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Savoir faire et donner forme, ou ce qui advient lorsqu’on façonne une œuvre

par Nadine Boillon - publié le

Michèle Coquet, Cannibalismes disciplinaires – Quand l’histoire de l’art et l’anthropologie se rencontrent, sous la direction de Thierry Dufrêne et Anne-Christine Taylor, 2009, Institut national d’histoire de l’art et musée du quai Branly : 213-226.

« Celui qui fait une forme, lorsqu’il s’apprête à la considérer, se place sur un autre plan que celui qui la commente ». C’est ce qu’affirmait en 1943, dès la première page de sa Vie des formes [1] , l’historien de l’art Henri Focillon distinguant d’emblée les positions de celui qui oeuvre et de celui qui regarde l’œuvre faite. Celui qui oeuvre, à scruter son ouvrage fini, y voit ce que, en un mouvement porté à son terme, une suite de tentatives et de renoncements ont permis de rendre visible par la transformation, plus ou moins maîtrisée selon les compétences acquises, d’éléments physiques –lignes, couleurs, volumes, textures… Il considère son objet –les proportions relatives des parties, le mouvement, la composition, les contrastes, etc- à la lumière de ce qu’il sait avoir voulu réaliser. Il le juge et l’évalue à l’aune des objectifs plastiques qui sont les siens. En quoi la question du façonnage de la matière intéresse-t-elle aussi l’anthropologue ?

En 1955, Pablo Picasso peint et dessine face à l’objectif de la caméra d’Henri-Georges Clouzot. Les hésitations et les tâtonnements nés de l’affrontement entre des intentions et des gestes dont l’accord doit être sans cesse négocié par l’artiste lui-même, nous sont rendus perceptibles grâce au film.[…]

Publication en ligne : http://actesbranly.revues.org/90



[1Focillon 1984 : 1.