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Milo, Daniel S.

par Chrystèle Guilloteau - publié le

 

Maître de Conférences EHESS

ds.milo@gmail.com

Dernières publications

Good Enough - The Tolerance for Mediocrity in Nature and Society
Daniel S. Milo, HUP, 2019.
http://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674504622

SEMINAIRE 2019-2020 :

Renards et hérissons : à quoi reconnaît-t-on une bonne question ?

Mercredi de 15 h à 18 h du 6 novembre 2019 au 15 janvier 2020. Cf. calendrier des séances et salles ci-dessous

Mercredi 6 novembre 2019 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)
Mercredi 13 novembre 2019 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)
Mercredi 20 novembre 2019 : Université Paris-Nanterre
Mercredi 27 novembre 2019 : Université Paris-Nanterre
Mercredi 4 décembre 2019 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)
Mercredi 11 décembre 2019 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)
Mercredi 8 janvier 2020 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)
Mercredi 15 janvier 2020 : salle A06_51 (54 bd Raspail 75006 Paris)

Les hérissons, disait Isaiah Berlin, se prévalent d’une grande idée, tandis que les renards s’accommodent de nombreuses petites idées. Cette distinction entre deux familles d’esprits rejoint le sentiment que les chercheurs ne sont pas nécessairement des « trouveurs », et ce indépendamment de leur qualité scientifique. On peut d’ailleurs douter qu’ils s’accordent spontanément sur ce qui constitue un bon objet, une bonne question.

Qu’est-ce qu’une bonne réponse ? Qu’est-ce qu’une bonne question ? En montrant de quelle manière ces interrogations traversent les disciplines et appellent des traitements différenciés, ce séminaire d’initiation aux enjeux de la recherche entend modestement contribuer à une « histoire de la vérité » dont d’autres ont déjà formé le projet.

La pertinence d’une réponse se marque au fait qu’elle règle – au moins provisoirement – une question qui se pose. Mais il arrive qu’elle transforme le sens même de la question, ou qu’elle en révèle une meilleure. Heidegger distinguait pour sa part entre les questions qui peuvent être posées (fraglich) et celles qui méritent de l’être (fragwürdig). Les premières relèvent des sciences positives : elles admettent par définition des solutions directes ; elles peuvent être réglées. Les secondes – les grandes questions – relèvent proprement de la philosophie : la pensée y revient sans cesse, de sorte qu’on ne peut jamais parler, à leur sujet, d’« affaire classée ». Cependant l’histoire des sciences, comme celle de la philosophie elle-même, nous incitent à contester l’évidence de ce partage des rôles, qui fait de la science un art du soluble (ou des solutions), et de la philosophie un art de l’éternel questionnement.

Pour commencer, il n’est pas si facile de reconnaître une question réglée, une question qui ne se pose plus. Les exemples familiers de la quadrature du cercle ou de l’origine de l’univers ne doivent pas être généralisés. Certaines questions ne se posent plus parce qu’on n’a pas les moyens d’y répondre ; certaines réponses sont écartées sans que la question soit pour autant annulée. Et toujours resurgit ce doute : existe-t-il réellement, d’un penseur à l’autre – et plus particulièrement d’un philosophe à l’autre –, des problèmes communs ? Si les cadres théoriques sont hétérogènes et jusqu’à un certain point incommensurables, est-on jamais certain de parler de la même chose, ou de poser le même problème ? Et dès lors, à quoi bon discuter ?

Au-delà des conditions historiques qui rendent possible le jeu des questions et des réponses, il convient enfin de s’interroger sur les différentes manières de faire porter l’épreuve du vrai et du faux au niveau des questions elles-mêmes. À côté des faux problèmes, qui ne sont pas nécessairement insolubles au sens où le sont les grands, il existe quantité de petits problèmes indifférents, ou de faible intérêt, dont la formulation précise participe pourtant au régime dispendieux et marginalement efficace de la production des savoirs.

La particularité de ce séminaire tient à ce qu’il aborde cette thématique avec les ressources conjuguées de l’enquête historique et de la philosophie. Il offre l’occasion de mettre au travail un certain nombre de cadres conceptuels et d’instruments théoriques, tels que les scenarii contrefactuels (alter-histoire), la description des paradigmes, l’« estrangement », le holisme sémantique ou encore la méthode généalogique. Il sera question de fréquence relative et de synecdoques (« extraordinary representative », cas exemplaires). On croisera des textes de Nietzsche, Bergson, Heidegger, Carnap, Popper, Chklovski, Althusser, Foucault, Deleuze, mais aussi François Jacob, Stephen Jay Gould, Carlo Ginzburg, Martial Gueroult, ou Pascal Engel. Des analyses de cas ponctueront les séances : le problème de l’incroyance selon Lucien Febvre, Marcel Duchamp et l’invention du readymade, Einstein et la relativité, la théorie de l’évolution.