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doctorante sous la direction de Sossie Andezian
Doctorante contractuelle à l’EHESS (depuis 2011), sous la direction de Sossie Andézian et d’Enric Porqueres i Géné.
Contact : urienfanny@yahoo.fr
Titre de la thèse en cours : Transmission et organisation sociale dans la communauté samaritaine, située entre Holon (Israël) et Kyriat Luza (Cisjordanie).
Les Samaritains constituent un groupe ayant des origines communes avec les Juifs. Selon eux, leur nom ne proviendrait pas de la province de Samarie dont ils sont issus, mais du terme Shomrim en hébreu, qui signifie « les gardiens », et par extension « les gardiens de la Loi ». Ils se présentent ainsi comme les véritables descendants des anciennes tribus israélites du Nord, dont ils auraient intégralement conservé les rites, restés à leurs yeux inchangés pendant 3000 ans. À l’opposé des Juifs qui auraient, selon eux, complètement modifié le culte. C’est la mémoire de leurs origines, une mémoire entretenue, façonnée, qui a permis aux Samaritains de consolider leur identité, une identité qui leur est propre, et plus spécifiquement, une identité distincte du judaïsme.
Dans le cas des Samaritains, c’est par la transmission des traditions, et plus spécifiquement du mythe des origines, que la survie de la communauté est assurée face aux problèmes démographiques – ils ne sont que 750 – et politiques, ainsi qu’aux risques posés par l’assimilation liée à l’uniformisation. Cette transmission permanente de la mémoire collective se fait auprès des jeunes de la communauté dans des lieux spécifiques (dans la nouvelle école samaritaine, à la synagogue, lors des rituels) mais également à l’égard des étrangers(les internationaux, les Palestiniens et les Israéliens). De plus, c’est grâce à cette mémoire de leur origine sur les terres de Samarie qu’ils justifient le statut politique particulier qui leur a été accordé, celui de la double reconnaissance nationale – israélienne et palestinienne.
Par ailleurs, on assiste désormais au passage récent d’un système endogame à un système exogame lié à la forte fragmentation de la communauté en clans familiaux. De nombreux Samaritains préfèrent ainsi se marier avec une étrangère – en général originaire d’Ukraine – plutôt que de choisir une femme samaritaine mais d’une famille différente. Les clans familiaux de la communauté constituent en effet des sous-groupes endogames et patrilinéaires. Afin de conserver une généalogie « pure », les Samaritains évitent de célébrer des alliances entre deux membres de familles différentes et prescrivent un « mariage dans un degré rapproché » selon l’expression de Lévi-Strauss. Les alliances matrimoniales s’effectuent généralement entre cousins patrilatéraux, c’est-à-dire entre les enfants de deux frères.
Le mariage permet de construire un cadre, une identité au groupe, de même qu’il renforce les lignages. Dans la communauté, ce sont avant tout les agencements matrimoniaux qui déterminent les pouvoirs d’un clan sur un autre. On assiste alors à des reconstructions généalogiques censées légitimer le changement de statut social de telle ou telle famille.
Je souhaite donc analyser le processus de construction identitaire à travers la fondation des familles samaritaines, en articulant les questions suivantes : Comment la société samaritaine se remodèle-t-elle en fonction des mariages ? Quelles sont les fonctions religieuses et politiques accordées à chaque famille ? Quelles sont les conséquences politiques des alliances matrimoniales(notamment en ce qui concerne la passation des pouvoirs et des statuts) ? Quel est le rôle et la place des femmes dans ces systèmes de parenté ? Et au-delà de l’apprentissage des règles de la vie religieuse, comment s’organise la transmission des pratiques magiques, dont chaque famille possède ses propres traditions et ses propres rites ? Enfin, de quelle façon ces rites magiques s’articulent-ils à la vie symbolique ?
Le travail d’analyse de la structure sociale de la communauté samaritaine sera développé en prenant comme axe de réflexion la répartition du pouvoir en fonction de l’origine lignagère et son enjeu dans la transmission de la mémoire collective et des rites. Il s’agira ainsi de mener une analyse rigoureuse de l’organisation sociale, religieuse et politique des Samaritains en identifiant d’une part les acteurs et d’autre part en mesurant les effets dans la vie quotidienne et symbolique.
Partir de la communauté samaritaine en tant que microsociété permettra ainsi d’amorcer des problématiques anthropologiques plus vastes portant sur la répartition du pouvoir, les systèmes de parenté et la transmission.
Au delà de l’étude de la communauté samaritaine, je m’attacherai à mener une analyse anthropologique du thème de la transmission et de son articulation avec l’organisation sociale dans les communautés religieuses, et ce, particulièrement lorsque celles-ci sont en situation de minorités, soumises à des enjeux démographiques. Mon objectif est de m’interroger sur les stratégies déployées par ces groupes afin de sauvegarder leur mémoire collective.
Communications :
2012
"Les Samaritains et le Mont Gerizim (Palestine) : lieu de culte, lieu de vie et enjeu patrimonial", Séminaire de centre, LAHIC/IIAC : Dynamiques de patrimonialisation des sites et des rituels religieux (Sossie Andézian, Christian Décobert, Anna Poujeau). 6 Janvier 2012.
"La Pâque samaritaine, le moment de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens" JUSTICE, RELIGION, RÉCONCILIATION, Colloque annuel de l’Association Française de Sciences Sociales des Religions (AFSR) Organisé par Yazid Ben Hounet, Sandrine Lefranc, Deborah Puccio-Den, 7 Février 2012.
“Construction d’un discours prophétique pendant la Pâque samaritaine : l’annonce d’une paix future entre Israéliens et Palestiniens sur le mont Gerizim”, Séminaire Religion et politique, attentes eschatologiques dans le monde contemporain dirigé par Emma Aubin Boltanski et Claudine Gauthier, EHESS, 13 Février 2012.
2011
“Magical pratices among Samaritans / Pratiques magiques chez les Samaritains”, Universität Zurich (Suisse), 8 Novembre 2011.
“Figures de l’Apocalypse dans la religion samaritaine.Croisements, articulations et constructions”. Séminaire Religion et politique, attentes eschatologiques dans le monde contemporain dirigé par Emma Aubin Boltanski et Claudine Gauthier, EHESS, 3 Janvier 2011.