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Andézian Sossie

par Nadine Boillon - publié le

Chargée de recherche 1- CNRS

Contact : sandezian chez yahoo.fr

Parcours de recherche

Après avoir longuement travaillé sur les formes contemporaines du mysticisme musulman en Algérie et dans l’immigration maghrébine en France, j’ai changé d’objet et de terrain pour m’intéresser au christianisme oriental à travers l’étude des lieux saints à Jérusalem. J’ai effectué cinq années d’enquête de terrain intensive entre septembre 1999 et décembre 2004 et plusieurs séjours de un à deux mois depuis, enquête centrée principalement sur les relations entre les Églises qui n’ont cessé de se fragmenter au cours des siècles sur des bases doctrinales et territoriales. J’ai cherché à comprendre ce qui se jouait dans cet attachement aux territoires sacrés, aussi bien parmi les ecclésiastiques que les laïcs, croyants comme non croyants, pratiquants comme non pratiquants. J’ai choisi d’observer les rituels qui s’y déploient non pas en tant que la simple répétition de rituels millénaires figés, mais comme une mise en scène de l’histoire des relations entre les Églises et leur évolution en fonction des contextes politiques. J’ai approfondi l’étude de l’Église arménienne, qui est paradigmatique de la réalité du christianisme oriental à Jérusalem. Établie dès les premiers siècles chrétiens avec la participation de plusieurs de ses moines à la découverte des lieux saints, elle y a acquis de nombreux droits et multiplié églises et monastères pour accueillir les pèlerins. Elle s’est elle-même divisée avec la fondation d’une Église arménienne catholique au xixe siècle, sous l’impulsion du Vatican, qui y voyait le moyen le plus sûr d’attirer dans son giron les « schismatiques ». Mais des facteurs politiques ont rapproché les deux Églises : le génocide de 1915 puis l’exode palestinien de 1948, où elles ont dû accueillir de nombreux réfugiés dans l’enceinte de leurs couvents respectifs. Et comme toujours dans l’histoire du peuple arménien, ces institutions religieuses ont assuré non seulement l’encadrement de la vie spirituelle mais également celui de la vie matérielle, sociale et culturelle de leurs membres.

Un fort mouvement d’émigration, qui se poursuit depuis 1948, a fait naître au sein de la communauté arménienne de Jérusalem mais aussi en Arménie (ex-République soviétique, indépendante depuis 1991) et dans la diaspora un besoin de reconstituer le patrimoine arménien de Jérusalem. Réhabilitation d’églises et de monastères, conservation de manuscrits et d’ouvrages, constitution d’archives, fixation des rituels par l’image… Mais la notion de patrimoine n’a pas la même signification pour les différentes catégories d’acteurs (Église, État, partis politiques, associations culturelles, individus…), d’où de nombreux débats qui questionnent la notion de patrimoine national dans le cas particulier du peuple arménien.

C’est dans ce contexte que j’ai été sollicitée par l’Église arménienne catholique pour constituer ses archives à partir de documents disparates. J’ai terminé le tri et le classement de ces documents en novembre 2009. En attendant leur numérisation avec l’aide d’archivistes professionnels, j’ai commencé à traiter les données recueillies.

Les données ont été organisées dans le cadre de trois programmes de recherche. Le premier, « Territoires sacrés et espaces nationaux : les cérémonies de Noël à Bethléem » est dans la phase de rédaction (publication prévue en novembre 2011), le second« Mémoires arméniennes de Jérusalem » est dans la phase de traitement des données. Un troisième programme, collectif, intitulé « Fondations des lieux de culte » a fait l’objet d’une publication d’un numéro spécial de la revue Archives de sciences sociales des religions, 151, septembre-octobre 2010). Il devrait se poursuivre à partir de novembre 2011 avec un recentrage sur les questions de patrimonialisation des sites religieux.

Thèmes de recherche

Territoires sacrés et espaces nationaux : les cérémonies de Noël à Bethléem

J’ai observé les célébrations de Noël catholiques, orthodoxes et arméniennes tous les ans entre décembre 1999 et janvier 2006, principalement en période d’intifada . La pertinence de cette fête comme objet d’étude du lien entre religion, politique et culture s’est affirmée dès le début de mon enquête, à l’occasion des célébrations du millenium. L’Autorité palestinienne a fait de cet événement religieux célébrant les deux mille ans du christianisme un événement national célébrant la naissance de la ville de Bethléem en tant que « ville autonome ». Elle a mobilisé la communauté internationale autour d’un projet de développement urbain, économique et touristique, qui devait servir de projet-pilote aux autres villes palestiniennes autonomes. Manifestations religieuses, culturelles et politiques se sont partagé le temps et l’espace, en présence de représentants religieux, politiques et civils, nationaux et internationaux.

Les incidents qui se sont multipliés autour de cette fête au cours des années de l’intifada l’ont davantage politisée, mais paradoxalement ils ont permis de mieux voir le rapport entretenu localement avec la Basilique de la Nativité : mise en scène de la diversité des Églises de Jérusalem et de leurs interactions ; formes de dévotion multiples, allant de la visite individuelle et familiale à la Grotte (aussi bien par des chrétiens que des musulmans) aux processions solennelles, en passant par les messes et liturgies ; transformation d’un site sacré chrétien international en symbole national.

Mémoires arméniennes de Jérusalem : l’Église arménienne catholique

Aux nombreux lieux de culte et de pèleriange acquis ou fondés par l’Église arménienne apostolique, majoritaire, s’est ajoutée dans la deuxième partie du xixe siècle l’église arménienne catholique, rattachée à Rome, dans le nouveau contexte politique créé par les réformes ottomanes, qui favorisent la naissance de nouvelles Églises et de nouvelles communautés confessionnelles, catholiques, orthodoxes et protestantes. Fondée en 1742 au Liban par un évêque arménien apostolique ayant fait allégeance à Rome, l’Église arménienne catholique s’installe à Jérusalem en 1854, dans le but d’accueillir les pèlerins de ce rite en provenance de l’Empire ottoman mais aussi les pèlerins catholiques occidentaux. Progressivement, se fait jour la volonté de développer ce rite à Jérusalem par la conversion des Arméniens apostoliques d’une part, celles des Arméniens passés au rite latin ou aux rites protestants d’autre part. Ainsi le projet de fondation d’un lieu de pèlerinage est accompagné dès le départ de celui de former une communauté arménienne catholique à Jérusalem, l’objectif ultime étant celui de la conversion au catholicisme de l’Église arménienne dans son ensemble. Le projet s’inscrit bien dans le mouvement d’expansion du catholicisme en Terre sainte, considéré comme une réappropriation des lieux saints et des sanctuaires « passés aux mains des schismatiques » ou transformés ou détruits par les musulmans. Mais il se limite aux nationaux arméniens, l’institution étant soucieuse de préserver son autonomie tout en se rattachant à Rome. Elle conservera la liturgie en langue arménienne et adoptera seulement quelques éléments du rite latin.

C’est le processus de fondation de ce lieu, à la fois lieu de pèlerinage catholique universel et centre communautaire d’une Église catholique orientale, son inscription dans l’espace de la ville sainte et son intégration dans l’histoire du catholicisme oriental d’une part, dans l’histoire du peuple arménien d’autre part, que je propose d’approfondir.

Fondations des lieux de culte

De novembre 2007 à juin 2010, j’ai coordonné un groupe de travail dans le cadre du CEIFR où j’étais affectée jusqu’en septembre 2010 autour du thème « Fondations des lieux de culte ». Ce groupe réunissait des chercheurs, des post-doctorants, des doctorants et des étudiants de master du CEIFR et d’autres centres de recherche, français et étrangers. En reprenant la question « Comment fait-on du territoire… ? » que posait Marcel Detienne dans l’introduction de son ouvrage « Tracés de fondation », nous avons exploré les différentes manières de faire du territoire sacré dans des situations de contact entre religions, principalement le christianisme, l’islam et le judaïsme, mais aussi entre différentes formes ou différents courants d’une même religion, dans des environnements caractérisés par le changement religieux, politique, social ou culturel. Une ligne directrice s’est dessinée dès les premières interventions et s’est confirmée par la suite : la fondation de lieux de culte comme moment d’émergence de nouveaux systèmes de sens et de création de nouveaux territoires, réels ou symboliques. Historiens, géographes, sociologues et anthropologues ont confronté données et analyses dans des aires géographiques aussi variées que la France, les Antilles, les Balkans, le Proche-Orient et l’Asie du Sud. Les périodes historiques étudiées s’étalaient de la seconde moitié du xixe siècle au début du xxie siècle, avec des incursions plus loin dans le temps chaque fois que la mise en perspective des faits le nécessitait. Mur occidental du Temple de Jérusalem, églises, monastères, mosquées, mausolées, autant de formes différentes de monuments dans lesquels s’exerce le commerce avec le divin.

Une journée d’étude est prévue fin mars afin de redéfinir un nouveau thème autour des questions de patrimonialisation des sites religieux.

Bibliographie sélective

Ouvrages
2011. Noël à Bethléem. Le sacré à l’épreuve du politique, Riveneuve éditions, Paris, 300 pages.

2001. Expériences du divin dans l’Algérie contemporaine. Adeptes des saints de la région de Tlemcen, Cnrs Éditions, Paris, 234 pages.

Ouvrages collectifs

2010. Fondations des lieux de culte. Numéro spécial de la revue Archives de sciences sociales des religions, 151, septembre-octobre, Éditions de l’Ehess, Paris, 249 pages.

Articles

1999. « Images de l’islam dans l’Algérie coloniale à travers l’œuvre d’Isabelle Eberhardt », in Littératures et temps colonial. Métamorphoses du regard sur la Méditerranée et l’Afrique, J.-R. Henry et L. Martini (dirs.), Aix-en-Provence, Édisud, 107-120.

2000. « Dire la transe en islam mystique. De l’expérience au langage autorisé », Archives de sciences sociales des religions, 111, juillet-septembre, 25-40.

2004a. « Old practices and new meanings : the veneration of saints in Western Algeria », in, On the archeology of sainthood and local spirituality in Islam. Past and Present. Stauth G. (dir.), Yearbook of the Sociology of Islam, 5, Transactions Publishers, 104-123.

2004b. « Worshipping in times of crisis : remembering the past and reconstructing the present », in Between the archival forest and the anecdotal trees, Birzeit, University of Birzeit Publications, 99-118.

2005. « Des pèlerins sédentaires. Formation d’une diaspora arménienne à Jérusalem », in Sylvia Chiffoleau et Anna Madœuf (dirs.), Les pèlerinages au Maghreb et au Moyen-Orient, Damas, Presses de l’Ifpo (« Études contemporaines »), 2005, 81-107, mis en ligne le 23 août 2010, URL : http://ifpo.revues.org/1195.

2006. « Mémoires religieuses et construction nationale. Bethléem entre lieu de mémoire chrétien et ville autonome palestinienne », in Territoires palestiniens de mémoire, N. Picaudou (ed), Paris, Karthala, 2006, 139-171.

2007. « Kawasan magribi (Aljazair, Maroko, Tunisia) », in Ziarah et Wadi di dunia islam. H. Chambert-Loir H. et C. Guillot (dirs.), Serambi, École française d’Extrême-Orient, Forum Jakarta-Paris, Jakarta, 149-180 (en indonésien).

2009. Article « Aïssaouas (‘Îsâwa) ». The Third Encyclopaedia of Islam, Part 2009-2, Brill, 67-68.

2010a. « Formation des identités palestiniennes chrétiennes. Églises, espace, nation ». Archives de sciences sociales des religions, 149 (janvier-mars 2010) : Varia, 189-210. [En ligne], 149/210. URL http://assr.revues.org/21919.

2010b. « Procès de fondation ». Introduction, Archives de sciences sociales des religions, numéro spécial « Fondations des lieux de culte », 151, septembre-octobre, 9-23.

2010c. « Aux origines de l’Église arménienne catholique de Jérusalem ». Archives de sciences sociales des religions, numéro spécial « Fondations des lieux de culte », 151, septembre-octobre, 47-69.

À paraître

2011. « Lieux saints et guerre des frontières. La tombe de Rachel au cœur du conflit israélo-palestinien », Cahier du GREMAMO, 21, « Territoires et conflitsau Moyen-Orient et au Maghreb ».

Autres

2003 « Approches socio-anthropologiques des faits religieux », Dossier des titres et travaux en vue de l’habilitation à diriger des recherches.

Films, expositions, productions multimedia

Compte-rendus

Henri Bresc, Georges Dagher, Christiane Veauvy (dirs.), Politique et religion en Méditerranée. Moyen-âge et époque contemporaine. Paris, Éditions Bouchène, 2008, 438 pages.

Document 148-28. Paru dans Archives de sciences sociales des religions, 148/2009.

Simone Ricca, Reinventing Jerusalem. Israel’s Reconstruction of the Jewish Quarter After 1967. London-New-York, I.B. Tauris, 2007, 258 pages. Index, cartes et photos.

Document 148-113. Paru dans Archives de sciences sociales des religions, 148/2009.

Catherine Dupeyron, Chrétiens en Terre sainte. Disparition ou mutation ? Paris, Albin Michel, 2007, 284 pages.

Document 144-25. Paru dans Archives de sciences sociales des religions, 144/2008