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Accueil du site > Thèmes de recherche > Le savoir des différences. Histoire et science des mœurs (XVIIIe-XXe)

Le savoir des différences. Histoire et science des mœurs (XVIIIe-XXe)

Il existe plusieurs histoires de l’ethnologie de l’Europe que l’on peut, commodément classer en deux générations.

La première construit classiquement son récit comme une généalogie de disciplines : du savoir des antiquaires, constitué en Angleterre dès le XVIIe siècle en histoire des mœurs locales, serait né, à Londres en 1847, le folk-lore puis ses dérivés nationaux (Volkskunde, demologia, laografia etc .), transformés ensuite, à des dates différentes selon les pays, en ethnographie ou ethnologie du proche. Sans être jamais explicité le point de vue est à peu près exclusivement présentiste (Stocking).

La deuxième génération tend, à l’inverse, à construire son récit en tenant compte de l’état des savoirs à chaque étape, c’est la posture que Stocking qualifie d’historiciste. L’histoire s’y présente comme une succession de synchronies contextualisées. Pour ce qui concerne l’ethnologie, cette façon de dire l’histoire a, jusqu’à présent, conduit à souligner deux connections, de portée très différentes. La première met en exergue la prééminence, à partir des années 1835, du modèle naturaliste dans la constitution du savoir ethnologique quels que soient ses terrains. La seconde inclut l’émergence et le développement des ethnologies nationales dans un “ grand récit ”, celui de la nation telle qu’elle se constitue dans le mouvement historique des nationalismes. Le savoir sur les mœurs et les coutumes devient alors une pièce maîtresse de la nationalisation de la culture. La valeur heuristique de ces analyses est peu contestable mais elles rejettent dans l’ombre la plupart des opérations qui ont fondé ce champ complexe du savoir produit par les sociétés européennes sur elles-mêmes. On aura compris que notre projet se veut radicalement différent puisqu’il se centre sur le détail des modes de production et des contenus de ce savoir particulier, à travers les paradigmes, les figures, les espaces sociaux, les procédures et les objets qui ont accompagné son élaboration.

Afin de remplir ce programme, soutenu par le CNRS dans le cadre de l’ACI "Histoire des savoirs", neuf groupes de travail, comprenant des chercheurs de divers pays européens, se sont mis en place.

Paradigmes

Il semble que la situation de production de savoir des différences se soit, du XVIIIe au XXe siècle, ancrée dans trois paradigmes, non pas successifs mais entrecroisés, et qui ont constitué tout à la fois, un mode de représentation de l’altérité, une technique de saisie du réel et un répertoire de curiosités. Le premier paradigme, appelé Hérodote, renvoie à la représentation commune que l’ethnologie s’est forgée de sa propre émergence, à savoir la rencontre de l’autre et plus généralement de l’altérité (...)

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Enquêtes

De façon générale on peut situer la recherche empirique sur les mœurs et coutumes du côté de la statistique monographique à l’allemande, de filiation naturaliste. La mise en œuvre extensive de celle-ci a cependant utilisé une technique empruntée au modèle concurrent de l’arithmétique sociale, à l’anglaise, il s’agit du questionnaire. Tel sera le premier thème traité. Comment enserrer le monde flou des mœurs et coutumes dans une série de questions plus ou moins fermées ? En réalité cette ambition dispose d’un (...)

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Collections et lieux du savoir

La poétique de la collection rencontre, sans en être l’exacte servante, une poétique plus générale des savoirs et des disciplines. L’installation de la collection répond à l’invention d’une écriture et d’une représentation, comme celle du cabinet de curiosités satisfaisait, deux ou trois siècles auparavant, à la perspective familiale - généalogique - propre à l’historicité de la maison et du regimen du Prince. La problématique de la collection a été développée essentiellement dans le domaine des « beaux arts », (...)

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Les moeurs en images

S’il existe des travaux assez nombreux sur ce qu’il est convenu de nommer l’anthropologie visuelle des sociétés européennes, ceux-ci se limitent, le plus souvent, à l’image photographique et au cinéma. Or la constitution historique, depuis le XVIe siècle, d’un savoir sur les mœurs et coutumes a principalement utilisé le dessin et la peinture pour fixer, avec le langage écrit ou se substituant à lui, un inventaire spontané des différences sans pour cela donner naissance à un genre de représentation que (...)

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Le roman : savoirs ethnographiques et savoirs littéraires

“Il a toujours aimé les grandes cosmogonies romanesques (Balzac, Zola, Proust), si proches des petites sociétés (R. Barthes, “ La tentation ethnologique ”, Roland Barthes par Roland Barthes, 1975). Le réalisme formel du roman, innovation des narrateurs anglais du XVIIIe siècle (Ian Watt), a fait de ce genre un des moyens les plus largement revendiqués et répandus de représentation, de connaissance voire d’analyse de la diversité des mœurs en Europe. L’association du roman et du savoir ethnologique est (...)

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Revues et réseaux

Le développement en France des études que nous qualifions aujourd’hui d’ethnographiques a connu une première forme de structuration au tout début du XIXe siècle, avec le réseau et les travaux mis en place par l’Académie celtique créée en 1805. Elle a élaboré un guide d’enquête destiné à être diffusé dans les préfectures et utilisé par un réseau de correspondants locaux, il est publié dans la première livraison des Mémoires de l’Académie celtique en 1807 (Ozouf 1981). Mais le modèle qui est ainsi mis en place (une (...)

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Polygraphes

Avec la « naissance » de l’auteur au XVIIIe siècle, se développe un phénomène jusque-là marginal, la polygraphie qui tend rapidement à devenir un critère de valeur. Que l’on songe simplement aux Lumières. Écriture littéraire, savante et autobiographique se côtoient et se complètent sous une même plume. L’homme qui couvre différents champs, tout à la fois poète, savant, penseur et narrateur incarne le philosophe accompli. Cependant, dès le XIXe siècle, cette écriture multiple est concurrencée puis éliminée. La (...)

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Altérités montagnardes : un laboratoire de l’ethnologie

Vues des plaines et des villes, les montagnes ont été continûment mises sous le signe du sauvage dans l’espace culturel européen. Commençant aux altitudes où l’emprise des cultures agricoles s’estompe, avant de ne plus être opérantes du tout, touchant par l’autre bout aux confins célestes de l’au-delà, obstacle aux tresses des communications, elles se prêtent difficilement aux domestications. Les massifs montagneux européens, et spécialement les plus massifs (Alpes, Pyrénées) ont été et demeurent à des (...)

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Le savoir des femmes : une différence résurgente

Dans l’Europe de la fin du XVe siècle et du XVIe siècle, les textes faisant état d’un savoir spécifiquement détenu par les femmes, transmis entre elles de façon orale et constitué par un corps de croyances et de « recettes », sont nombreux. Un premier ensemble de textes est formé par le « cycle des quenouilles », élaboré dans le dernier tiers du XVe siècle entre Flandres et Picardie. Connus par deux manuscrits (Chantilly, BnF), les Évangiles des quenouilles font l’objet d’une première impression à Bruges (...)

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