l’exclamation, lâchée face à certaines oeuvres d’art moderne ou contemporain, particulièrement celles signées Picasso ? Elle manifeste le désarroi d’un public bousculé par une figuration hors normes, choqué par des assemblages de couleurs dissonantes, blessé par les traits heurtés d’un dessin. Dans le cas de Picasso au moins, ce jugement n’est pas dépourvu de sens : l’artiste a largement emprunté aux compositions et aux gestes graphiques enfantins afin d’élaborer un langage plastique neuf, qui rompe avec les codes épuisés du réalisme académique. Comme il a aussi pris librement et avec un appétit insatiable aux grands maîtres de la peinture et à toute forme créée de main d’homme qui fût capable de capter son attention. La présence de l’enfance ne se manifeste pas seulement par ses choix stylistiques. Ses recherches formel¬les dans cette voie s’augmentent d’une profondeur personnelle. Laquelle est elle-même double : en tant que fils, le regard qu’il pose sur le dessin d’enfant le porte vers son père, son premier maître de dessin et peinture ; en tant que père à son tour, vers ses propres enfants, pour lesquels il exécute de faux dessins d’enfants.

L’un des thèmes majeurs de l’immense fresque humaniste que Picasso nous a laissée est celui des jeunes enfants, les siens ou ceux des autres, un choix qui a valu à l’artiste d’être parfois considéré comme l’un des grands peintres de l’enfance du siècle passé. Mais il a peint et dessiné des portraits de ses enfants comme il en a exécuté de ses parents, de ses soeurs, de ses femmes, de ses amis, de lui-même et de ses animaux familiers : les êtres chers, les événements et les lieux de sa vie ont nourri son oeuvre depuis les premiers balbutiements de cette dernière, alors qu’il n’était encore lui-même qu’un enfant. « Mon oeuvre est comme un journal…, se plaisait-il à dire. Elle est même datée comme un journal » (Richardson 1992 : 3).

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