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Collections et lieux du savoir

par voisenat - publié le

La poétique de la collection rencontre, sans en être l’exacte servante, une poétique plus générale des savoirs et des disciplines. L’installation de la collection répond à l’invention d’une écriture et d’une représentation, comme celle du cabinet de curiosités satisfaisait, deux ou trois siècles auparavant, à la perspective familiale - généalogique - propre à l’historicité de la maison et du regimen du Prince. La problématique de la collection a été développée essentiellement dans le domaine des « beaux arts », il s’agira d’analyser la place, dans cette pratique, des objets de la vie ordinaire ou de ce que l’on commence a nommer vers 1850, des œuvres d’art populaire.

Le collectionnisme entretient un rapport évident à l’histoire des savoirs sur les objets, en termes d’évaluation de leur qualité et de leur valeur, d’authentification, de classification. Les collections apparaissent ainsi non comme de simples dépôts de richesses mais bien comme autant de lieux de production de discours significatifs. L’un de ceux-ci est le catalogue qui produit la conscience de la collection chez le collectionneur et les siens. Par là on peut avancer que la collection engendre un discours, plus ou moins personnel, non seulement de célébration de la personne du collectionneur et de sa pratique, mais encore un récit des valeurs attribuées à tel ou tel aspect de la culture matérielle en général.

Il serait sans doute prometteur d’envisager une analyse des langues de collectionneurs, Les inventaires, les catalogues, les livres de voyages et les guides mais encore la presse, les correspondances, bref tout le continent de discours attaché à la géographie de la culture au sens large du terme est ici susceptible d’enquêtes, portant notamment sur les comparaisons faites entre collections, entre collections et musées, entre collectionneurs enfin. Les enjeux spécifiques de l’élaboration d’un langage de collectionneur sont liés à diverses opérations stratégiques, à des néologies qui entendent consacrer la place particulière d’une catégorie d’objets et de collectionneurs.

Enfin les écrits du collectionneur eux-mêmes entretiennent des relations complexes avec le discours légitime de la conservation ou de l’université. Dans tous les cas, l’écriture ordinaire du collectionnisme permet de maîtriser, ou de tenter de le faire, une activité difficile tout en construisant une identité. C’est en ce sens qu’on se propose de mener une recherche, qui concernera en particulier :

. La façon dont les collectionneurs répartissent leurs objets dans l’espace : il semble qu’il s’agisse pour eux d’investir plusieurs lieux à la fois, leur domicile et le musée, et à l’intérieur même de la maison le séjour, le bureau du maître de maison, des espaces spécialisés ou détournés telle la cave, etc.

. L’étude des procédés d’exposition des collections et de leur évolution : on peut observer en effet, dans les modes d’expositions privés, mais aussi publics, l’intrication de discours scientifiques, c’est-à-dire détachés des personnes, « objectifs », et d’histoires, personnelles (biographiques) ou collectives (événementielles).

. Enfin, l’analyse des rituels de la construction de la connaissance en relation avec le lieu : ainsi la dissociation et la complémentarité entre les rôles de « découvreur » et d’ « inventeur » ou la distinction toujours maintenue entre conservation des objets sur place et diffusion des connaissances.

Un exemple sera développé : celui du site archéologique du Grand Pressigny, dont l’histoire est contemporaine de la constitution de l’archéologie comme science en France, qui ne se sépare pas, pendant au moins deux générations, de l’élaboration d’une moderne science des mœurs. Les deux disciplines ayant en commun le souci de l’objet matériel et la volonté de produire un récit des origines du territoire socialisé. C’est d’ailleurs un romancier régionaliste et ethnographe, J.-M. Rougé, collectionneur en divers genres, qui fut le premier grand conservateur du musée.

Un séminaire sera réalisé sur la notion de collectionnisme ethnographique en collaboration avec les collègues travaillant dans le cadre du GDR « Anthropologie de l’art » et de l’INHA avec la collaboration de Richard Wrigley, University of Nottingham et Benedicte Savoy, Institut für Geschichte und Kunstgeschichte, T.U. Berlin.

Responsables : Dominique Poulot, Odile Vincent

Journées d’étude des 26 octobre et 27 octobre 2006