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L’archéologie occupe dans l’ensemble des sciences de l’homme et de la société une position singulière. C’est la plus « dure » des sciences « molles » mais elle reste tiraillée entre le modèle systémique du naturaliste et le récit interprétatif de l’historien. De plus, comme son objet est protégé par la loi, elle est la seule discipline qui bénéficie d’une autorité régalienne, discutée mais bien réelle. Enfin, son public est très large dans la mesure où l’archéologie incarne parfaitement le rapport sensible au passé qui est en train de devenir le mode présent d’appréhension de l’histoire. Ces caractéristiques nous ont incités à entreprendre une anthropologie de l’archéologie qui envisage la discipline sous tous ces angles et en fait un modèle où se croisent l’institution de la culture et la production d’un savoir.
Les recherches anglo-saxonnes ont ces dernières années mis en évidence la place de choix qu’occupe l’archéologie dans l’affirmation de différents nationalismes, notamment dans le cas des minorités autochtones et des pays décolonisés. Fortes de ces acquis, les enquêtes conduites dans le cadre du programme l’institution archéologique s’appuient sur des terrains plus proches et resserrés non sans, au préalable, prendre acte de la réalité d’un certain « retour du local » qui veut que, ici et ailleurs, (...)
Ce programme de recherche prend la forme d’un séminaire qui a débuté en 2003-2004 et qui propose une exploration anthropologique de controverses ou de débats portant sur la discipline archéologique, en particulier lorsqu’elle ambitionne de garantir la vérité de ses énoncés. Cette interrogation, qui sera poursuivie dans les années à venir, se développera en variant les échelles d’approche. Elle portera tout d’abord sur le régime disciplinaire de l’archéologie. Tant à travers les modes de production de ses (...)
Il est fréquent d’entendre les archéologues mentionner leur « difficulté à écrire » et opposer implicitement une écriture du compte-rendu scientifique de la fouille et une écriture littéraire qui vise à inclure le savoir archéologique dans le récit de l’histoire. En fait, la situation est beaucoup plus complexe. L’archéologie est la discipline qui met en œuvre la plus grande diversité d’écritures - si nous entendons ce terme dans son sens le plus large -, peut-être dans la mesure où la fouille intégrale et (...)
L’archéologie est la seule des sciences sociales dont l’activité s’inscrive dans le territoire, en contrarie éventuellement les usages pratiques (agriculture, habitat, transports...), et concurrence la logique marchande de l’appropriation. Au nom de la valeur scientifique et patrimoniale des découvertes archéologiques, posée comme un a priori indiscutable, la loi, dans la plupart des Etats modernes, organise cette prééminence relative et sert de cadre au débat sur l’opportunité de fouiller, de (...)