Accueil > LAHIC > Programmes > Programmes achevés > Le savoir des différences. Histoire et science des mœurs (XVIIIe-XXe)

Le roman : savoirs ethnographiques et savoirs littéraires

par voisenat - publié le

“Il a toujours aimé les grandes cosmogonies romanesques (Balzac, Zola, Proust), si proches des petites sociétés (R. Barthes, “ La tentation ethnologique ”, Roland Barthes par Roland Barthes, 1975).

Le réalisme formel du roman, innovation des narrateurs anglais du XVIIIe siècle (Ian Watt), a fait de ce genre un des moyens les plus largement revendiqués et répandus de représentation, de connaissance voire d’analyse de la diversité des mœurs en Europe. L’association du roman et du savoir ethnologique est même devenue à ce point prégnante que l’on a vue naître, au XXe siècle, de véritables programmes d’enquête romanesque, c’est-à-dire de traduction narrative des observations sur les sociétés locales, en Turquie et en Hongrie mais pas seulement.

Sans réduire l’ethnologie à la littérature, le travail se centrera sur l’analyse comparée des avant-textes romanesques et de leurs versions définitives. On observe en effet que les différents états du manuscrit présentent souvent un matériau ethnographique assez riche (Zola et ses carnets d’enquête par exemple), alors que les règles d’élaboration des discours littéraires tendent à les transformer selon des modalités diverses (condensation, déplacement, refiguration, suppression, etc.). Les brouillons joueraient de ce point de vue le rôle de conservatoire ou d’encyclopédie des mœurs (selon des critères de sélection à analyser) que le travail d’écriture fait passer du “ document ” (ethnographique) au “ monument ” (littéraire).

On illustrera la construction de ces savoirs puis leurs métamorphoses dans un corpus de romans organisé autour de quatre scansions historiques du regard lettré sur l’autre proche (Lumières, Romantisme, Réalisme, Surréalisme).

A titre d’exemple, on pourrait être particulièrement attentif à la description des rites dans les avant-textes (noces, enterrements, etc.) et à leur textualisation. En somme, des rites à l’œuvre dans la diachronie d’un travail de réécriture...et peut-être, pour le lecteur, des oeuvres comme rites dans la dynamique d’une “ initiation invisible ” (D. Fabre).

Un séminaire de l’Ehess (Marie Scarpa) va mettre en œuvre le projet collectif qui donnera lieu à des rencontres scientifiques centrées sur la relation entre ethnologie et roman en Europe et découpées chronologiquement selon les grandes périodes précitées.

Responsables : Jean-Marie Privat et Marie Scarpa