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Missionnaires ethnographes, textes, images, objets.

par Nadine Boillon - publié le

Journées d’études, 2 et 3 avril 2012 à Carcassonne à la Maison des Mémoires.

L’engouement pour les écrits missionnaires, journaux, récits de voyage, recueil de contes et légendes, alimente aujourd’hui toute une politique de réédition de cette littérature d’un genre particulier. La vocation ethnographique de certains missionnaires a pu répondre dans certains cas à une passion personnelle mais plus généralement elle s’inscrit dans la politique des congrégations incitant à apprendre les langues vernaculaires et à remplir des questionnaires pour mieux cerner les pierres d’attente du message évangélique. De la traduction des catéchismes ou de la Bible en langue vernaculaire, à la production de traités savants sur la parenté ou la religion primitive, en passant par l’élaboration érudite de dictionnaires qui sont parfois de véritables encyclopédies, ces missionnaires ethnologues ont apporté une contribution majeure à la production des savoirs ethnographiques en situation coloniale.

Cette production de textes s’accompagne de la circulation d’images, de dessins de vie sauvage et d’objets exotiques. La collecte missionnaire d’objets, et particulièrement de masques ou de statues, qualifiés de « fétiches » ramenés dans les musées ou vendus sur le marché de l’art, reste une source d’interrogation, surtout quand elle se prolonge par la fabrication indigène et artisanale d’objets sur commande. Logique de prédation et de dépossession culturelle, « péché de violence symbolique », autant que logique marchande de « commerce équitable » alimentant le développement « endogène » autant que le financement de la propagation de la foi, les motivations sont multiples et entremêlées. Dans un tel circuit de matières, de significations et de valeurs, il faut prendre en compte les transmutations et transfigurations opérées par les agents (et les patients) et affectant les objets (idoles, symboles, objets d’art authentique) mais aussi la réciprocité de perspective entre les point de départ et les points d’arrivée : l’enfermement muséal de ces choses sacrées, leur marchandisation comme « objet d’art » ou leur promotion comme patrimoine missionnaire, colonial ou national.

Ces entreprises missionnaires cultivent ainsi trois paradoxes à explorer :

1) le travail de « vernacularisation » des langues locales lié aux traductions des catéchismes et de la Bible, reposait sur le présupposé d’une universalité transparente du message évangélique mais il a contribué à l’invention de langues et de cultures indigènes singulières dotées d’une valeur « culturelle » et porteuses d’identité « nationale »

2) la diabolisation des pratiques « païennes » et la destruction des fétiches a eu pour envers une vaste collecte d’objets « sacrés » et des pratiques d’exposition qui ont suscité l’intérêt des marchands, collectionneurs, et amateurs d’objets de curiosité exotique, et cultivé ainsi le goût de l’art primitif et même une nouvelle religion de l’art 3) enfin, les dessins, images et récits d’aventures véhiculés en Europe dans le souci de la « Propagation de la foi » et de l’œuvre de conversion ont nourri tout un imaginaire de l’altérité exotique ou diabolique qui continue à travailler notre rapport à ces « cultures de l’ailleurs et de la différence »

Les missionnaires ethnographes sont des passeurs de culture et même des instituteurs de culture. Leur contribution à l’institution des cultures indigènes et au processus d’artification producteur de « fétichisme culturel » ne peut qu’alimenter la réflexion sur l’Institution de la culture comme production de valeur et comme lieu de « transfert de sacralité ».

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