Accueil > LAHIC > Communication scientifique > Séminaires > seminaires 2010-2011

L’oralisation des écrits sur les terrains des sciences sociales.

par Nadine Boillon - publié le

Le linguiste Walter J. Ong considère l’« oralité seconde » comme une « oralité de retour [1] » encouragée par des productions écrites (imprimées mais aussi électroniques). D’après la perspective que nous voudrions développer au cours de notre séminaire, cette oralité est à la fois résiduelle et créatrice d’un rapport à la tradition où la place du mémorable (ou, si l’on veut, de l’injonction commémorative), en tant que lieu nécessaire du souvenir, de novation et d’espace de projets politiques, médiatiques et pédagogiques au sens large, est considérable. Dans des contextes « continually “overwritten” [2] » , les histoires imprimées (ou à publier) investissent d’autorité la réélaboration de traditions « authentiquement » en mesure d’affirmer leur modernité performative. Le devenir contemporain d’héritages culturels interroge alors l’irréversibilité de l’avènement de l’écriture. La tradition transmise dans des contextes d’« oralité seconde » serait donc une tradition inspirée par les modes de l’écriture. La dimension épique du passé y ferait moins l’objet d’une répétition que d’une fiction. Une telle affirmation n’entend pas postuler l’absence de mise en intrigue et de transformations narratives successives dans les récits marqués par une matrice orale « primaire ». Elle vise plutôt à mettre l’accent sur les déplacements sémantiques dont l’écriture est le vecteur, à travers l’émergence d’une autre centralité créatrice et d’autres autorités interprétatives en matière de tradition et de mémoire collective.
Au cours de notre séminaire ouvert aux apports de l’ethnologie, de la sociologie, de l’histoire, de la science politique, dans une perspective comparative, nous voudrions surtout analyser les mutations que les modes de l’écriture savante apportent à la transmission orale d’un passé mis en « culture ».


Calendrier du séminaire pour l’année 2011
.

Mardi 15 mars, 14h 30 Gaetano Ciarcia, Université Paul-Valéry-Montpellier 3/Cerce, Lahic
Les “oralités secondes” comme héritage culturel au Mali et dans le Bénin méridional.

Mardi 5 avril, 14h 30 Gino Satta, Université de Modène et Reggio Emilia,
La “tradition” du canto a tenore en Sardaigne, entre Unesco et world music.

Jeudi 12 mai, 10h 30 Paulo de Moraes Farias, Université de Birmingham,
Griots et modernité.

Octobre Éric Jolly, Cnrs/Cemaf, Paris
La culture dogon. De la version ethnologique à la vitrine électronique.

Novembre Jean-Louis Triaud, Université de Provence/Cemaf, Aix-en-Provence,
La célébration de Tierno Bocar par Amadou Hampaté Ba : de l’oral à l’écrit, de l’oral et de l’écrit.

Décembre Alain Babadzan, Université Paul-Valéry-Montpellier 3/Cerce, IUF,
Écrire la tradition orale. Les “livres des ancêtres” en Polynésie française.

Affiche

[1Walter J. Ong, Orality and Literacy. The Technologizing of the Word, Londres/New York, Routledge, 1982.

[2Paul Basu, « Palimpsest Memoryscapes : Materializing and Mediating War and Peace in Sierra Leone », in Ferdinand de Jong & Michael Rowlands, eds., Reclaiming Heritage. Alternative Imaginaries of Memory in West Africa, Publications of the Institute of Archaelogy, London ; Left Coast Press, Walnut Creek, California, 2007 : 231-259