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Les moeurs en images

par voisenat - publié le

S’il existe des travaux assez nombreux sur ce qu’il est convenu de nommer l’anthropologie visuelle des sociétés européennes, ceux-ci se limitent, le plus souvent, à l’image photographique et au cinéma. Or la constitution historique, depuis le XVIe siècle, d’un savoir sur les mœurs et coutumes a principalement utilisé le dessin et la peinture pour fixer, avec le langage écrit ou se substituant à lui, un inventaire spontané des différences sans pour cela donner naissance à un genre de représentation que l’on pourrait nommer « dessin ethnographique ». Il s’agira donc de repérer l’ensemble diffus de ces représentations, d’en caractériser les lieux d’émergence, les auteurs et, surtout, les manières dont elles s’articulent à des opérations de savoir.

Dans ce domaine le programme ici présenté bénéficie des acquis d’un séminaire consacré au « dessin ethnographique », qui a débuté en 1996 et qui a abouti à plusieurs réalisations (deux expositions avec catalogues - Vuillier 2002 et Verguet 2004 - et deux colloques) de l’ethnopôle Garae du Ministère de la Culture, en collaboration avec le Lahic. Une grande exposition nationale est actuellement en préparation pour 2006, itinérante, elle sera conçue par le Museon arlaten d’Arles. Elle s’appuie sur la réflexion collective dont elle illustre les grandes propositions sous la forme d’un plan circulaire qui présente les trois phases d’une exploration anthropologique de la représentation des mœurs. Le premier cercle met en évidence les lieux et les raisons d’une résistance ou d’un retour contemporain du dessin : il est préféré à l’instantané photographique et filmique pour des raisons de précision analytique, de protection juridique de l’image personnelle et institutionnelle ou encore de respect de l’autre puisqu’il témoigne d’une relation plus longue et plus lente. Le deuxième cercle explore les diverses spécialités et situations du dessin documentaire, elle présente des figures typées comme celle du dessinateur technique, du reporter, de l’ethnographe sur le terrain ou du peintre de mœurs. Le troisième cercle introduit à des œuvres singulières qui réalisent l’équivalent figuré d’une enquête localisée, en profondeur. Ici le dessinateur-peintre, tourne autour de son sujet, tente d’en donner une description exhaustive tout en imposant un cadrage et un style qui permettent de caractériser assez précisément son « regard ». Une série abondante témoigne de ce travail de transcription qui s’apparente explicitement à une opération de connaissance, à une description en profondeur. Une dizaine de ces expériences seront exhaustivement analysées, elles fourniront l’essentiel du catalogue qui se présentera comme un gros ouvrage visant à la définition de la relation entre ethnologie et image dessinée ou peinte en Europe, entre XVIe et XXe siècle.

Responsables : Daniel Fabre, Dominique Séréna