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Laboratoire d'anthropologie urbaine

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SOURCES ET ECRITURES



Cet axe avait été conçu à l’origine comme un retour sur les outils conceptuels, les matériaux et l’écriture de l’ethnologie, à partir de nos terrains respectifs. Notre réflexion s’est enrichie et en partie reformulée au fil des recherches particulières et de leur confrontation au sein d’ateliers et de groupes de travail, ce qui nous a notamment conduits à envisager désormais la notion de « sources » dans une double acception. En effet, il ne s’agit plus seulement des sources en tant qu’elles informent l’ethnologie au plan empirique et l’interrogent du point de vue épistémologique. Il s’agit également des sources comme objet de l’ethnologie. L’essentiel des matériaux ethnographiques semble être porté par la parole, complétée éventuellement par l’observation et la participation du chercheur à certaines activités. Non seulement l’ethnologue collecte et interprète le discours (oral ou écrit), spontané ou élaboré mais il est confronté à des matériaux non discursifs, en particulier le visuel et l’image, exigeant des techniques spécifiques d’enregistrement et d’interprétation. C’est à ces sources multiples qu’il puise, les croisant et les mettant en résonance. En même temps, ce sont elles qui influent sur la construction de son objet de recherche.



Responsables

- Jean-Charles DEPAULE
- Josiane MASSART-VINCENT

Participants
- Sylvaine CAMELIN
- Catherine CHORON-BAIX
- Sylvaine CONORD
- Fabienne DUTEIL-OGATA
- Patrick GABORIAU
- Christine JUNGEN
- Christian LALLIER
- Gilles TEISSONNIERES
- Daniel TERROLLE
- Patrick WILLIAMS



Façonner des archives, façonner des histoires

- Josiane Massard-Vincent entreprend l’étude d’une forme anglaise de nomination consistant à reprendre le prénom du père au profit d’un descendant, direct ou en ligne collatérale. Son travail associe plusieurs sources écrites : registres paroissiaux, documents privés ou familiaux (généalogies officieuses, données biographiques rédigées sur tel ou tel parent, photographies, pièces d’état civil, coupures de journaux, notations manuscrites sur les pages de garde d’une Bible), pierres tombales. L’essentiel des données proviendra toutefois d’enquêtes généalogiques conduites sur le terrain. La confrontation de la parole à l’écrit, en tant que sources, donnera lieu à une réflexion à la fois sur les formes de transmission du savoir généalogique et sur le travail de restitution qu’est l’écriture du biographique.

- « Archiver. Les pratiques historiographiques contemporaines au Moyen-Orient » est un programme ANR (2008-2010), coordonné par Christine Jungen, hébergé par l’Institut d’études sur l’Islam et les sociétés du monde musulman (IISMM-EHESS) en partenariat avec le CEDEJ (Le Caire) et le Collège de France, auquel collabore le Laboratoire d’anthropologie urbaine. Cette recherche a pour objectif les possibles de l’archive au Moyen-Orient et les histoires que ces possibles façonnent, autorisent, ou excluent.

- Christine Jungen étudie à partir d’enquêtes en Jordanie (Centre de documents et manuscrits, Université de Jordanie) et en Egypte (Bibliothèque d’Alexandrie) la relation dialectique entre pratiques d’archivages et écritures de l’histoire. Elle interroge les modes de construction, distribution, délimitation et mobilisation de différentes formes, vernaculaires, traditionnelles et scientifiques, de la connaissance du passé. A partir de l’automne 2008 elle tiendra sur cette thématique un séminaire à l’IISMM.

- Dans le même cadre, Sylvaine Camelin (Paris X-LESC, chercheur associé au LAU) mène une enquête sur la manière dont se construisent les registres d’endogénéité et d’exogénéité dans la conservation, le traitement et la manipulation des archives au Center for Documentation and Research for the Presidential Court à Abu Dhabi (Emirats arabes unis). Elle étudie aussi l’articulation entre les agencements d’archives textuelles et les expositions d’artefacts locaux (objets folkloriques, archéologiques, photographiques) organisées par le Centre. Jean-Charles Depaule, pour sa part, travaillera sur des archives photographiques (voir infra).

- Les transformations sémiotiques de l’archive feront l’objet d’une table ronde organisée dans le cadre de l’atelier du LAU « Portraits arrêtés, portraits en mouvement » (cf infra). Cette rencontre sera l’occasion d’une réflexion critique menée, d’un point de vue anthropologique, autour d’un questionnement à double détente concernant des corpus spécifiques au Moyen-Orient : d’une part, qu’est-ce qui alimente un portrait, quelles en sont les sources - récits de vie, archives de toutes sortes, informations « latérales »…- et quelle transformation sémiotique l’écriture opère-t-elle ? D’autre part, en quoi un portrait est-il lui-même une source susceptible de fonctionner comme archive ?

Images et sons : sources et méthodes

- L’intérêt porté jusqu’ici de façon surtout individuelle aux données visuelles et sonores sera développé (cf. également supra atelier Atmosphères, axe 2). Ainsi, Jean-Charles Depaule a entrepris (dans le cadre de l’ANR « Archiver… ») l’étude des collections photographiques du Fonds arabe pour l’image à Beyrouth. Ce fonds est en train de construire une banque d’images à partir d’un corpus qui va de la photographie orientalisante à la photo d’architecture, en passant par les clichés d’amateurs et les œuvres de professionnels autochtones. A partir de cette expérience en cours, dont la visée est mémorielle et esthétique plus que documentaire, Jean-Charles Depaule propose d’affiner les typologies des archives photographiques moyen-orientales en vigueur et d’examiner les méthodes de collecte, de classement et d’exploitation du FAI.

- Sous l’égide du programme Endangered Archives de la British Library de Londres, Catherine Choron-Baix collabore à un projet international de conservation et d’analyse d’un corpus d’archives photographiques en provenance des principaux monastères bouddhistes de Luang Prabang (Laos). Réalisés depuis la fin du XIXe siècle par des photographes laotiens ou par les moines eux-mêmes, ces 20 000 clichés révèlent la vision de l’intérieur des rites et de la vie monastique, ainsi que des échanges interreligieux. Ils constituent une documentation de première main sur la vie sociale et politique du Laos pendant plus d’un siècle. Cette recherche est aussi une contribution à l’histoire de la photographie et de ses usages dans les sociétés non européennes.

- Dans la continuité de ses travaux sur la photographie, Sylvaine Conord s’intéresse à l’usage de l’image filmée, comme moyen d’enquête ou de restitution, dans la démarche anthropologique et à son incidence sur la conception même de la discipline. Texte, photo, cinéma : qu’en est-il des écritures ? Partant du constat que de nombreux photographes sont allés vers le cinéma, que de nombreux cinéastes se sont consacrés également à la photo et des questions que leurs choix suscitent, Sylvaine Conord co-organisera avec Fabienne Duteil-Ogata, Jean Arlaud et Christine Louveau (Groupe de recherche en anthropologie visuelle et sonore du monde contemporain) un colloque « De la photographie au film », en partenariat avec le Comité du film ethnographique, dans le cadre du Festival international Jean Rouch de 2010. Parallèlement, elle prépare un court métrage combinant image fixe et image animée.

- Comment décrire les liens de parenté, les institutions du pouvoir et autres structures symboliques avec une caméra ? Pour répondre à cette question, Christian Lallier propose de déplacer l’objet de recherche dans le champ des interactions sociales. Par l’observation filmée des relations d’échange, l’ethno-cinéaste pourra décrire les différentes opérations par lesquelles les individus se tiennent ensemble et font société. Mais, alors, se pose une autre question : comment filmer l’activité d’autrui, sans produire une distinction culturelle qui assigne les actes et les discours à une identité, ethnique ou topographique ? A partir de ces interrogations, Christian Lallier poursuit une recherche visant à construire une anthropologie filmée des transactions, où l’activité d’autrui se manifeste comme un espace politique dans lequel se jouent des rapports de négociation et de coopération selon les cadres institutionnels et les formes de légitimité qui sont à l’œuvre. Christian Lallier (qui prépare par ailleurs un film sur l’urbanisme en France) consacrera ses prochains travaux à la notion de performance dans l’ethnographie filmée.

- A la suite d’un film composé de trois autoportraits d’informateurs, Josiane Massard-Vincent prépare le montage de rushes filmés avec une quatrième résidente du même lieu. Evoquant son parcours d’élue face à la caméra, cette femme politique projette sur la localité un éclairage complémentaire. Son discours « dépersonnalise » l’échange, il introduit une distance, qu’on pourrait dire « de propagande » entre la locutrice et le spectateur, transformé à son corps défendant en un électeur potentiel. L’ensemble du montage réalisé à partir d’entretiens filmés selon les mêmes modalités, sur le même terrain, sera la base d’un questionnement sur les différents registres d’interprétation qu’offre la restitution d’images prélevées sur le réel.

- Prolongeant un parcours jalonné depuis 2002 par deux séries de travaux, l’une autour de la notion de standardisation, l’autre sur la pertinence de la notion de communauté à propos du jazz, Patrick Williams poursuit une réflexion dont le moteur est une question simple : que pourrait être un discours proprement anthropologique sur le jazz ? Plutôt que de s’engager dans des spéculations théoriques, le choix a été de mettre cette question à l’épreuve, c’est-à-dire d’écrire des textes qui illustreraient un tel discours – comme on prouve le mouvement en marchant. Il ne s’agit pas, ou pas seulement, de style, c’est-à-dire de formulation, mais du choix des thèmes traités, du point de vue adopté (qui se démarque de celui du critique, de l’historien, de l’amateur, du musicien…).


Atelier "Du récit de vie au portrait" (resp. Josiane Massard-Vincent et Jean-Charles Depaule) Participants du LAU : Sylvaine Camelin (LESC-Paris X, chercheur associé au LAU), Catherine Choron-Baix, Christine Jungen, Fabienne Duteil-Ogata, Francine Fourmaux, Marie Percot, Olga Muro, Stéphane Rennesson, Marie Treps. Participants extérieurs : Maria Couroucli & Adeline Herrou (LESC), D. Dussy (Iris), Michèle Fiéloux (LAS), Vanessa Manceron (MNHN)
Poursuivant le travail mené depuis l’automne 2005 dans le cadre de l’atelier Portraits arrêtés/Portraits en mouvement sur l’apport des données biographiques dans la démarche ethnographique, nous envisageons de faire le point sur les différentes modalités d’écriture de telles données et de les analyser. Sachant que celles-ci ne représentent qu’une partie des matériaux recueillis pendant l’enquête de terrain et que le portrait d’un individu sous forme narrative ne constitue pas une fin en soi dans le travail de restitution, nous continuerons à nous interroger sur les moyens d’en conjuguer la matière avec d’autres sources, orales ou écrites, privées ou non. Nous envisagerons les problématiques utilisées à ce jour pour articuler singulier et pluriel, synchronie et temps long et nous examinerons les formes d’écriture où la source (auto)biographique donne accès à la connaissance d’un groupe et contribue à la compréhension des rapports sociaux. Une journée d’étude réunissant des chercheurs du IIAC et du LAU est prévue à l’automne 2008 sur le thème du portrait comme source et comme écriture de l’ethnographie.

Atelier "Construction de l’objet" (resp. : Gilles Teissonnières et Daniel Terrolle avec la collaboration de Jean-Louis Siran) Participants : Sophie Bouly de Lesdain, Catherine Choron-Baix, Sylvaine Conord, Jean-Charles Depaule, Fabienne Duteil-Ogata, Patrick Gaboriau, Jacques Gutwirth, Christian Lallier, Josiane Massard-Vincent, Olga Muro, Alain Reyniers (chercheur associé), Marie Treps Ce séminaire poursuivra ses travaux sur une épistémologie de l’anthropologie. Au moment où nous assistons à ce qui peut être perçu comme un éclatement de la discipline en une myriade d’anthropologies se distinguant par la spécificité de leurs domaines d’étude, il semble important de s’interroger sur la construction de l’objet en anthropologie. Ouvert à des participations extérieures, cet atelier questionne les particularités de l’anthropologie urbaine. Il tente aussi de prendre en compte de nouvelles configurations sociales qui excèdent le cadre des frontières existantes dont la mondialisation et l’émergence de phénomènes transnationaux témoignent. Le développement de ces nouveaux paysages bouleverse les fondements méthodologiques et épistémologiques d’une discipline traditionnellement centrée sur l’étude de groupes restreints nettement délimités spatialement. Dans ce sens, les divers objets et champs de l’anthropologie demandent à être explorés dans une perspective qui considèrerait le monde mouvant dans lequel nous vivons aujourd’hui et qui serait susceptible de renouveler l’étude des phénomènes sociaux. Par ailleurs, la publication de travaux menés dans le cadre de cet atelier s’inscrit parmi ses projets à court terme.