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L’institution du patrimoine fonctionne comme un vaste mécanisme d’attribution de la valeur qui abstrait des objets de leur mise en œuvre rituelle ou pratique et les intègre dans des parcours transitionnels : de la « découverte » à la restauration, la conservation, l’exposition… ils opèrent une forme de conversion culturelle, généralement consacrée par le musée. Ce mécanisme s’est aujourd’hui mondialisé et globalisé, au point qu’aucune société ne peut échapper à cet impératif d’identification et d’explicitation de ce qui fait sa culture et son patrimoine. Mais devant l’extension des objets patrimoniaux, y compris immatériels, le changement d’échelle des institutions attributrices de la valeur patrimoniale - l’Unesco tendant à devenir le référent suprême avec les communautés comme nouveaux protagonistes -, les parcours transitionnels des objets se sont diversifiés et complexifiés. En s’attachant à mettre en évidence, par une ethnographie au cas par cas, le détail des opérations de sélection et de recomposition ainsi que les raisons locales de ces choix, il est possible et nécessaire de dresser une cartographie de ces itinéraires, un répertoire des scenarii possibles. Ils mettent en lumière un certain nombre de problématiques transversales : existence de situations susceptibles d’enclencher ces processus (construction de l’Etat-Nation moderne bien entendu, mais aussi situations migratoires ou diasporiques, conversions religieuses…) ; rapports de ces objets sacralisés aux autres formes de la transcendance ; mise en oeuvre d’un exotisme temporel où le « temps passé » est activé dans le présent, faisant de ces objets un « patrimoine vivant » tout en servant de support à des projections dans un avenir de développement économique et touristique ; émergence, sous l’apparente uniformité de traitement technique et administratif de la valeur culturelle, de conceptions distinctes voire contradictoires de celle-ci, aboutissant à des régimes de production et de traitement de l’objet diamétralement opposés - que ces conflits concernent le répertoire des références qui fondent la valeur, la légitimité des « experts », le type d’objet élu, les modalités de son traitement… Le contexte aujourd’hui mondialisé de ces phénomènes, multipliant les occasions de confrontation de tous ordres, rend plus nécessaire que jamais une approche comparative et réflexive de ces problématiques.
Collecte missionnaire d’objets et fétichisme culturel. La transmutation d’une tête de reliquaire du Byeri fang (Gabon) en objet culturel : le circuit d’un transfert de sacralité Les entreprises missionnaires cultivent au moins trois paradoxes : 1) le travail de « vernacularisation » des langues locales lié aux traductions des catéchismes et de la Bible, reposait sur le présupposé d’une universalité transparente du message évangélique mais il a contribué à l’invention de langues et de cultures indigènes (...)
Le moment diasporique L’exil hors de l’origine suscite la production d’un bien commun culturel (pratiques religieuses, langue, cuisine, fêtes, esthétique de l’intime…) établi comme valeur et porté par l’injonction morale de la transmission. Nos terrains sont les diasporas ouest-africaine, arménienne, chinoise, mexicaine…mais également, comme sur la Route de l’Esclave dans le Bénin méridional, l’imaginaire diasporique dont des « pèlerins » d’origine afro-américaine peuvent être à la fois les inspirateurs, (...)
PCI et devoir de participation : vers une institution de la patrimonialisation profane Salué comme un exploit démocratique ou dénoncé comme une hypocrisie populiste, la « participation des communautés » dans la sauvegarde du PCI s’impose aujourd’hui comme une norme globale. La demande de participation profane des instances internationales fait écho à l’autonomisation de la production du patrimoine par les acteurs sociaux. Entre ces deux pôles émerge l’embarras des institutions patrimoniales (...)
Bérose (Base d’études et de recherches sur l’organisaton des savoirs ethnographiques) Bérose est une base de données qui retrace, du XVIIIe à la première moitié du XXe siècle, les moments et les lieux d’émergence des savoirs ethnographiques - pensés comme savoirs des différences - et d’explicitation de ce qui constitue la singularité des « cultures » alors que s’affirment la construction des États-Nations et la mise en place des pouvoirs coloniaux. Outil collaboratif, Bérose est à la fois un corpus de (...)
Ce à quoi nous tenons : éthique et politique du patrimoine Patrimoine est un terme générique, progressivement étoffé, remarquablement disponible pour dire ce à quoi nous tenons, ce qui nous importe pour être dans-le-temps. Par lui, nous faisons valoir droits (deuil, mémoire, temps, culture, création, redistribution des richesses…) et devoirs (transmission, gestion négociée de la nature, préservation de la biodiversité…). Autant d’enjeux majeurs, d’hier à ceux des temps à venir, et qui aiguisent sa (...)